Chroniques de Runeterra

Bonjour à tous ! Par le passé, j'avais écrit quelques fanfics, que j'avais postées sur le forum. La plupart datent de 2015, mais certaines choses vont quand même jusqu'en 2018. Depuis, j'ai un petit peu ralenti le rythme, passant d'une fanfic toutes les deux semaines à une tous les... euh... tous les ans, étant à la place connu pour rechercher - et trouver ! - des bugs sur Mordekaiser. Mais bon, depuis le temps, j'ai aussi relu tout ce que j'avais écrit (... pour la première fois), et j'ai corrigé toutes les petites inattentions qui s'y étaient glissées, en plus de changer quelques tournures çà et là. Du coup, voilà une version avec tout qui est corrigé ! Je doute que beaucoup de gens allant actuellement sur le forum connaissent ces histoires, de toute façon. Alors oui, la taille du topic peut faire un peu peur. Si je ne dis pas de bêtise, c'est le plus long du forum. Enfin, grâce à ça, le plus long topic n'est plus anglais, et n'est plus au sujet des [bugs de Mordekaiser.](https://boards.euw.leagueoflegends.com/en/c/bug-reports-eu/aixWwLZf-mordekaisers-updated-buglist-back-with-over-200-bugs-and-100-pages) (250k caractères contre 190k). Un petit sommaire de tout ce qu'il y a, si jamais quelqu'un serait intéressé par une histoire plus qu'une autre : 1) Aatrox 2) Riven et Yasuo 3) Amumu 4) Diana 5) Nami 6) Annexe de l'histoire sur Nami, avec Diana et Leona 7) Kalista 8) Ekko 9) Brand 10) Varus et Kayn Bonus 1 - Une histoire sur un ancien bug du client Bonus 2 - Un poème pour Irelia Bonus 3 - L'histoire romancée de comment j'ai découvert Mordekaiser Bonus 4 - Un poème pour Mordekaiser Pour la plupart des histoires, il vaut mieux avoir lu l'histoire du personnage dans un premier lieu ! Sauf pour la première, pour laquelle ce n'est pas nécessaire. Quelques notes : - L'histoire d'Amumu s'inspire de la chanson à son sujet, [The Curse of the Sad Mummy](https://www.youtube.com/watch?v=0AvWV6Mk374). - L'histoire de Nami prend en compte le background de River Spirit Nami (il se trouve sur le [wiki anglais](http://leagueoflegends.wikia.com/wiki/Nami), dans la section "Development", il s'agit de "Oceans to Rivers"). - L'histoire de Kalista s'inspire de la vidéo [Le Pacte](https://www.youtube.com/watch?v=GnT8jVCyh_E). - L'histoire de Varus date d'avant la refonte de son lore ! Et je pense que c'est tout. En espérant que ça vous plaira, bonne lecture ! --- --- --- --- --- | |||||||||||||||||||||||||||||||||||| | https://ddragon.leagueoflegends.com/cdn/img/champion/splash/Aatrox_0.jpg |- || | ||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||| | **_Aatrox – L'histoire d'un créateur_** |- || Le guerrier légendaire étendit ses ailes écarlates et reprit son envol. Depuis le pinacle de la montagne où il s’était juché, les plaines alentours n’étaient pas un paysage, mais une carte. Un plan. Et les hommes qui y fourmillaient… des pions. Les pions de l’immense échiquier qu’ils appelaient le monde dans leur ignorance et leur prétention. *Ses* pions. Et alors qu’il frôlait les nuages, il entendit le chant. Ce chant, inaudible à ces êtres, mais qui résonnait dans toute son âme… Le chant de la guerre. Aatrox le laissa s’écouler en lui, le sang dans ses veines pulsant de concert avec son écho. Il parcourut des yeux l’étendue à ses pieds, bien que l’appel du combat lui eût déjà indiqué la direction à suivre. Mais il désirait que tous ses sens se repaissent du carnage qui se déroulait sous lui. Il laissa la vision subsister quelques secondes. Pour finalement céder à cette injonction. L’épée des Darkin plongea vers le sol. Au fur et à mesure qu’il perdait de l’altitude, il distinguait de plus en plus nettement les traits des combattants, et ceux des cadavres. Chaque détail avait son importance. Il embrassa la scène du regard alors qu’il y descendait… Ce visage décomposé du soldat, une seconde avant qu’il ne soit empalé. Cet air résigné mais résolu de celui-ci, qui s’élança plus loin que ses pairs pour briller dans un sanglant mais bref affrontement, qui le vit périr sur les corps des trois adversaires sur lesquels il s’était jeté. Ce désespoir de son frère d’armes qui l’avait vu mourir. Ces traits déformés par la douleur, de cette guerrière dont la main était pressée sur le ventre dans l’espoir d’en endiguer l’hémorragie. Ce mort sur lequel se dessinait encore l’air étonné de celui qui n’avait pas pris conscience de ce qu’était son destin. Ce général, qui, comprenant qu’ils avaient déjà perdu, tentait en vain de masquer sa frayeur, et d’organiser une retraite malgré la débâcle. Un sourire de joie pure naquit sur les lèvres d’Aatrox. Sourire qui, à lui seul, aurait provoqué une plus grande peur que toutes les lames ensanglantées que champ de bataille avait vu percer les airs. Car cette scène, était la bataille. Une toile presque parfaite, resplendissante de la beauté de la guerre. Mais un détail y manquait toutefois. Ce détail, était sa touche. La touche que seul un vrai artiste saurait ajouter. C’est de cette plaine qu’il allait faire son œuvre. Aatrox atterrit au milieu des combattants. L’onde de choc renversa les guerriers qui avaient eu le malheur de se trouver trop près, sans distinction de camp. Miraculeusement, le chaos connut une trêve. D’un accord tacite, les deux armées avaient cessé de se battre, et contemplaient le monstre pourpre et écarlate, tandis que ses yeux perçants trouvaient le général qui prévoyait de fuir. Il ouvrit la bouche, et quand il prit la parole, c’est dans le cœur des guerriers que sa voix prit naissance. Il appelait à la guerre. Il appelait au carnage. Il rappelait à chacun que sa vie n’avait pas d’importance. Que de ce monde, seule une chose transcendait. Que si l’Homme, si chacun d’eux savait pardonner, savait souffrir, connaissait la tristesse, la compassion et l’empathie, ce n’étaient au plus profond d’eux que des moyens de faire taire leur soif ancestrale. Leur soif de la guerre. Et cette guerre s’étendait devant eux, sous leurs yeux, au sol que leurs pieds foulaient. Nul mot ne se fit entendre tandis que l’écho des siens résonnait. Car l’âme des combattants avait entendu ces paroles... et ses désirs toujours foulés en avaient été ranimés. Le discours d’Aatrox se grava dans le cœur de chaque guerrier de l’armée en déroute. L’autre, ne put même pas l’entendre. Quand le monstre ailé se retourna vers ceux-ci, ses yeux brillaient avec l’intensité d’une flamme. Il brandit sa lame. Il avait la toile. Son pinceau était prêt. Et lorsqu’il se jeta sur le camp jusqu’alors vainqueur, l’épée démesurée fut la marque qui fit de cette guerre un chef-d’œuvre. *Son* chef-d’œuvre. D’autres hommes, dont l’âme était maintenant embrasée, coururent dans les sillons qu’il avait creusés dans les rangs ennemis, et se battirent derrière lui. Mais pour lui, ce n’était pas un combat. Il n’affrontait pas ses adversaires, il volait parmi eux. Il dansait au milieu des hommes et des femmes, des vivants et des morts, des blessés et des mourants. Et sa lame chantait à l’unisson avec les cris de douleur des guerriers alors qu’elle en réduisait le nombre à chaque instant. Aatrox ressentait une plénitude que seule la guerre pourrait jamais apporter. La renaissance de cette partie de lui que les humains considéreraient comme noire, la symphonie des éclats sonores que le combat laissait retentir, les teintes rougeoyantes qu’il avait données à chaque parcelle d’herbe, l’odeur de mort que les cadavres exsudaient, le goût de sang qui s’était mêlé à l’air qu’il respirait, le fil de la vie qui coulait dans sa main… C’était la guerre. Pas l’horreur dont on la qualifie par ignorance. La perfection. La tête du dernier de ses ennemis heurta le sol à ses pieds dans un bruit ténu, mais inhérent à l’œuvre du compositeur. Il leur avait donné cette perfection. Sa présence n’était plus nécessaire. Il s’agenouilla. Rouvrit ses ailes. Regagna les cieux. Derrière lui, l’armée avait obtenu une victoire. Mais surtout, les mots qu’il avait gravés dans leur cœur y resteraient à tout jamais. A nouveau perché sur une montagne, il sourit, satisfait de ce qu’il avait accompli. Il avait clos une guerre. Il avait fait naître *la* guerre. Un monde de plus que son œuvre allait sublimer. Un monde de plus que son corps quitta, mais où sa présence perdurerait pour l’éternité. --- Des siècles plus tard, l’éclat de son tableau s’était terni. La toile s’était décolorée. La teinte autrefois vive, n’était plus qu’une ombre. L’ombre d’un monde, enterré sous une infinité grise et noire de cendres. La guerre avait purifié ce monde. Et l’avait ravagé. La mort avait parcouru les sentiers qu’elle avait battus. Et d’un monde autrefois florissant ne subsistèrent que des ruines. --- --- --- --- --- | |||||||||||||||||||||||||||||||||||| | http://st.elohell.net/public/chill/027c50cd62729d4b242deb88c2b7241e.png |- || | ||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||| | **_Riven et Yasuo – Les tempêtes du passé_** |- || | ||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||| | **Chapitre 1 : L’errance** |- || Riven s’assit sur le tronc nu avec un soupir las, et posa sur ses genoux son épée aux reflets d’émeraude. Contemplant la clairière qui s’étendait devant elle, elle savoura la quiétude que le soir l’autorisait à ressentir. La lumière perçante du soleil s’était faite moins agressive, moins inquisitrice, et la tiédeur du crépuscule était comme un voile protégeant ses blessures du regard du monde. Ce n’était qu’un jour, un jour de plus parmi des centaines d’autres lui ressemblant, un autre jour qu’elle avait passé à guérir la nature des atrocités que les guerres lui faisaient subir. C’était de cette façon qu’elle ressentait le pardon qu’elle recherchait. Car les soins qu’elle prodiguait à la nature purifiaient surtout son âme des mêmes plaies dont elle était meurtrie. Ici, il ne s’était agi que d’esprits maléfiques contaminant la forêt. Des ombres noires flottant entre les arbres, dont le souffle répandait des relents de mort; les crépitements électriques parcourant leur corps immatériel projetaient une lumière bleu nuit sur les feuillages se courbant à leur passage. Mais ce n’étaient que des êtres primitifs. Ils se battaient uniquement en aspirant le courage que leurs adversaires couvaient dans leur cœur; celui de Riven résidait dans sa volonté de racheter son passé sans avoir à craindre de le perdre… Et pour cette raison, ils ne pouvaient lui ôter la résignation qui l’aurait habitée quand bien même sa bravoure l’aurait désertée. Aussi rapide que le vent, elle les avait éliminés en l’espace de quelques battements de cœur. Ces créatures n’éprouvaient pas de regret… et la rédemption n’était plus à leur portée. L’exilée savourait maintenant la récompense que ses actes lui avaient accordée. La brise qui caressait ses cheveux d’ivoire charriait cette paix qu’elle avait rendue à la forêt. Et après avoir avalé un dîner sommaire, Riven étendit sa couverture au pied d’un arbre et s’y drapa, la garde de son épée sous sa main. Elle sentait toujours le poids familier du remords oppresser son âme, et tout ce qu’elle faisait pour s’en libérer ne faisait que l’en délivrer d’une infime partie. --- --- La tempête faisait rage autour du samouraï, mais elle ne provoqua pas un remous sur l’onde de son esprit. Le vent fouettait violemment les rochers autour de lui; l’herbe dominée ployait sous sa violence, et son regard se posa sur une fleur qui, après quelques secondes de lutte désespérée, fut arrachée du sol où elle s’était enracinée, et périt. Jusqu’au souffle d’agonie qu’elle aurait pu pousser en son dernier instant fut emporté par son adversaire… Des destructions inutiles. La tempête n’était pas un ennemi contre lequel il fallait se dresser, et qui plus est en vain. Et depuis qu’il l’avait appris, le vent était toujours resté de son côté. Tout comme la mort. C’était porté par son souffle que Yasuo avançait, toujours autant à l’aveugle qu’au jour où sa fuite avait débuté, il y avait deux mois de cela. Mais il n’aurait de cesse que quand la mort viendrait finalement chercher soit lui, soit l’assassin de l’Ancien. Deux mois que sa seule indication était que son ennemi connaissait lui aussi les techniques légendaires du vent… et qu’il portait sur ses épaules le poids d’un passé qu’il n’avait pas vécu, mais aussi de la mort de son frère qu’il avait, cette fois-ci, causée de lui-même. Alors pour que Yone n’ait pas péri en vain, et pour qu’il puisse racheter les crimes dont on l’accusait à tort, il leur imposerait la vérité. C’était cette détermination qui l’animait tout au long de sa fugue, où il faisait autant office de proie pour Ionia que de chasseur pour le meurtrier de l’Ancien. Et il ne faillirait pas. Car même si c’était au gré des vents qu’il errait dans Runeterra, un vagabond n’était perdu nulle part. Ceux-ci le guidèrent jusqu’à une caverne, où il choisit de s’arrêter pour passer la nuit. A l’intérieur, le souffle aurait paru l’avoir abandonné. Quand il s’habitua à la pénombre de la grotte, il y distingua des silhouettes, se découpant faiblement dans le noir. Des formes humanoïdes, et ailées. L’une d’entre elles ouvrit les yeux, puis une deuxième, une troisième… et enfin dix – non, onze – paires d’yeux rougeoyants pointaient vers lui, brillant dans l’obscurité. Les créatures s’approchèrent lentement, tandis que Yasuo esquissait un prudent mouvement de recul. Soudain, celle l’ayant regardé le premier plongea vers lui, mâchoire ouverte, griffes tendues, les serres prêtes à lacérer et les dents à déchiqueter. Il esquiva l’attaque avec fluidité, puis se redressa. Yasuo tira sa lame qui émit un harmonieux bruit en quittant son fourreau. La tempête n’atteignait pas la caverne. Mais elle ne quittait jamais son cœur. Il était prêt. --- --- *L’exilée repoussa l’attaque du soldat ionien d’un coup sec, avant de s’élancer en avant, et de mobiliser son énergie pour projeter une décharge de ki autour d’elle. Au bout d’une seconde presque entière, il n’était toujours pas parvenu à se ressaisir, et chancelait encore sous le choc… quand la lame runique chargée de la guerrière Noxienne le décapita. Elle voulut profiter de cet éphémère répit pour analyser la situation, mais la fumée brunâtre qui recouvrait le champ de bataille la perturbait, et, au beau milieu du tumulte de la guerre, elle n’arrivait plus à trouver cette concentration, cette clarté qui l’accompagnait toujours.* *Quand les combats se calmèrent finalement un peu autour d’elle, elle rassembla quelques hommes de son escouade, et les dirigea vers le palais ionien dont leurs forces avaient libéré l’accès à une sortie de secours. Ils arrivèrent devant celle-ci… Elle tituba, s’appuya contre le mur, et fut prise d’une violente quinte de toux. Ses yeux et sa gorge la brûlaient… Ils entrèrent dans la tour, gravirent les marches.* *La guerrière stoppa ses troupes. Ils étaient encerclés. Leur mission était accomplie, mais les Ioniens les avaient rattrapés et étaient en surnombre alarmant. Sans la moindre émotion, elle jeta un coup d’œil à ses hommes, puis brandit son épée, et se jeta sur les ennemis. Les Noxiens l’avaient suivie, et luttaient ardemment dans le sillon qu’elle avait ouvert. Elle semblait voler au milieu des Ioniens, portée par des ailes, des ailes étendues au-dessus du carnage et gonflées par le vent. Mais ils ne pouvaient pas remporter ce combat. Leurs ennemis étaient beaucoup trop nombreux…* *C’était à ce moment qu’elle l’aperçut. Singed. Lui aussi savait qu’ils allaient perdre sur ce front. Mais la victoire n’échapperait pas à Noxus. Elle vit l’alchimiste attraper la bouteille fixée sur son dos. L’ouvrir, et l’enflammer. Puis la lancer… dans leur direction.* *Malgré ses sens et son esprit altérés, elle put plonger au sol, et mobiliser son ki pour qu’il forme une barrière autour d’elle. Et le monde explosa. Pendant de longues secondes, l’enfer se déchaîna tout autour d’elle, et quand tous ses sens cessèrent de la vriller, elle releva un instant la tête. Des braises, du feu, des cendres volantes, étaient tout ce qui restait. Le mélange biochimique de Singed avait dû remplacer tout l’oxygène… Les poumons incandescents, elle suffoquait…* --- Les mains plaquées sur le torse, elle tentait de reprendre son souffle. Elle toussait douloureusement, ne parvenait plus à respirer l’air de la forêt. Elle porta une main fébrile au sac qui reposait contre elle, en sortit sa gourde, l’ouvrit avec des gestes imprécis, et en but de longues gorgées alors qu’encore une autre quinte de toux déchirait sa gorge. Puis elle retomba au sol, et inspira profondément, remplissant enfin ses poumons torturés de l’oxygène qu’ils réclamaient. Riven se redressa finalement, s’adossa à un arbre. Le pâle soleil de l’aube gagna timidement son visage. Elle avait survécu à l’intervention de l’alchimiste noxien. Mais ses blessures étaient toujours ouvertes. C’était à la guerre qu’elle avait dédié sa vie depuis sa jeunesse… et de tels massacres insensés ne faisaient pas partie de ces combats qu’elle recherchait. Et depuis, elle n’avait fait que chercher à accomplir ce qui rachèterait ces crimes qu’elle avait commis. Ses mains étaient souillées; tant l’attaque de Singed que la mission de lâche assassinat qu’on lui avait confiée l’avaient brisée. C’était suite à cela qu’elle s’était exilée, suite à cela qu’elle avait quitté le monde que Noxus lui avait créé, pour rebâtir le sien. Mais c’était sans but précis qu’elle progressait. Elle ne savait pas quelle forme devrait prendre cette rédemption. Toutefois, comme son passé n’était qu’un vecteur de blessures, elle n’avait rien à perdre en agissant ainsi, au hasard. Elle découvrait une nouvelle voie, qu’elle arpentait depuis seulement deux mois, et ne désirait plus employer sa vie à pratiquer l’ancienne. Pas complètement reposée par son sommeil perturbé, elle se remit cependant en route, ne voulant pas perdre son temps à ne pas chercher même s’il ne la dérangeait pas de le perdre d’une autre façon parce qu’elle ne trouverait rien. Si cela pouvait lui permettre d’un jour soigner les ailes de son cœur, brisées par le remords… Au bout de quelques heures, Riven avait quitté la forêt, et avait atteint un plateau rocailleux. Elle s’arrêta un instant, regarda autour d’elle… et se figea. --- --- Yasuo était déjà réveillé depuis presque deux heures, quand il se résolut finalement à partir de son abri. Deux heures qu’il avait passées à écouter le murmure du vent, posté à côté de l’entrée de la caverne. Deux heures où il avait laissé cet élément souffler contre son corps, bruisser à ses oreilles, circuler dans son cœur. Deux heures qu’il avait aussi passées à s’entraîner, et à réfléchir. Son esprit autant que sa lame devraient être affûtés quand il obtiendrait finalement de rencontrer sa némésis. Si la veille au soir, il avait décimé les créatures qui l’avaient attaqué, cela ne lui avait rien donné. Ses assauts fulgurants l’avaient fait triompher d’elles sans qu’il ait eu besoin de se surpasser, et toutes avaient trouvé la mort par l’épée et le vent mêlés en une tempête d’acier. Et quoi qu’il en soit, ce n’était que la mort, rien de sérieux… En refermant à demi l’ouverture de la grotte, le samouraï traça de la pointe de son épée une marque circulaire autour de ses pieds, comme pour appeler le vent, et lui rappeler qu’il était encore le seul à ses côtés. - Je suivrai ce chemin jusqu’à la fin… Guide-m’y, je refuse de fuir encore. Et il suivit le vent, surveillant toujours ses arrières, espérant à chaque coup d’œil que ses poursuivants n’avaient pas encore retrouvé sa trace. Petit à petit, l’herbe se raréfia, et fut remplacée par de plus en plus de cailloux, qui finirent par être le seul paysage, alors qu’il atteignait un plateau un peu en hauteur; plus près des cieux, des sources du vent… Un sentiment le frappa. *Il n’était pas seul…* Il fit encore quelques pas, puis plissa les yeux pour examiner les alentours… et son impression lui fut confirmée. Une silhouette, plus loin devant lui, qui s’était elle aussi arrêtée. Il s’approcha d’elle, désormais attentif à tout ce qui l’entourait. --- --- L’homme avançait vers elle. Mais elle le reconnaissait. Qui pouvait-il… non, son doute s’avérait effectivement être vrai. Elle l’avait déjà rencontré. Sur les terres ioniennes. Lors de l’invasion. Le temps serait-il venu ? --- Il fronça les sourcils. - Vous… Vous êtes une Noxienne, non ? - Je l’étais. Je ne suis plus que moi-même. - Mais nous nous sommes déjà rencontrés. Et dans des circonstances défavorables. - C’est juste, Ionien. Je dirigeais l’escouade qui a pris d’assaut la tour ouest lorsque nous vous avons attaqués, répliqua Riven, son visage ne trahissant pas la moindre émotion. Car si elle devait affronter son propre passé, elle n’en avait plus peur. Un zéphyr traversa le plateau. Le samouraï le sentit, le sentit ralentir en passant à côté de son interlocutrice. Sentit celle-ci l’accepter, l’accueillir. *Une technique de vent.* - La tour de l’Ancien. Alors c’était vous… vous qui l’avez tué… constata Yasuo, lui aussi étonnamment calme. Mon nom est Yasuo. Comment vous appelez-vous, Noxienne? Le vent se leva à nouveau, sifflant par-dessus le bruit de leurs paroles. Riven attendit que son souffle se soit calmé pour répondre: - Riven. Mais ne me qualifiez pas de Noxienne. Je vous l’ai dit, ceci appartient à mon passé, et je combats pour qu’il ne me définisse plus. - Vous le fuyez? - Non. Je change le présent pour compenser les répercussions que mes actes passés auront sur le futur. - Très bien, Riven. J’ai moi aussi les souillures d’un passé à laver. Je suis parti au front quand je devais défendre l’Ancien que vous avez tué. Je porte depuis lors son assassinat sur mes épaules. Tous me voient comme tel, et pas un seul n’est resté à mes côtés. Moi aussi, Riven, je me bats pour cette cause. Et c’est contre vous que je me battrai. L’exilée était surprise, bien qu’elle se fût juré d’être préparée à tout. Elle ne voulait pas commettre à nouveau ses erreurs du passé… mais elle ne se soustrairait pas à un duel, pas avec l’éducation qu’elle avait reçue. Mais peut-être était-ce enfin ce qu’elle avait recherché si longtemps… C’était une attaque nécessaire. Soudain, le sol trembla. Les deux guerriers titubèrent, écartèrent chacun leurs jambes pour garder l’équilibre. Mais les secousses s’intensifièrent, et ils sentirent sur eux le picotement familier de la magie. Et les roches se fendirent, la terre explosa dans une colonne de flammes. Le sort s’activa, et ils se volatilisèrent, tous deux téléportés loin du plateau dévasté. Loin au-dessus des roches brisées et fondues, au-dessus du cratère fumant, deux silhouettes se heurtèrent une dernière fois haut dans le ciel. Un tourbillon orageux naquît dans les airs, et l’une d’elles fut balayée avant de lentement chuter vers le sol. L’autre se détourna, repartit en ondulant dans les hauteurs célestes. --- --- --- | |||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||| | **Chapitre 2: La rédemption** |- || Riven se releva péniblement, parcourue de grésillements douloureux. Elle avait réapparu dans une plaine dévastée, où quelques touffes d’herbe éparses s’étaient battues avec acharnement pour s’élever de quelques centimètres. Quand elle eut trouvé son équilibre, elle tourna la tête, chercha où elle avait pu atterrir. Mais cet endroit lui semblait désagréablement familier… Quelque chose, au nord. Elle plissa les yeux… Des lumières… Une masse, indistincte… et une sorte de halo. L’aura de protection d’une magie claire… L’exilée fut soudain saisie d’un pressentiment. Elle fit quelques pas dans la direction opposée. Fit appel à ses souvenirs… elle continua à marcher, apparemment au hasard, mais elle connaissait le chemin par cœur. Elle l’avait déjà parcouru. Elle l’avait à nouveau traversé, des dizaines de fois, dans son sommeil. Elle était en face d’Ionia. Dans la plaine, dans la plaine où elle avait assisté au massacre perpétué par Singed… et duquel elle avait été complice… Riven revint sur ses pas. Ce Yasuo… c’était ici qu’elle l’avait vu! Dans cette même plaine… alors qu’elle était en train de décimer les rangs ioniens, il avait bloqué sa lame, et l’avait repoussée. Trop habituée à mener ces assauts à un contre vingt, elle s’était immédiatement détournée, et s’était éloignée de lui aussi vite que possible, avant de continuer à taillader les rangs ennemis, rencontrant autant de résistance que le vent dans des fleurs. Mais alors, elle n’avait pas été la seule survivante ? Elle devait le retrouver. C’était le seul moyen qu’elle avait encore de retrouver l’idéal qu’elle avait par le passé suivi, puis qu’elle avait quitté, ne s’en apercevant que quand il était bien trop tard. Combattre. Combattre pour un but, combattre pour l’honneur. Sans exécuter d’innocents n’ayant pas la moindre chance. L’homme qui s’était adressée à elle était son ennemi, cherchait la vengeance qu’il avait méritée. Mais il semblait lui aussi tenir à l’honneur. Elle lui donnerait ce duel qu’il voulait ! L’exilée arpenta une dernière fois le chemin hantant ses rêves. Mais pour cette fois-ci, elle n’était plus perdue. Sa destination était claire, son but précis. Une attaque nécessaire… Elle devait retourner au plateau rocailleux où le guerrier l’avait abordée. Elle tira son épée, enserra le fragment de la lame runique. Ce qui avait été brisé pouvait être reforgé. --- --- Yasuo sauta de la branche, et retomba au sol dans une roulade pour amortir la chute. Il se redressa souplement. Il s’était retrouvé en haut de cet arbre, sans savoir comment, sans non plus savoir ce qui s’était passé, quelle était l’origine du sort qu’on leur avait lancé pour qu’ils soient expulsés du plateau. Mais il avait déjà vu cet arbre. Il s’appuya contre lui. L’arbre était un pilier… qui lui sembla instable sous son poids. *Un pilier du passé.* Des gestes lui revinrent en mémoire, instinctifs. Il tira de son fourreau son épée à la lame si fine, et mima un combat, contre un adversaire imaginaire. Il se jeta en avant, fit décrire à sa lame un cercle tranchant, qui généra une violente bourrasque. Le samouraï s’élança en l’air, porté par le vent ; toujours en suspension, il donna trois précis coups d’épée avant de retomber au sol. C’était ici. Ici qu’il avait vu son frère pousser son dernier soupir. Son frère, son ami et son guide, qu’il avait tué parce que lui avait respecté son code. Parce qu’il voulait abattre le traître qu’il voyait en Yasuo. A cause de l’assassinat de l’Ancien… par Riven. Cette même jeune femme qu’il avait rencontrée sur la plaine rocheuse. Il prit enfin conscience de l’ampleur de ce qui s’était passé. C’était elle, elle qu’il avait recherchée pendant si longtemps. Elle à cause de qui il avait perdu sa patrie, son frère, son nom. A cause de qui il était disgracié. Non… c’était impossible… il avait été si près, si près de pouvoir leur révéler à tous la vérité ! Il la retrouverait. Il savait qu’elle le chercherait aussi. Cette fois-ci, rien sur le plateau ne l’empêcherait de l’affronter, et il la vaincrait. Yasuo réalisa alors ce qu’il était en train de faire. Il laissait la colère s’emparer de lui, sa présomption le submerger encore. Il avait déjà vu Riven se battre. Il savait qu’elle était un adversaire de valeur. S’il voulait la victoire, il devait rester maître de ses émotions, libre de ces entraves qu’il s’était imposées quand l’Ancien avait été assassiné. Il coupa un tronçon de bois dans une branche de l’arbre sur lequel il s’était retrouvé juché, en retira l’écorce, puis tailla une petite flûte dans le bois. S’asseyant en tailleur, il souffla au travers de l’instrument, se forçant à écouter la musique qui en sortait, se forçant à respirer à son rythme. Il sentit à nouveau le souffle du vent tournoyant autour de lui, entendit ses paroles envoûter son esprit. Cette fois-ci, il était prêt. Volonté et détermination seraient son arme et son bouclier. Sa lame paraissait toujours si lourde, mais il refusait de fuir encore… --- --- Il ne leur avait fallu que deux journées pour regagner l’endroit où ils s’étaient déjà croisés. Yasuo était déjà arrivé depuis une heure environ quand Riven le rejoignit, et découvrit elle aussi ce qu’était devenu ce lieu ; là où s’était étendu un terrain plat, régulier et surtout paisible, c’était sur un assemblage de rochers dévastés, d’anfractuosités abruptes et de fentes traîtresses que la nuit gagnait ses droits. Les minéraux fendus et meurtris ne laissaient plus que peu d’abris stables… et pourtant le samouraï ne semblait pas le moins du monde déséquilibré, le dos contre un appui rugueux et irrégulier. Ses yeux étaient clos. Mais c’est lui qui prit la parole, à l’arrivée de son adversaire. – Tu ne peux te fuir toi-même, Riven. J’ai essayé. Mais je vais mettre fin à tes souffrances. – Je n’ai pas perdu mon courage, Yasuo. Le fardeau du passé… c’est ici que je le purgerai. – Un choix honorable. Mais l’esprit reste aussi brisé que la lame, je suppose… – Mes ailes sont brisées. Mais j’ère depuis si longtemps, et aujourd’hui, je me battrai… au nom du bien ! A ces mots, l’exilée tira son épée, saisit la garde d’une main, le tranchant de l’autre, et ferma les yeux. Les runes gravées sur le lame luisirent, et du fragment brisé, dans un bruit limpide, l’arme se reforgea. Elle rouvrit les yeux, qui brillaient d’un éclat renouvelé. Une seule émotion se lisait encore sur son visage. La détermination. – Me voilà éveillée. Yasuo se redressa et se mit à son tour en garde. – Ne ressens-tu rien en utilisant cette arme par laquelle tu as sans pitié éliminé tant des miens ? Par laquelle tu es devenue un monstre ? Qu’est-ce qui pèse le plus, Riven ? Ta lame, ou ton passé ? – Le passé est fini. Il n’y a pas d’autre choix. Je connais maintenant mon but. Alors bats-toi ! Sa voix, profonde, se répercutait encore entre les rochers quand elle s’élança sur lui. L’éclat d’émeraude des runes s’infiltrait dans les fissures du sol lorsqu’elle donna un large coup de taille. Yasuo repoussa l’épée d’un coup sec, et dans le même mouvement, se fendit d’un geste foudroyant. Riven recula et esquiva le coup, mais les étincelles émanant de la lame laissèrent une marque fumante sur son poignet. Il poussa son avantage. Une deuxième frappe rapide, une troisième… encore une… La guerrière bloquait chaque attaque mais cédait du terrain. Et Yasuo vit la faille. Avançant un genou, il porta un coup d’estoc. Il manqua, mais Riven trébucha sur une marche naturelle. Elle perdit l’équilibre. Tenta de se ressaisir… en vain. Elle lâcha prise. Atterrit souplement deux mètres plus bas, et se remit en garde, prête à punir son adversaire s’il s’exposait en la rejoignant. Ce qu’il fit. Il se laissa tomber… apparemment. Au moment où Riven s’avançait, il prit appui sur le mur dans un geste impressionnant de précision et bondit en avant. Frappa depuis les airs… elle fut plus rapide. Elle saisit son bras au vol, et lança une décharge de ki. Le samouraï fut stoppé net. Il recula à temps… l’épée runique fendit l’air à un pouce de son épaule. Emportée par son élan, elle dut reculer d’un pas. Yasuo prépara un nouveau coup… elle attendit le dernier moment. Et sauta. Vers son adversaire. Son ki causa une explosion runique. Yasuo fut expulsé, et tomba au sol; Riven se rua vers lui pour le décapiter – il brandit sa lame à deux mains, et frappa dans le vide. Mais quand la guerrière arriva, une tornade naquît devant le samouraï, et à son tour, elle fut repoussée. Mais il réagit plus vite. Avant même qu’elle n’ait touché le sol, il l’avait rejointe et porta trois coups dans les airs pour finalement la projeter sur le rocher.Elle s’était protégée de l’acier en élevant une barrière runique; essoufflée, elle peinait cependant à se relever. Une deuxième décharge de ki lui donna le temps dont elle avait besoin… Et cette fois-ci, le choc fit effet. Une main plaquée sur le front, il tentait de reprendre ses esprits quand il sentit l’épée runique lui entailler la jambe. Le coup, porté en se relevant, était maladroit et imprécis, et Riven commençait à fatiguer… Elle ne prit pas de risques, sauta en arrière sur une anfractuosité plus élevée. Le samouraï avait eu le temps de se relever, et elle remarqua alors que son épée était teintée d’une aura bleue comme un ciel de printemps. Il chargea une fois de plus. L’exilée recula derrière un rocher pour brandir à deux mains sa lourde arme runique… La lame de Yasuo coupa le rocher. Le tranchant en semblait encore plus aiguisé… Il sauta sur le roc et frappa verticalement. Mais Riven était prête, et avait déjà attaqué. Les deux épées s’entrechoquèrent brutalement dans une pluie d’éclats bleus et émeraude, et le choc se répercuta violemment dans le bras de Yasuo. Il faillit lâcher son arme, mais tint bon. Et quand l’exilée tenta de s’engouffrer dans cette brèche, son pied la cueillit au plexus solaire, et elle ne parvint pas à arrêter un coup de taille qui lui lacéra le ventre. Puis un deuxième traça une entaille sur son bras. Elle parvint enfin à reculer suffisamment pour être hors de portée… La douleur était lancinante, et Riven était à bout de forces… mais sa détermination n’avait pas faibli. Autour d’elle, l’air crépitait d’énergie runique quand Yasuo vint pour porter le coup de grâce. Et utilisant toute la puissance de son ki, elle libéra une onde de vent émeraude, plus tranchante encore que sa lame… droit sur son adversaire. Deuxième frappe en l’air… L’épée du samouraï créa un mur de vent entre l’exilée et lui… et la taillade runique s’y brisa. Mais les extrémités de l’arc de vent fendirent le sol devant Yasuo, et le rocher sur lequel il se tenait tomba. Riven n’attendit pas. Elle bondit à sa suite, atterrit devant le samouraï, étendu au sol après avoir chuté avec son appui, et pointa son épée sur son cœur. Son armure émeraude était toujours aussi rutilante malgré le sang qui la souillait, et la flamme qui brillait dans ses yeux était plus impressionnante encore. – Tu as été un adversaire honorable, Yasuo. Peut-être le meilleur qu’il m’ait été donné de rencontrer. – Toi aussi, Riven… mais pourquoi fais-tu cela ? Comment peux-tu te battre avec autant de détermination quand tu défends une cause injuste ? – Je… commença l’exilée, hésitante. La flamme dans ses yeux vacilla ; Riven tituba, l’épée runique redevint la lame brisée qu’elle portait depuis deux mois. Et elle s’effondra. Yasuo s’était immédiatement redressé, et la retint. Elle posa une main contre sa blessure, et toussa pendant plusieurs secondes. Puis elle répondit finalement, dans un chuchotement tremblant : – Ce n’est pas moi… pas moi qui l’ai tué… – Quoi ?! – Je l’avais trouvé… et j’étais rentrée dans la salle où l’Ancien se trouvait… mais il est mort avant que je ne l’atteigne… – Il s’est donné la mort ? – Non… C’était… autre chose, qui l’a tué avant… – Alors qui ? Qui l’a tué, Riven ? – C’est… c’était… Ne trouvant pas les mots, elle détourna la tête avec un air découragé… mais elle savait. Elle savait ce qu’elle verrait. Puisant dans des ressources d’elle-même insoupçonnées, elle se dégagea, et pointa son épée vers *celui* qui leur faisait face. --- --- --- | |||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||| | **Chapitre 3: La vérité** |- || C’était un dragon, aux corps fait à la fois de nuages et d’écailles cuivrées. Des étincelles parcouraient ses griffes et sa crinière de nimbus, et son crâne doré était orné de cornes entourées d’un halo bleuâtre. Posté sur un promontoire rocheux, il les regardait d’un air à la fois moqueur et méprisant. Il ouvrit sa gueule – un feulement crissant emplit l’air, désagréable comme le raclement de l’acier sur le roc. Un rire. – Et qu’est ce que… c’est ? – Je n’en sais rien… La voix emplit alors leurs esprits. « Qui je suis n’a plus d’importance. Ionia, en se drapant derrière une apparente dévotion et volonté de faire le bien, cache des atrocités que le monde ne peut se permettre de porter. Riven, ma présence ne te concerne pas. Tu peux partir. Ce sont les protecteurs d’Ionia qui doivent périr. » – Les Ioniens sont mes ennemis. Ils me traquent depuis deux mois. Ils veulent ma mort ! dénia Yasuo. « Tu es leur ennemi. Mais ne crois pas que c’est réciproque. Tu ne cherches qu’à leur apporter la vérité. Tu veux recouvrer ton nom auprès d’eux. Tu veux te remettre à leur service. Malgré leur haine envers toi, c’est leur bien que tu veux. Et comme tel, je ne peux me permettre de te laisser en vie. Et tu aurais déjà été tué hier matin si un dragon noir ne s’était pas sacrifié pour vous téléporter en sûreté. » – Et de quoi accusez-vous Ionia, exactement ? « Les Anciens prétendent veiller sur l’équilibre. Et ils le font… à l’extérieur de leur cité. Grâce à cela, Demacia ne s’en prendra jamais à eux. Et Noxus évitera de le refaire. Bilgewater n’est pas une menace pour eux… les seuls à pouvoir leur poser problème seraient les créatures des Îles et du Néant. » – Les îles ? «Les Îles Obscures. Les créatures ne se préoccupant pas de l’équilibre… ou le combattant. Grâce à cette immunité, ce qui se passe dans la ville n’est inspecté de personne. Alors que les forces conjurées par les Anciens surpasseront bientôt les défenses que même Noxus et Demacia pourraient ériger. En secret, ils cultivent la magie noire. Ils développent des pouvoirs dont ils n’ont pas idée des limites… et qui se retourneront contre eux. Contre nous tous.Je les arrêterai. Et tu ne m’en empêcheras pas, samouraï.» – Mais pourquoi ? Pourquoi ne pas vous en prendre à eux, maintenant, directement, quand je ne peux de toute façon pas les aider ? Pourquoi avoir attendu la guerre pour tuer l’Ancien ? Et comment comptez-vous vous opposer à une faction entière ? « Ils se sont protégés, derrière leurs barrières magiques. Pendant la guerre, les protections, encore incomplètes, n’étaient plus activées. Là, j’étais libre d’agir. Et si elle peut se cacher… une faction entière ne peut s’opposer à un dieu. » – Alors, dernière question. Pourquoi donner toutes ces informations à quelqu’un que vous considérez ennemi ? « Une faction... n’est rien face à un dieu. Un guerrier seul est insignifiant face à une faction. Tu n’es pas une menace pour moi, Yasuo. Et bientôt, tu ne seras pas non plus plus qu’un cadavre. Et les morts ont la mémoire courte. Si tu penses pouvoir me contredire, alors bats-toi. Tu auras peut-être l’honneur de réussir à me divertir un tant soit peu. » – J’ai un code d’honneur. Je ne m’y soustrairai pas. Et j’accepte de me battre. Riven lui toucha l’épaule. – Tu es sûr de toi ? – Certain, répondit-il avec un regard grave. Tu dois pouvoir me comprendre. Elle plongea ses yeux dans les siens avant de répliquer : – Je comprends parfaitement. Et je combattrai à tes côtés. – Tu en es encore en l’état ? – Je le serai. Ils se remirent en garde. Le champ de ruines, terne, n’avait pas conservé de trace de l’éclat du combat qui y avait eu lieu… mais c’était sans importance. Aucun des deux guerriers n’était plus sûr de la vérité… le passé n’avait plus de sens. L’avenir était au fil de leurs lames ; seul le présent comptait ! Le combat, qu’ils avaient tous deux appris à respecter. Une fois de plus, le temps était venu de l’honorer. Et de vaincre un dieu. « Une décision courageuse. Ou plutôt téméraire. Vos vies sont insignifiantes devant la mienne… Mourez maintenant ! » Se dressant sur ses pattes arrière, il poussa un grondement sourd en direction du ciel. Et celui-ci lui répondit. Les cieux s’ouvrirent alors, des nuages calmes jaillirent des vents grondants, rugissant alors que la voûte céleste s’assombrissait… et une tornade naquît des éthers. L’air chargé d’électricité crépitait d’énergie, et des étincelles blanchâtres léchaient les bords du tourbillon. Et c’était vers les deux guerriers qu’il se dirigeait. Riven lança un regard apeuré à celui qui se devait pour l’instant être son allié. Il le vit, et lui signala de ne pas bouger. Elle obéit, confiante mais… craintive. Mais alors que la tornade fondait sur eux, il attrapa l’exilée par la taille et se jeta dans le vide avec elle… pour se rétablir sur une corniche quelques mètres en contrebas. Le cyclone arrachait des blocs de pierre entiers au plateau déjà dévasté. Si le dragon la contrôlait, il la laissa s’éloigner, galopante, sans leur causer de dommages. Riven s’apprêta alors à regagner la partie principale du plateau, mais le samouraï la stoppa une fois de plus… mais même depuis leur abri, ils ressentirent l’impulsion de vent générée dans le sillage de la tornade, qui balaya les rochers qu’elle avait déjà endommagés. Après deux autres secondes à rester encore immobiles par prudence, les deux guerriers gravirent le haut de la falaise, sautant sur les blocs de roche dépassant de la paroi, s’arrêtant à peine pour toucher le sol. Atteignant le plateau en premier, la Noxienne se rétablit d’une roulade. Le dragon l’avait attendue… et projeta dans sa direction une sphère ionique. Elle l’esquiva de justesse… puis une deuxième arriva ; une troisième, encore une autre… Se déplaçant avec agilité sur le terrain escarpé, elle volait entre les projectiles, sans qu’aucun ne pût l’atteindre. Mais dans ce déluge, la créature en lança un vers le samouraï qui se hissait sur le promontoire. Une lueur s’alluma dans l’œil de Riven qui se jeta devant lui, bloquant l’attaque en érigeant un bouclier runique. Quand la sphère l’atteignit, elle vacilla alors que les ondes électriques qu’elle n’avait pu parer s’infiltraient dans son corps, parcourant douloureusement chacun de ses muscles, chacune de ses veines. Sous le choc, le roc à ses pieds et derrière elle s’effrita… et elle vit un bout de la paroi s’en dissocier. Celui sur lequel Yasuo se tenait. Riven plongea, attrapa le bras de son allié; une jambe au sol, elle l’attira vers elle. Les cailloux pointus écorchaient son genou... Le samouraï réussit à s’accrocher, et remonta sur la surface qui n’avait plus rien de plan. Et vit le dragon fondre sur eux depuis les hauteurs. Il plaqua immédiatement Riven au sol, et sauta vers le côté opposé à la falaise. Le monstre passa entre eux sans leur causer de dommages… Elle se remit rapidement debout, mais l’Ionien eut alors la certitude qu’ils ne s’en sortiraient pas tous deux vivants. --- --- --- | |||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||| | **Chapitre final: Au cœur de la tempête** |- || Dès qu’elle se fut relevée, Riven fit à nouveau le vide dans son esprit. Elle ne devait se concentrer que sur une seule chose: son objectif. Son ennemi. La lame runique se reforgea une fois de plus, toujours aussi débordante du pouvoir runique dans lequel elle avait été créée. En trois bonds rapides, elle atteint le pic où le dragon s’était juché après sa charge. La surcharge de ki provoquée par sa plénitude déstabilisa le monstre, le repoussant brièvement en arrière. Il ne lui fallut que le temps d’un clin d’œil pour se raccrocher. Ne lui aurait fallu. Yasuo s’était élancé à la suite de la guerrière, et fit des vents une prison pour la créature, d’impalpables brises le maintenant immobile, suspendu dans les airs, comme s’il se fût agi de chaînes. Et ils frappèrent à l’unisson, l’épée runique se heurtant aux écailles dans un bruit cristallin sans même y laisser une marque, tandis que celle de l’Ionien fendit une infime mais profonde portion de la queue du monstre. Le samouraï commença à retomber des airs, mais Riven, campée sur son rocher, porta un deuxième coup… quand, d’une pulsion de ses ailes, le dragon brisa les chaînes de vent. L’onde de choc balaya les deux combattants qui s’écrasèrent contre le roc. Cette fois-ci, la lame noxienne avait percé l’armure écailleuse du monstre. Du sang noir coulait le long de sa gorge quand il se lança vers l’imprudente, et plaqua une patte contre elle pour la maintenir au sol. Yasuo voulut la rejoindre; d’un simple regard, la créature avait invoqué une tornade autour de lui, le prévenant du moindre mouvement. De violentes bourrasques soufflaient du ciel noir, fouettant les deux guerriers sans importuner leur ennemi. Et la voix caverneuse s’éleva à nouveau dans leur cœur. « Riven… Tu fuis ton passé parce qu’il t’a vu te battre pour une cause que tu ne soutenais pas. Contre des hommes, des femmes, des enfants que jamais tu n’aurais connus, et qui ne t’auraient fait aucun mal – ni à toi, ni à ceux que les principes que tu défends couvrent. Pourquoi, jeune présomptueuse, t’allies-tu aujourd’hui à celui dont la cause est cette fois celle du mal ? » – Des milliers d’humains, ou d’êtres pensants, ont été assassinés sous mes yeux. Nombreux l’ont été par ma main. Et de tous ces meurtres, je n’en ai jamais vu de plus lâches que ceux commis au nom de prétextes proclamés sans la moindre justification. Sans la moindre preuve. Dont le vôtre fait partie. « Pourquoi un dieu se justifierait-il devant des humains ? Je connais la vérité. Je n’ai nulle obligation de la partager. Rien ne m’obligeait déjà à vous donner mes raisons. » – Et nulle obligation de *respecter* cette vérité. Pourquoi devrait-on vous faire confiance ? « Car pourquoi, sinon, vous aurais-je annoncé mes raisons de m’opposer à Ionia ? C’est une faveur que je lui ai faite, de lui dévoiler les raisons de sa mort. » – Ou n’était-ce pas plutôt pour que je ne l’aide pas ? Parce que vous craignez de nous affronter ensemble ? Un rire guttural résonna dans leur esprit alors que le vent sifflait à leurs oreilles. « Je suis un dieu ! Les mortels ne sont que des insectes devant moi ! » Mais Riven était certaine d’avoir décelé quelque chose, dans son rire, qui n’aurait pas dû s’y faire entendre. Aurait-elle… raison ? – Alors pourquoi tentez-vous encore de me faire changer d’avis, dragon? « Je te donne une chance de vivre, insolente ! Saisis-la… ou meurs maintenant ! » – Jamais ! Une surpuissante décharge de ki fit replier ses pattes au dragon. Rugissant de douleur, il reprit toutefois très rapidement le contrôle de son corps… trop tard. La guerrière s’était échappée. S’abritant derrière une garde sans défaut, elle attendit qu’il bouge. De longues secondes passèrent. Yasuo était condamné à observer sans pouvoir intervenir… le dragon attaqua. Il fondit sur elle, griffes tendues, une aura électrique bleue illuminant son corps. Et Riven continua à attendre. Jusqu’à ce que ses griffes soient à un peu plus d’un mètre d’elle… Seconde décharge de ki, empêchant le monstre de frapper. Dans le même mouvement, elle lança une autre taillade de vent. L’onde émeraude ouvrit une nouvelle blessure dans le corps du dragon; sans même avoir attendu que son adversaire soit touché, elle s’était élancée vers lui, protégée uniquement par un bouclier d’énergie runique. Elle prit appui sur sa jambe… Sur sa jambe blessée. Avec un cri de douleur, elle tomba à genoux, s’appuyant sur son épée avec ses bras tremblants… Le dragon n’attendit pas plus longtemps. --- Yasuo essayait désespérément d’aider Riven. Le samouraï était coincé dans l’œil de la tornade, tous les mouvements qu’il tentait étaient inhibés comme par un magnétisme. Il se concentrait, cherchait un moyen de briser sa prison… Et le monstre poussa un nouveau rugissement. L’aura bleue autour de son corps s’intensifia, les nimbus croisant ses écailles prirent sa teinte… Et du ciel tomba un unique éclair, aveuglant de puissance pure. Droit sur l’exilée. Ce fut ce dont Yasuo avait besoin pour se libérer. La tornade se dissipa, le magnétisme s’effaça. A une vitesse incroyable, il se plaça à côté de son alliée, leva sa lame vers le ciel. – Faites face au vent ! Une barrière immatérielle apparut au-dessus d’eux, absorbant totalement la foudre. Marchant lentement en direction du dragon, il répondit finalement aux mots que son ennemi avait prononcés quand il était enfermé. – Ces techniques de vent que j’ai apprises sont l’héritage pur d’Ionia. Les manigances dont vous parlez ne m’ont pas échappé; le murmure du vent ne manque aucun détail du monde. Et elles n’ont rien de ce que vous dites. Ce sont des vieux rêves brisés d’Anciens fous et séniles, qui ne retrouveront jamais la force d’être dangereux. Ce n’est rien par rapport à la face de la ville qui n’a pas été atteinte par la corruption. Mais vous n’êtes pas de ce côté. Riven l’a dit, vous vous réfugiez derrière des paroles pour cacher les faits. L’évidence de votre culpabilité. Vous prétendiez que leur magie noire allait détruire le monde ? Alors pourquoi la vôtre est-elle si facilement bloquée par l’héritage immaculé du vent ? «Ha… Ha… Hahahahaha ! Ton raisonnement est intéressant. Mis à part sur un point. J’utiliserais la magie noire ? Ta magie serait pure ? Sais-tu, mortel… que cet héritage dont tu parles, provient de moi ? Je suis le dieu des cieux, celui par lequel le vent a acquis tout son pouvoir ! » Masquant sa surprise, le samouraï ne répondit rien, continuant à se déplacer autour de son adversaire. Celui-ci continua, amusé par la réaction. « Oui, novice. C’est moi qui ai demandé à ton maître de trouver quelqu’un à qui il pourrait léguer ces techniques. Et voilà un piètre élève qu’il m’a ramené… incapable de discipline, cherchant à en faire trop sans même savoir faire le nécessaire. Une légère déception… » – Et pourquoi avoir tué l’Ancien, alors ? Pour l’équilibre du monde, ou par vengeance ? « Mes intentions sont louables. Si je me venge, c’est parce que quelqu’un n’a pas suivi mes ordres. Et n’a donc pas servi le bien commun. Une question de plus… qui n’en est pas une. » – Les intentions de chaque dieu sont louables. De leur point de vue, en tout cas. Les intérêts d’une créature ne sont pas ceux du monde… et je ne vous fais pas confiance pour discerner le réel bien commun. « Et ton avis ne compte pas. Il comptera encore moins après ta mort. » – Me tuer ? Essayez toujours. Riven s’était relevée. Le dragon cracha dans leur direction un souffle glacé, chargé d’électricité. Et d’une tempête d’acier, Yasuo le dissipa. Le tourbillon vint frapper le monstre, dissipant l’espace d’un instant sa crinière de nuages, répandant des fragments de métal partout autour de lui. Une deuxième tornade l’empêcha de se rétablir. Une troisième leur donna le temps de s’approcher. Il jeta un coup d’œil à son alliée ; elle comprit. A l’unisson, ils rassemblèrent leurs dernières forces pour un assaut final. Il fut extrêmement bref. Riven contourna le dragon, Yasuo frappa de front. Une seule fois. Un éclair jaillit de sa lame quand elle s’infiltra sous la carapace d’écailles… et la créature riposta malgré sa blessure. Ses serres ouvrirent trois sillons sanglants dans le ventre de l’Ionien. Il ne lutta pas, se laissa tomber. Mais l’exilée avait pu attaquer sans que leur ennemi se défende. Empalé par Riven, le monstre tomba à son tour, à côté de Yasuo. Elle courut vers le samouraï à terre, lui tendit une main pour l’aider à se relever. Sa tunique avait déjà viré au rouge. Il capta son regard interrogatif, commença par hausser les épaules. Il répondit finalement : – Mourir est le plus facile. Je ne céderai pas à la tentation de l’accepter. Soulagée, elle le remercia pour ce choix, avant d’ajouter: – Mon ami… tue-le. J’ai du sang sur les mains, trop de sang. Ce serait un meurtre sans signification pour moi. Un autre assassinat insensé… et je ne veux plus de cela. Je te laisse achever ta quête, et l’ennemi que tu as si longtemps pourchassé. Yasuo s’exécuta cérémonieusement, tandis que Riven restait un peu en retrait. Mais le vent lui souffla à l’oreille. Les mots qu’il lui apporta l’étonnèrent… *Quoi que tu aies vraiment été, je te pardonne tes forfaits. Je t’ai privé de ton futur, laisse-moi t’absoudre de ton passé. Tu seras bientôt en paix avec toi-même.* Son but enfin accompli, il la rejoint, et s’assit à côté d’elle. Les vents déchaînés s’étaient retirés pour laisser place à de calmes brises, les nuages noirs ne masquaient plus la lune et son ciel d’ébène. Seule la destruction totale du plateau, en ruines et noyé sous du sang rouge et noir, portait l’héritage de leur passé, de ce présent. Ils se relevèrent peu de temps après, et allèrent vers leur destination suivante, comme un frère et une sœur. Vers Ionia. ----- ----- ----- ----- ----- | |||||||||||||||||||||||||||||||||||| | https://ddragon.leagueoflegends.com/cdn/img/champion/splash/Amumu_0.jpg |- || | ||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||| | **_Amumu – Le Yordle maudit_** |- || Le groupe de Yordles parcourait les rues de Bandle City en conversant gaiement. Soudain, quelques rires fusèrent, et un sourire amusé naquît dans les yeux de l’un deux. Il avait déjà dû leur raconter cette histoire une dizaine de fois depuis son retour de Shurima au début de l’année, mais elle avait toujours autant de succès. C’était une simple anecdote qu’il avait retenue de son périple vers l’Empire des sables… qui évidemment, ne le glorifiait pas… mais puisque lui aussi se plaisait à la raconter, il n’allait pas s’en plaindre. Il répondit au clin d’œil complice que Taris lui adressa. La Yordle était sa plus chère amie depuis de longues années, et il savait que ce sentiment qu’il éprouvait pour elle et qui venait s’ajouter à leur solide amitié était partagé. Un de leurs camarades, aux mèches inhabituellement foncées pour un Yordle, désigna du doigt une taverne sur leur droite. Ils s’y arrêtèrent; c’était un endroit qui leur était maintenant plutôt familier. A l’intérieur, après avoir salué le tavernier et pris place à une table, ils reprirent leur discussion. Taris avait tiré de son manteau un petit livre dont beaucoup de pages étaient encore blanches, et s’affairait à achever le dessin de l’astre du jour se levant sur une ville au cœur du désert, à moitié recouverte de sable. L’œuvre semblait surréelle, les rayons de lumière se mêlant à de minuscules grains de sable voletant autour des murailles de la ville. Ils restèrent une heure dans la taverne, puis le soleil commença à se replier derrière la ligne des toits, et ils sortirent et se séparèrent. Il rentra accompagné de son amie qui, lorsqu’elle fut sûre qu’ils étaient seuls, se retourna vers lui avant de lui agripper le bras, un air anxieux sur le visage. - Tu es vraiment sûr… vraiment sûr que tu veux y retourner ? - Oui, Taris. Non que cela m’enchante, mais il le faut… Il se passe des choses là-bas. D’anciennes forces se réveillent, et j’ai entendu des chuchotements, des murmures semblables à des malédictions, me hanter dans des lieux où j’aurais été censé être seul. C’était comme s’ils voulaient… me transmettre la solitude qu’ils ressentaient depuis des temps immémorables, tu comprends ? - Je vois ce que tu veux dire, mais pourquoi, pourquoi devrais-tu y retourner ? Tu le vois toi-même, c’est dangereux ! - Les salles des tombeaux que j’ai visitées étaient supposées être abandonnées. Personne n’y allait plus. Et personne à Shurima n’est au courant de tout ça ! Puisqu’ils savent qu’il n’y a plus rien par ici. Ou du moins, ils le croient. La Yordle détourna le visage. Ses mains tremblaient maintenant, tremblaient autant que sa voix lorsqu’elle répondit : - Tu n’es pas obligé… Qu’espères-tu y faire ? Tu ne sais pas ce qui se passe. Et si ça se trouve, il peut même s’agir de ton imagination ! Ta peur, qui te ferait entendre tout ceci ! Ta place n’est pas là-bas… On a besoin de toi ici, j’ai besoin de toi ! Tu n’es pas de ces personnes qui peuvent être remplacées… - Mais je reviendrai, Taris. Tu me manqueras, mais je reviendrai vite, c’est promis. Je dois y aller… j’entends leur appel, l’appel de ces mêmes chuchotements que j’ai entendus là-bas. Il y a une raison, je le sais et ne peux m’y soustraire. Elle ne parvenait plus à retenir ses larmes, malgré ses efforts. Et lui non plus. Ils tombèrent dans les bras l’un de l’autre, et restèrent longtemps enlacés ainsi avant de finalement se quitter. --- Il partit tôt le lendemain matin. Taris était la seule qu’il avait prévenue de son départ, pourtant prévu depuis longtemps. Elle avait tout le temps voulu l’en dissuader. Mais il devait choisir entre les abandonner eux et abandonner le monde. Son cœur en avait été cruellement blessé, mais il avait fait son choix. Le voyage jusqu’à Shurima, pourtant long, se déroula sans encombre. Il ne regrettait toujours pas ses décisions, mais il souffrait, et même une fois arrivé à sa destination, la plaie de son âme était toujours ouverte et brûlante, prenant en permanence la forme d’un nom, un unique nom; celui de la Yordle. Mais il ne devait pas se torturer l’esprit ainsi… Après tout, il serait vite de retour. Arrivé dans les sous-sols du tombeau après être passé par un imposant dédale de catacombes, il retrouva la salle où les murmures s’étaient fait entendre. Et les entendit à nouveau. Leur son était insoutenable… il plaqua ses mains contre ses oreilles. Mais en vain, il résonnait en lui. La lente clameur devint agressive… La jalousie envenimée d’êtres dégradés enviant les vivants… elle parvint à ses tympans et dans son cœur, exprimant des sentiments hostiles. Soudain, il prit peur. L’aura de solitude qui émanait de chacune de ces présences était si intense… si oppressante… Il voulut fuir. Il se retourna… et *la* vit fondre sur lui. Puis ce fut le noir… --- --- La forêt s’assombrit sur son passage. Les arbres semblaient s’affaisser, leurs feuilles se dessécher, flétries par son aura. Un voile de ténèbres presque opaque les recouvrait, comme s’il voulait avaler toute la joie d’une nature paisible pour la remplacer par la noirceur du désespoir, le teint terne d’une vie possédée par la colère, puis abandonnée par celle-ci, ne laissant derrière elle qu’une coquille vide et sans essence. Au fur et à mesure qu’il marchait de ses petits pas, suivant le lent rythme de sa mélancolie, l’antique vie de la nature environnante s’érodait, les âmes végétales comme animales fuyant sa présence… Amumu continua à avancer, sans s’arrêter. Ici comme partout ailleurs, il ne trouverait rien, rien pour lui. Comme partout ailleurs, les êtres vivants ne feraient que l’éviter. Et comme partout ailleurs, bien qu’au milieu de tous, il serait et était seul, seul et abandonné. Les larmes que la solitude et son désespoir lui arrachaient irriguaient le sol que ses pieds momifiés foulaient, et ses bras restaient étendus le long de son corps de bandelettes, la volonté nécessaire à les relever ayant déserté le Yordle défunt. --- Mais soudain, il eut un pressentiment. Juste une émotion ressentie, une image qui était apparue dans son esprit. Un… espoir ? Le sentiment disparut aussi vite qu’il était né… Car aussi loin que ses souvenirs remontent, jamais il n’avait eu droit à l’espoir. Uniquement à la solitude et à la tristesse. Malgré le fait qu’il fût conscient que le pressentiment était uniquement le fruit de son imagination, il décida de s’y fier. Quand on n’avait rien, autant suivre l’instinct qui nous avait été donné… L’image représentait une rue de Bandle City. Pourquoi celle-ci en particulier ? Et pourquoi même Bandle City ? Il aurait été incapable de le dire. Mais peut-être trouverait-il là-bas une personne qui ne le fuirait pas ? Il n’avait rien à perdre, il devait tenter… Il n’avait aucun souvenir de ce qu’il était avant de se réveiller, couvert de bandelettes, dans une salle aux murs de roche blanche sous les sables de Shurima. Ni de sa vie, ni même de son nom. Et maintenant, il n’était plus qu’Amumu. Tel était devenu son nom… et rien n’était plus sa vie, si ce n’était la solitude. Il passa devant plusieurs rangées de fleurs, qui fanèrent et se flétrirent sur son passage. L’émotion le submergea… toutes ces beautés du monde… toutes ces beautés dont il connaissait l’existence, mais qu’il n’avait jamais eu le droit d’expérimenter, ou même d’observer… non, tout ceci lui avait été refusé. Là où il aurait pu être quelqu’un, ou simplement quelque chose… il n’avait droit qu’à être seul et ne voir que la face noire du monde. Pour une malédiction… --- Ces sentiments continuèrent à l’habiter pendant de longues heures, jusqu’à ce qu’il atteigne Bandle City. Mais cette fois-ci, ils s’étaient envenimés. Au lieu de s’apitoyer sur son horrible sort, il ne pouvait plus songer qu’à l’injustice de ce qui lui arrivait depuis sa nai… depuis sa mort. Pourquoi lui ? Pourquoi lui plutôt qu’un autre ? Pourquoi un sort si brutal, si incompréhensible et si cruel ? Il franchit les portes de la ville. Il n’y avait aucune raison pour cela ! Était-ce réellement la malédiction, où étaient-ce eux, qui le fuyaient volontairement ? Tous les Yordles qu’il croisait détournaient les yeux quand il passait près d’eux, ils s’écartaient quand il voulait s’approcher. Pourquoi le monde le haïssait-il alors ? Il parcourut la cité. Prit à gauche à cette intersection, à droite ensuite. Ce chemin lui semblait très vaguement familier, mais sa colère lui occupait trop l’esprit pour que cette information lui soit d’un quelconque intérêt. Et il atteint la rue qu’il avait entr’aperçue dans sa vision. Il l’explora. Rien. Revint sur ses pas… et entendit des voix. Une s’éleva seule pendant un instant… la voix d’une Yordle, nonchalamment adossée à un mur, en pleine discussion avec trois de ses congénères. Cette fois-ci, ils ne le fuiraient pas. Cette fois-ci, il verrait enfin un sourire lui être adressé. Le visage de la Yordle aussi lui évoquait un souvenir perdu dans un brouillard trop solidement établi pour pouvoir être dissipé. Cela encore, n’avait aucune importance. Amumu s’avança vers eux. Vit leurs regards apeurés. Les ignora, et continua. Ils commencèrent à manifester l’envie de fuir. Pas cette fois ! La colère de la momie explosa. Une tempête naquît autour de lui, ravageant la rue, arrachant des pans de murs entiers aux bâtiments auxquels ils appartenaient. Des flots de sable volaient dans le ciel assombri, tombèrent sur le sol et les toits. Le vent hurlait de pair avec le choc des blocs de bois et de pierre, des bandelettes jaillirent des entrailles de la terre, enserrant et brisant les poutres des maisons, les fondations des murs… Puis tout se calma. Seul le corps de la Yordle était encore visible parmi les décombres. A ses côtés, un petit livre était tombé, ouvert. Ouvert sur le magnifique dessin d’une cité dans le désert, illuminée par un soleil rayonnant. Le désespoir s’empara à nouveau d’Amumu, atterré par ce qu’il venait de faire, par cette raison qu’il venait de donner à tous de maintenant le craindre. Le poids dans son cœur était infiniment plus lourd qu’il ne l’avait jamais été. *Accablé par la vie, brisé par le destin, Jusqu’au cœur le plus pur peut répandre la mort. L’âme la plus brillante, agir envers l’instinct; Pour ensuite subir désespoir et remords.* *Et il ne l’avait pas. Ni le cœur du héros, Ni l’âme du sage. Il n’était que lui-même ; Yordle assassiné, et privé du repos… Et ce mort tourmenté chanta leur requiem.* --- --- --- --- --- | |||||||||||||||||||||||||||||||||||| |https://ddragon.leagueoflegends.com/cdn/img/champion/splash/Diana_0.jpg |- || | ||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||| | **_Diana – La Revanche d’une Lunari_** |- || Le ruisseau coulait lentement au fond de la grotte, reflétant sur les murs rocheux l’éclat argenté de milliers d’infimes lueurs magiques. A l’instar d’étoiles infiniment lointaines, elles brillaient sans réellement éclairer, mais diffusaient tout de même une lumière suffisamment forte pour que l’on puisse y discerner les contours de chaque roc et le mouvement de l’eau. Le silence environnant n’était troublé que par le bruissement irrégulier de quelques gouttes égarées, et par les cris d’oiseaux se battant pour faire régner leur loi sur la nuit déjà depuis longtemps installée. Le clair-obscur généré par une lumière diffuse, la tranquillité… c’était ce qui avait fait comprendre à Diana que c’était ici qu’elle était chez elle. En réalité, elle n’était plus chez elle nulle part, mais ce lieu la ressourçait comme aucun autre ne le pouvait. Adossée face au ruisseau, sans avoir pris la peine de retirer son armure d’argent ou de se séparer de sa lame sélène, la Solari parjure patientait. Elle attendait le moment où la lune s’élèverait loin au-dessus des arbres, et viendrait frapper l’onde paresseuse de ses purs rayons. Le moment où la caverne entière serait illuminée par la lumière blanche, pâle mais éclatante, de l’astre nocturne. Le moment où la nuit serait sienne, où ses pouvoirs seraient à nouveau… à leur zénith. Les secondes s’imbriquaient en minutes, s’enchaînaient à d’autres minutes. Mais la lune avait enseigné la patience à sa guerrière… Attendre avait souvent guidé sa vie. Enfant chez les Solaris, elle avait déjà passé des jours entiers à attendre son heure. A laisser venir le moment où enfin, elle pourrait enseigner au peuple du Soleil que c’était elle qui détenait la vérité. Puis, même dans les pires circonstances, provoquées par sa persistance à vouloir ouvrir leurs yeux aveuglés, alors que c’était vers sa propre exécution que le temps la menait, elle l’avait laissé la porter, sans chercher à briser sa course. Là où n’importe qui d’autre aurait paniqué et se serait rongé les sangs en implorant le Soleil de changer la réalité ou de l’en épargner, elle n’avait fait que patienter, sereine. Et quand la lune était venue à son secours, elle avait obtenu la victoire, avait massacré les Solaris qui avaient dicté son exécution, et était partie sans un regard en arrière, laissant l’astre du jour consumer les cendres de feu ses fidèles. Cependant, cette nuit, rien ne sembla se passer… Elle avait ensuite jeté ces regards en arrière qu’elle s’était auparavant refusés. Qu’elle n’avait en fait jamais voulu daigner leur accorder. Mais elle était parfois prise de remords. Savourant sa liberté et sa plénitude, elle avait pitié de tous ceux qu’elle avait laissés, là-haut, esclaves du culte impie qui leur entravait bras et jambes, les maintenait au sol, condamnés à s’embraser lentement aux flammes d’un soleil de plomb. Une lumière filtra finalement par l’entrée de la caverne. Et elle avait réalisé que, si elle avait pu se sauver elle, sans aucun autre humain pour la soutenir, pour la protéger de tous ceux qui se jetteraient sur son chemin pour honorer leur Soleil sacré en éliminant celle qui refusait de fouler sa voie, alors les autres le pourraient, si nécessaire avec son aide. Parmi tous ceux-là, certains ne lui auraient pas jeté la pierre. Certains auraient eu le courage de renoncer à la frapper, même si leurs regards à son égard auraient encore été teintés d’horreur, de colère ou de mépris. D’autres, au contraire, se seraient précipités pour être celui ou celle qui aurait la gloire de l’avoir abattue, que ce soit par foi, ou par ambition. Mais ce n’était pas *la* lumière… pas l’éclat de la lune… Un son se fit entendre dans la nuit troublée, résonnant comme un sacrilège contre les parois de la grotte. Mais peu importait leur passé. Si de leur futur, elle pouvait faire une vie droite et au service de la Lune, ils pourraient mériter le pardon. Aucun n’était par son bras condamné, tous avaient une chance. Ceux qui refusaient de s’en emparer, alors, n’étaient que les victimes de leur propre inconscience. Ces rayons bruts, inquisiteurs, douloureux, elle les aurait reconnus parmi tous. C’étaient ceux du Soleil. Des membres du culte Solari s’étaient approchés près de la grotte… et ce qu’elle avait entendu n’était autre que l’écho d’une conversation qu’ils avaient engagée avec un autre homme. Diana ne réfléchit pas plus. L’attente n’était plus nécessaire, elle avait déjà porté ses fruits. La scène qui s’offrit à ses yeux quand elle quitta la caverne était des plus étranges, mais ce n’était plus la première fois qu’elle la voyait. Il faisait toujours noir en-dehors. Mais la pénombre était brisée en un point précis, par le sceau d’une bague d’où émanait une clarté aveuglante, comparable à un soleil miniature. Le sceau d’un Solari ! Ils étaient quatre, quatre Solaris. S’approchant prudemment pour ne pas être révélée, elle parvint finalement suffisamment près d’eux pour distinguer leurs mots. – Seigneurs, j’ai besoin de votre aide ! gémissait-il sur un ton craintif. La région ici-bas est écumée par des voleurs et des assassins, ils ont déjà fait tant de morts ! Mes deux filles ont péri à cause d’eux… tuées sans avoir eu la moindre chance de s’en sortir, le moindre espoir de pitié… S’il vous plaît, ils terrorisent notre ville depuis plusieurs semaines déjà, il nous faut quelqu’un pour nous protéger d’eux ! – Où est votre ville ? commença l’un des Solaris. Nous pouvons nous occuper d’eux, le Soleil les pu… – Non, coupa le Solari au sceau. Traquer des criminels dure longtemps, très longtemps si l’on veut en libérer une ville entière. Soit nous les tuons jusqu’au dernier, et c’est autant de temps que l’on ne dédie pas au Soleil, soit nous n’en éliminons qu’une partie, et cela ne vous apportera rien. Je suis désolé, mais nous ne pouvons rien faire. Diana s’affaissa un peu contre le rocher derrière lequel elle restait cachée. Elle s’était surprise à espérer qu’ils acceptent, l’espace d’un instant… ha ! Jamais le peuple du Soleil n’aurait fait cela, trop occupés à servir l’astre du jour pour réaliser ce qui se passait en-dessous, sur la Terre où ils vivaient. L’injustice de… de tout ceci blessait son cœur, et elle sentait des flots de colère s’agiter en elle, provoquer des remous dans chaque goutte de sang circulant dans ses veines. Elle crispa sa main sur le pommeau de son épée, si fort que ses phalanges en blanchirent. Les larmes aux yeux, l’homme qui avait eu le malheur de choisir ces personnes comme son espoir reprit plus bas : – J’espérais plus de la part du Culte… même si votre réputation vous a précédés… mais tant pis. La chaleur du Soleil sera-t-elle suffisante pour consumer le poids des morts dont vous vous rendez responsables ? Oui, elle le serait, pensa Diana. Devant la face du Soleil, ces morts n’étaient que des grains de poussière, des grains de poussière immédiatement réduits à l’état de cendres. Un simple décès était bien trop pâle pour faire de l’ombre à l’astre du jour lui-même… Combien de personnes leur foi impie mais ardente avait-elle déjà tuées ? Exécutant ceux qu’elle ne se contentait pas de laisser mourir, elle fauchait impitoyablement les malheureux qui avaient eu le malheur de naître dans cette ville… ou même de grandir alentours. Elle frissonna en songeant à nouveau que si la Lune ne l’avait pas sauvée, elle se serait ajoutée à leur nombre… Nul ne voulait écouter. – Comment oses-tu parler sur ce ton ? Insolent, as-tu idée de l’importance de notre mission ? Crois-tu que nous puissions nous permettre d’interrompre le sauvetage du monde au profit de celui d’une poignée de personnes ? Le Solari au sceau s’était approché du voyageur au fur et à mesure qu’il parlait ; il pointait maintenant sur lui une épée irradiant la lumière de l’aube au cœur de la nuit. Diana se leva. C’en était trop ! Sautant souplement de sa cachette, sa lame à la main, elle marcha d’un pas rapide et déterminé vers les membres du Culte. L’un d’eux la repéra, se tourna et la pointa pour les autres. Mais elle ne ralentit que lorsqu’elle arriva à quelques mètres d’eux. – Représentants du Peuple du Soleil. Quelle est votre mission ? demanda Diana, ne contenant sa colère qu’à grand-peine. Ce fut l’homme au sceau qui lui répondit. – Tu arrêterais donc finalement de te cacher, traîtresse ? Intéressant… mais notre mission ne te concerne pas. Elle relève du bien de l’humanité. – Vous tentez de sauver l’humanité, c’est ce que je dois comprendre ? rétorqua l’élue de la Lune en haussant un sourcil. – Depuis toujours… – La vérité vous échappe… il est inutile de sauver un monde de cadavres ! Si vous voulez aider l’humanité, alors ne laissez pas ses membres mourir sous vos yeux ! Vous voyez en moi une traîtresse, mais vous êtes ceux qui desservent leur propre cause pour n’obtenir que la gloire que votre mission pourrait vous rapporter… en délaissant son objectif ! – Car d’après toi, il vaut mieux sauver une poignée de personnes au risque de compromettre la vie de millions d’autres ? commenta-t-il avec un soupir. – Ecoutez votre cœur. Ecoutez-le, par-delà vos envies de renommée, vos envies de pouvoir. Vous savez que vous ne compromettez rien. S’il vous le faut, demandez donc à cet homme-là, fit-elle en désignant celui qui avait parlé le premier. – Ce ne sont en rien les mots de mon cœur, hérétique ! – Je ne dis que la vérité. Acceptez-la. – Non. Et je ne perdrai pas plus de temps à parler avec une parjure ! Tu ne peux pas rester dans l’ombre indéfiniment, Diana. Il n’est nulle zone que la lumière du Soleil ne puisse atteindre ; le moment est venu pour toi de payer le prix de tes actes ! Les quatre Solaris l’encerclèrent, laissant le pauvre voyageur libre de s’enfuir – en vie, mais pour combien de temps… – Vous ne me laissez pas le choix. La lumière du sceau blessait ses yeux, mais elle ne cilla pas et se mit en garde, attendant un mouvement de ses adversaires. Qui arriva. Elle se jeta sur celui qui s’était approché le premier, laissant ouverte une faille dans sa propre garde. Un piège. Le Solari s’y engouffra… le pied de Diana faucha sa jambe avancée avant que sa lame ne l’atteigne. Elle le rattrapa, l’empala sans même qu’il eût touché le sol. Se redressa et se retourna, para immédiatement le coup du deuxième homme, résista au choc, contre-attaqua. Nouveau choc. Recula souplement, évitant la lame du troisième. Puis il y eut la lumière… Un rayon infiniment lumineux, frappant son corps tout entier, répandant une douleur cuisante dans chacun de ses membres. Elle tomba à terre… A moitié aveuglée, elle discerna tout juste les deux Solaris revenant vers elle. L’éclat de l’acier… d’une épée brandie, levée pour porter un coup… Qui ne l’atteint jamais. Le son de la lame se brisant emplit ses oreilles. Elle se releva d’un bond, protégée par un halo de lumière pâle, que l’épée n’avait pu traverser. Trois sphères menaçantes tournaient autour d’elle, brillant du même éclat. Trois lunes miniatures. Un croissant de lumière lunaire jaillit de sa lame, vint heurter l’homme au sceau, qui tituba. Elle arriva sur lui en un instant, le projeta en arrière, brandit son arme à nouveau, frappa pour le coup fatal… Et détourna son bras au dernier moment. Dans un son cristallin, son épée croisa celle du Solari qui l’aurait décapitée. L’autre l’avait aussi rejoint… Un mouvement souple du poignet. Un autre croissant de lune les frappa tous deux. Elle fit tomber le premier déjà déstabilisé d’un coup de coude, entendit un craquement, s’élança sur l’autre, le décapita d’un seul geste. Laissant l’homme au sol à ses souffrances, elle se retourna vers le Solari au sceau. Son deuxième rayon de lumière la frappa en plein cœur… mais le bouclier pâle l’absorba entièrement. Elle chargea sur lui à une vitesse fulgurante. Il recula ; une détonation retentit et il fut attiré vers Diana, aussi irrésistiblement que par la gravité d’un astre. Avec un cri de colère, elle porta un coup de taille. Un éclat blanc pur entoura sa lame, se reflétant tout autour d’elle, et son adversaire mourut, plongeant à nouveau la plaine dans les ténèbres alors que la lueur du sceau disparaissait. Diana revint vers le dernier Solari en vie, encore étendu par terre. Elle fléchit un genou pour lui tendre sa main ; il la saisit, et se releva non sans quelque peine. – Merci ? hésita-t-il. – Toi. Contrairement à ton chef, tu voulais aider cet homme. Pourquoi ? – Je veux seulement faire le bien… c’est l’enseignement Solari. Et c’était ce que mon cœur me dictait… Une lueur chaleureuse s’alluma pour la première fois dans l’œil de l’élue. – Cela faisait longtemps. Longtemps qu’il ne m’avait pas été donné de voir quelqu’un résister à la tentation du pouvoir, et comprendre ce que le monde demande, derrière ce qu’on lui dit, malgré l’effort que les Solaris mettent à détruire ceux qui ne fonctionnent pas de cette manière. Ils n’avaient pas pu me briser. Et c’est ce qui m’a permis de comprendre que si ce culte avait de bonnes intentions, cherchait réellement à servir le monde comme il le dit toujours, il s’en est détourné, et plus rien de bien n’en sort. Si tu veux, toi, rester sur cette voie louable, tu dois quitter celle du Soleil. Ils prétendent t’apporter la vérité, mais la lumière de l’astre du jour brûle le monde, aveugle les hommes, et ne t’apportera que des mensonges à la place de ce qu’elle t’a promis. Mais mes yeux sont ouverts… ne suis pas la lumière. Ne suis pas cette lumière. Si tu veux servir le monde, rejoins la Lune. Elle seule pourra te donner le pouvoir de le faire. – Je… je ne le peux pas ! Le mont Solari est mon foyer, c’est à ce lieu que j’appartiens, je ne peux pas les trahir ainsi ! Je ne veux pas me parjurer… – Tu ne te parjureras pas, tu ne feras que suivre ce qu’ils étaient supposés t’enseigner ! Fais serment, jure allégeance à la Lune ! – Non… je suis désolé. Mais je ne peux pas accepter ce que vous me demandez. Je devrais renoncer à ma vie entière… – Alors, c’est nécessaire. Diana leva sa lame sélène et tua le dernier Solari. La colère prit le pas sur la compassion ou la culpabilité qu’elle aurait été tentée de ressentir… Ils ne l’ignoreraient plus. – Vous m’entendrez… Une lune nouvelle se lève ! --- --- --- --- --- | |||||||||||||||||||||||||||||||||||| | https://ddragon.leagueoflegends.com/cdn/img/champion/splash/Nami_0.jpg |- || | ||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||| | **_Nami – La Quête d’une Aquamancienne_** |- || | ||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||| | **Chapitre 1** |- || La sirène quitta la bulle protectrice, et s’aventura en-dehors du territoire des Marai. Dès que sa nageoire en émergea, elle fut parcourue d’un frisson désagréable. C’était la première fois… la première fois depuis si longtemps, qu’elle ne sentait plus sur elle la lumière rassurante de la pierre lunaire mourante. L’océan lui parut immédiatement sombre et hostile… Elle se ragaillardit. Elle avait été consciente des risques qu’elle encourait quand elle avait pris sa décision de partir à la recherche de la perle, consciente que la mort pourrait la guetter sous chaque rocher de l’immensité sous-marine. Mais si elle voulait réussir, elle devrait éviter de songer à renoncer dès le premier mètre franchi… Après tout, c’était ce à quoi elle était destinée. Non seulement rester à l’abri dans la cité lui aurait uniquement permis d’attendre la mort au lieu de risquer sa vie, mais de plus, c’était pour lui donner le devoir de protéger les siens que la lune et l’océan lui avaient rendu la vie et donné ses pouvoirs. Nami commença à s’aventurer dans les profondeurs sombres, si sombres… Elle n’avait jamais réalisé à quel point la lumière de la pierre changeait l’eau des abysses, mais c’était maintenant qu’elle l’avait quittée qu’elle voyait tant la différence était grande. Elle se glissa sous un roc, rentra dans un couloir aux parois couvertes d’algues, avant de s’arrêter et de se retourner. Elle jeta un dernier regard à la cité derrière elle, dans la bulle blanche… et repartit. Vers un monde inconnu. --- Le jour atteint finalement son terme, l’océan se fit plus sombre que jamais. La différence entre le jour et la nuit était donc si marquée, en-dehors ? Il y avait si longtemps qu’elle ne l’avait pas vue… Depuis sa mort, en fait. Neuf décennies plus tôt. Quand elle avait atteint l’âge adulte – et qu’ils lui tendirent un piège… Et maintenant, âgée de cent neuf ans depuis quatre jours, et donc adulte depuis quatre jours au sein de son peuple, elle s’apprêtait à mordre à l’hameçon une deuxième fois. Un des siens avait requis son assistance pour purifier un lac… là où elle était morte. Et aujourd’hui, son peuple requérait son assistance pour être sauvé des ténèbres de l’océan extérieur. La différence était que nul ne l’avait cette fois-ci appelée à l’aide. Nul ne songeait même à le faire, tous convaincus de leur sécurité. Mais elle se battrait pour eux… Seule de son peuple au beau milieu de l’océan, la sirène recommençait à craindre toutes les créatures du monde sous-marin. Et contrôler les marées ne lui était que d’une aide assez limitée ici… La nature lui avait conféré des pouvoirs immenses, mais ils risquaient de ne pas se montrer suffisants pour repousser les assauts qu’elle redoutait. Nami plongea en direction des abysses. Fatiguée par sa journée entièrement passée à vagabonder, elle devait trouver un endroit pour dormir. Comme prévu, ce ne fut pas difficile. La roche qu’elle longeait dans sa descente était ouverte à mi-hauteur. Elle faillit ne pas le voir car la fente était cachée par un buisson de lianes végétales, mais un courant solitaire agita les algues et laissa entrevoir l’ouverture, dans laquelle elle se glissa. C’était une simple anfractuosité dans la paroi de la crevasse, peu profonde, mais suffisamment pour qu’elle puisse se blottir confortablement dans un angle de la fente, adouci par une fine couche d’algues vertes. Mais toutefois, la sirène eut un peu de mal à s’endormir. Elle ne reviendrait pas sur sa décision, elle n’avait pas peur. Elle était inquiète. Il restait dix-neuf jours avant que l’érosion de la pierre lunaire soit complète. Dix-neuf jours… au terme desquels son peuple connaîtrait la terreur. Serait envahi par les monstres de l’océan. Et vivrait la mort. Elle avait ces dix-neuf jours et pas un de plus, pour trouver la perle, la récupérer et l’échanger contre la nouvelle pierre lunaire. Comme tous les Aquamanciens avant elle. Et le problème… était qu’elle n’avait aucune idée de ce qu’elle devait faire, et ce pour chacune des trois parties de sa mission. Elle avait quitté le territoire de son peuple, mais ne savait pas où elle allait. Oh, elle s’était renseignée avant de s’aventurer dans l’inconnu. Elle s’était renseignée sur les quêtes de ses prédécesseurs, dans les livres historiques et les contes et légendes. Tout ceci pour apprendre, qu’ils avaient tous trouvé leur perle à un endroit différent les uns des autres ! Mais malgré son anxiété, elle gardait espoir, et c’est en pensant à la façon dont l’information qu’elle demandait lui serait apportée qu’elle s’endormit. --- Les ténèbres encerclèrent son corps alors qu’elles quittaient ses yeux et son esprit en même temps que le sommeil. Faisait-il encore nuit ou les algues masquaient-elles toute la lumière ? Elle quitta son lit rocheux, et écarta prudemment un pan de son rideau végétal protecteur, pour jeter un coup d’œil à l’extérieur. La pénombre semblait avoir quelque peu reflué depuis la veille, et elle ne détecta aucun poisson dans la crevasse, donc a priori aucun danger. Mais ce n’était que théorie… Nami choisit de ne pas tenter le sort plus longtemps, et profita de cet instant de sûreté que les mers avaient mis à sa disposition. Elle sortit, remonta la crevasse, et contempla l’immensité obscure qui s’étendait tout autour d’elle. Plus aucune trace de la lumière claire qui l’avait abritée pendant tant de décennies, et elle devait choisir maintenant, choisir une destination. *Plus que dix-huit jours…* Dans le doute, elle poursuivit sur le même chemin que la veille, et nagea. Nagea, nagea encore. Toujours tout droit. Ou presque… car la chance qu’elle avait eue la veille et au cours de la matinée finit par l’abandonner. Et les rencontres qu’elle appréhendait commencèrent. Elles commencèrent par un banc de méduse-boîtes. La sirène avait aperçu le scintillement de minces rayons de l’astre du jour sur leur corps gélatineux, et avait réussi à se dissimuler à leur approche – elles passèrent leur chemin sans l’avoir remarquée. Et compte tenu de la vélocité de leurs mouvements, elle n’était pas sûre qu’elle aurait survécu si cela n’avait été le cas. Deux jours, et elle était déjà passée près de la mort. Et en fin d’après-midi, les ennuis revinrent. Sous une autre forme. En passant par-dessus un rocher, Nami entendit un bruit; en se retournant, elle vit ce même rocher s’animer. Sans plus attendre, elle fila en avant… aussi vite que possible… Elle finit par se retourner pour voir ce qu’il s’était passé. Pour ensuite redoubler d’efforts pour aller encore plus vite… car il lui fut donné de voir ce qu’elle *croyait* vouloir voir. C’était un requin blanc qui la poursuivait… et qui la rattrapait. Nami se démenait autant qu’elle le pouvait, mais en vain. Elle sentit bientôt derrière elle l’élan de l’animal, entendit le frémissement de l’eau qui rageait d’être chassée par l’ouverture de ses énormes mâchoires… juste derrière… Elles se refermèrent avec fracas. Dans le vide. La sirène avait plongé vers le bas, esquivant de justesse les dents de tueur du monstre. Elle continua vers la gauche, mettant à profit l’impossibilité du requin de s’arrêter assez vite. Quelques précieuses secondes de gagnées… pour être perdues ensuite. A quoi bon ? Il la rattraperait quoi qu’il arrive ! Allant toujours tout droit, elle reprit courage. L’espoir était peut-être mort, mais pas elle, et elle continuerait à lutter, puisqu’elle en avait cette fois-ci la possibilité. Elle ne périrait pas ici ! Elle se faisait à nouveau rattraper. Mais elle était prête. Elle esquiva une seconde fois. Troisième. Quatrième… Elle avançait. Lentement, mais sûrement. Mais… nulle part. Elle tourna à gauche. Sentit une dent du monstre lui entailler la nageoire. Pas assez réactive… *Plus* assez réactive… La douleur vint s’ajouter à l’épuisement qui pesait sur elle. Elle fut encore tentée d’abandonner. Jamais ! rugit son esprit. Elle avait cessé de réfléchir. Plus de pensées, plus d’émotions. Elle agissait comme un automate, se concentrant uniquement sur les mouvements du requin qu’elle percevait derrière elle. Jusqu’à… jusqu’à ce qu’elle aperçoive une forme nette loin devant elle. Une forme carrée, édifiée… Elle avait un but. Ses acrobaties l’en faisaient sans cesse dévier… mais elle l’atteindrait! Elle approchait… encore… C’était un bâtiment de pierre taillée, ancrée dans le sable. Plus près, plus près de la porte… Il y eut un bruit sourd, ébranlant les murs, quand le requin heurta l’ouverture, trop gros pour passer par la mince fente, trop rapide pour s’arrêter à temps. La sirène s’effondra sur le sol lisse, rougissant l’eau derrière elle. Elle ne s’en inquiétait pas. Elle pourrait en guérir vite avec les pouvoirs que la nature lui avait confiés, mais elle était plus inquiète encore pour la suite. Pas inquiète pour sa vie… mais parce qu’elle s’était aperçue que ses pouvoirs ne lui seraient d’aucune utilité contre les dangers du genre de celui qu’elle venait de rencontrer. Ils lui avaient permis de protéger les Marai pendant des décennies, mais elle était incapable de s’en servir dans le feu de l’action… Elle devait se concentrer, et la précipitation l’en empêchait. Elle resta encore de longs instants étendue ainsi, recouvrant une partie de ses forces. Mais en se relevant, elle fut frappée par un souvenir, par une révélation. *Elle connaissait cet endroit.* Mais elle devait s’en assurer. La sirène avança le long du couloir dans lequel elle était arrivée, puis nagea jusqu’au mur du fond. Et s’arrêta devant la fresque qui y était gravée. Un ondin. Portant un sceptre de son bras droit, une perle dans la main gauche. Elle le reconnaîtrait entre tous. Le dernier Aquamancien. Mort neuf ans plus tôt, satisfait d’avoir pu accomplir autant de bien dans sa vie, et heureux de mourir assez vite pour n’avoir pas eu le temps de commettre beaucoup de mal. Il avait neuf cent vingt-sept ans… Il avait aussi été le plus jeune Aquamancien que son peuple ait connu. C’était à quatre cent soixante-quinze ans qu’il avait endossé ce rôle, et il avait depuis rapporté quatre pierres de lune à son peuple. Sans un seul échec. Et depuis sa mort… Les choses avaient pris une grave tournure. Aucun nouvel Aquamancien ne s’était encore manifesté. Et même aujourd’hui, dix-huit jours avant le jour fatidique, toujours dans l’attente du signe, ils refusaient d’en désigner un. Ils croyaient encore à ce miracle… à défaut de savoir comment agir sans le miracle en question. C’était pour cette raison qu’après de longues tergiversions, Nami s’était lancée dans cette quête à la place du vrai Aquamancien. Et le hasard la faisait arriver ici… mais si ses souvenirs ne la trompaient pas… L’ondine se tourna vers la droite. Gagné! Il y avait une porte argentée au centre de la paroi. Elle coulissa avec fluidité quand la sirène la poussa… et elle vit la salle. Identique aux livres. Les murs carrés, les six piliers hexagonaux… le trône gravé de la scène de l’Illumination… et au centre de la pièce… le tombeau. Le tombeau de l’Aquamancien. Une statue de l’ondin légendaire reposait sur la pierre tombale, allongé comme le défunt l’était, un mètre en-dessous. Son nom avait été écrit en lettres argentées face à la porte, et les sept ans qui avaient suivi la construction du mausolée ne l’avaient en rien altéré, protégé comme l’ensemble de la pièce par de nombreux sortilèges. Et au-dessus du tombeau, il y avait la murène. Longue de huit mètres, et épaisse d’un tiers, sa silhouette de pierre naissait dans le plafond, et s’enroulait du plafond au cercueil. Dans sa gueule, le sceptre avait été déposé. Le sceptre de l’Aquamancien. Nami nagea respectueusement le long du sanctuaire, admirant la salle dépeinte tant par l’histoire des Marai que par leurs mythes. Elle s’arrêta finalement face à la murène. Le sceptre… Elle fut prise d’une hésitation… et de crainte. Le sceptre. Celui que seuls les Aquamanciens étaient habilités à tenir… Et il n’y en avait aucun. Pas d’Aquamancien pour sauver son peuple. Pourtant elle s’était mise en quête de le faire. Les Anciens ne lui avaient jamais conféré ce titre… Elle s’approcha timidement. Puis fermement. Résolue. De ses deux mains, Nami souleva le sceptre, le libéra des crocs de la statue. Elle s’en empara et le brandit. C’est alors qu’elle fut frappée par ce qu’elle venait de faire. Elle avait saisi le trésor des Marai, l’héritage sacré du protecteur du peuple ondin. Elle fut prise d’une honte infinie, horrifiée par cet acte… Mais une voix retentit, des profondeurs du temple. La voix profonde, totalement calme, d’une femme qui n’était pas une mortelle. *En ce lieu sacré, bercé par l’océan Brillait une perle, perle aux reflets d’argent ; De la mer un tribut à porter à la terre, Afin de l’échanger contre la blanche pierre.* *Ainsi est le pacte dicté par les ondins, Alliance édictée pour leurs frères humains, Prodiguant à ceux-ci un trésor des abysses Et offrant à ceux-là une aura protectrice.* *Mais trop tard tu arrives, ô jeune Aquamancienne : La perle que tu cherches a déjà été prise ; Tu finiras ailleurs la tâche qui est tienne, Pour les tiens de la mort délivrer de l’emprise.* *Mais à la vie des tiens puis-je toujours veiller Rends-toi tout au nord, à l’Aube des marées, Dans ce sanctuaire, la perle est amarrée, C’est en allant là-bas que tu peux les sauver.* La voix emplit l’âme de Nami alors que l’écho des paroles résonnait comme une pure mélodie à ses oreilles. Les mots étaient clairs. Elle était l’Aquamancienne. Et elle savait que faire. C’était sa mission et elle ne faillirait pas ! - Je vous remercie. Puis-je vous demander qui vous êtes, ô noble et sage guide ? *Des mers je suis la voix, des ondins un esprit. Lorsque cet océan était sauvage et vil, Lorsque la vie marine était une survie ! Je me suis sacrifiée pour ôter ce péril*. *Sachant que tous mourraient sous les assauts des ombres, Contre la lumière je leur offris ma vie. Je montre encor la voie à ceux qui sont ici Pour perpétuer ma tâche et chasser la pénombre.* *Mais pars dès maintenant, ô fille de mon peuple ; Bien trop court est le temps qui vous est accordé. Arme-toi de ce sceptre, je ne peux mieux t’aider, Et remplis ta mission, sauve les citadins.* Nami acquiesça mais ne répondit pas. Parler à une entité sans corps restait perturbant. Son futur semblait tout à coup illuminé. Enfin, techniquement, il ne l’était pas encore, mais elle avait au moins les armes pour qu’il soit tel. Elle savait maintenant où aller… Et elle savait qu’elle avait eu raison de se lancer dans cette aventure. *Elle était l’Aquamancienne.* La nuit tomba avec les ténèbres, ravivant soudainement son épuisement alors qu’elle avait pensé à partir tout de suite. Ce n’était pas d’une Aquamancienne décédée dont ils avaient besoin… Elle repartit en arrière, revint vers l’intérieur du sanctuaire. L’étreinte protectrice de la salle du tombeau semblait comme l’attirer, l’appeler ; et elle sombra immédiatement dans le sommeil en rentrant à nouveau dans la pièce. --- --- --- | ||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||| | **Chapitre 2** |- || La sentinelle ouvrit la porte du palais Marai, s’effaçant pour laisser le dirigeant qui y entra. Il traversa le grand couloir, et arriva en face du trône. Le roi ondin se redressa à son approche, et salua en premier suivant la tradition. Le dirigeant répondit avec un certain empressement. Quand il arriva suffisamment près, il prit la parole. - Seigneur. Cela fait maintenant deux jours que nous n’avons aucun signe de la guérisseuse. Nous l’avons cherchée partout, mais toujours rien. - Nami ? - Oui. Et nous avons besoin d’elle. - Aucune idée de l’endroit où elle a pu partir, je suppose ? … Donc elle aurait quitté la cité, en-dehors de la lumière lunaire ? - J’en… ai bien peur… - Envoyez des soldats la chercher. On ne peut pas se permettre de la laisser en danger plus longtemps. - Et l’Aquamancien ? Nous aurons besoin des soldats pour l’accompagner chercher la perle ! - Il en restera suffisamment pour lui. Et il nous faut aussi Nami pour l’aider. Aussi longtemps qu’elle sera manquante à l’appel, la situation peut nous échapper. Disposez maintenant ! Le dirigeant ondin s’inclina légèrement, puis se retira avant d’exécuter l’ordre de son roi, et quelques heures après, six ondins armés quittèrent le champ de lumière pour partir à la recherche de la sirène. --- A son réveil, elle se sentit purifiée. Comme si, en même temps que son corps s’était éveillé d’une nuit de sommeil, son âme s’était éveillée d’une vie d’inconscience. Elle sentait chaque mouvement de l’onde glisser sur son corps, chaque bruissement résonner à ses oreilles avec clarté. Mais plus que les distinguer, elle se voyait parmi eux. Elle évoluait parmi eux. *Elle pouvait les contrôler.* La sirène étendit son esprit vers les profondeurs du temple. Elle décela nettement sa guide, même si celle-ci resta muette. Mais cela n’avait plus d’importance, elle avait ce dont elle avait besoin maintenant. Elle quitta le bâtiment de pierre et se retrouva à nouveau dans les sombres profondeurs. Avec un objectif clair. Et dix-sept jours. Plus de trace du requin. Ne cherchant pas à trop pousser sa chance, elle fila en direction du nord. Confiante. Mais les eaux se refroidissaient au fur et à mesure qu’elle avançait, et leur caresse se fit peu à peu hostile… jusqu’à un moment où le froid se fit si mordant qu’elle commença à avoir du mal à avancer. Chaque mouvement de sa nageoire engourdie lui arrachait une grimace d’effort et de douleur, et l’infime courant chaud qui passa un instant autour d’elle fut une bénédiction brève mais ô combien agréable. Et le froid fit son retour sitôt que le courant fut passé. Mais à ce moment, Nami se rappela une chose… Elle était l’Aquamancienne, et si elle n’avait pas encore eu le temps de pleinement réaliser toute l’étendue, toutes les implications de ce fait ; elle pouvait contrôler l’océan, c’était elle qui décidait ce qu’apportait la marée ! Elle sentait le pouvoir de l’océan couler en elle, sentait comment elle pouvait contrôler son environnement. Guidée par son instinct, elle enserra son sceptre, se concentra sur une seule pensée… L’effet fut immédiat, l’eau se réchauffa d’un coup et les membres gourds de la sirène retrouvèrent leur vitalité. Autour d’elle, le courant chaud s’était reformé et la suivait au fil de son avancée, bulle de chaleur au cœur de l’océan glacial. Émerveillée par toutes les possibilités qui s’ouvraient à elle, elle songea un instant à illuminer son chemin, à repousser la noirceur des profondeurs. Elle rejeta cependant vite l’idée, préférant ne pas attirer d’autres prédateurs éventuels. Les sirènes n’avaient besoin de manger que très occasionnellement, et c’était une assez bonne nouvelle pour elle qui n’avait nul besoin d’aller à la rencontre de risques supplémentaires. Mais alors que les lointains reflets des rayons du soleil commençaient une fois de plus à décliner et à épaissir l’obscurité, elle aurait vraiment apprécié un repas, n’eût-ce été que pour briser la pesante monotonie de son périple. Normalement, à ce qu’elle avait appris, elle devrait bientôt devoir passer par l’intérieur d’une montagne. Si ses souvenirs étaient corrects, après cette colline… voilà ! La ligne gris sombre s’élevait à l’horizon à mesure qu’elle montait derrière la butte. C’était une imposante masse noire irrégulière, en pente, qui crevait presque la surface de l’océan loin au-dessus de la sirène. Elle aurait probablement dû la contourner… mais elle manquait de temps ! Il lui faudrait pratiquement un jour entier pour ça. Elle devrait passer par l’intérieur. C’est quand elle s’approcha du flanc de la montagne sous-marine qu’elle s’aperçut que les choses avaient changé. Dans ses livres, il y avait quatre entrées. Trois impasses, et une menant à un chemin complexe et tortueux, mais qu’elle se félicitait aujourd’hui d’avoir appris. Or c’était une vingtaine de passages qui s’ouvraient à elle. Elle s’avança vers la gauche; en principe, le chemin correct était toujours le même. *En principe.* Elle progressa de quelques mètres dans le couloir. Hésitante, elle continua encore son avancée une demi-douzaine de secondes, avant de s’arrêter, désemparée. Elle reconnaissait encore plus ou moins la forme, mais sans plus. Le plafond s’était même à moitié effondré… La sirène nagea avec prudence dans le corridor en ruines. Une voix s’élevait de son esprit à son cerveau, écho de son apprentissage assidu et acharné. *Droite, gauche, gauche, tout droit, en bas, gauche, gauche…* Gauche ? Le chemin ne continuait pas, à gauche ! Elle replongea dans son esprit, mais l’image de son souvenir se peignait nette à ses yeux ; la voie était supposée être libre, ici ! Un court chemin, prolongé par un triple embranchement, où il fallait prendre à droite… mais ici… rien. Un éboulement ? L’œuvre de créatures marines ? Dans les deux cas, elle ne pouvait passer… et le chemin qu’elle connaissait était coupé net à ses pieds. Nami brandit le sceptre. Un simple espoir avait filtré par les minces interstices entre les rochers. Elle se concentra, ne laissant dans son esprit que le bloc rocailleux qu’elle voulait percer. En vain. Il resta désespérément intact. Avec la mort de cet espoir, la sirène se détourna lentement de l’impasse. Elle revint au dernier embranchement et resta plantée là un long moment, sans savoir quoi faire. Se lancer dans les profondeurs inconnues du dédale ? Elle n’avait plus vraiment le choix, après tout… La sirène emprunta le deuxième chemin de l’intersection. A peine eût-elle parcouru quinze mètres que le corridor s’ouvrait en trois. Elle continua tout droit, mais cette voie s’avérait être une impasse. Trois minutes plus tard, elle fit le même constat une deuxième fois. Elle espéra fort qu’elle n’ait pas à repartir en arrière après le troisième couloir… mais si. Elle devrait essayer autre part… où ? Il y avait tant de possibilités ! La nuit était supposée porter conseil. Nami ne comptait pas vraiment là-dessus, mais elle s’endormit quand même à l’intersection, trop lasse pour poursuivre ses tentatives ce même soir. --- Le capitaine du détachement rentra prudemment dans le sanctuaire, et s’avança jusqu’à la salle du tombeau, faisant signe à ses hommes de le suivre. Une fois à l’intérieur, il racla sa gorge avant de prendre la parole d’une voix profonde. S’il s’était trompé… - Ô guide ondine, esprit des mers pures ! Avez-vous vu Nami pénétrer dans ce temple ? La réponse résonna, claire, dans leurs esprits. *La sirène est venue, elle cherchait la perle ; Pour protéger le jour de la noirceur des mers. Aucun Aquamancien, n’avaient trouvé vos pairs, Mais elle se souvient que la nuit déferle.* - Elle est vraiment partie chercher la perle seule ? répéta le capitaine, tremblant. Où ? Où lui avez-vous dit d’aller ? *A l’Aube des marées, cette perle a éclos. Vous devrez vous hâter si vous voulez l’aider; Si elle a le pouvoir pour affronter ces eaux, La mer s’est assombrie, j’ai vu d’autres dangers…* Sans perdre une seule seconde, l’officier se détourna et reprit immédiatement chemin, suivi des cinq autres ondins. - Ouvrez l’œil. Nous n’avons pas le droit à l’erreur ! --- Seize jours… Nami repartit vers l’entrée, et tâcha de se représenter le plan du dédale, cherchant à comprendre comment elle pourrait revenir sur la voie… s’il y avait un moyen. Elle chassa cette pensée parasite et tourna soudain à gauche, se glissant sous un rocher et rampant le long d’une voie de part et d’autre obstruée par des gravats. Elle grimaça lorsque les rochers râpeux lui éraflèrent les bras et le ventre, mais elle progressa jusqu’au bout de l’étroit couloir. Quand elle en sortit enfin, laissant quelques gouttes de sang sur les dernières roches, elle déboucha sur une immense faille, d’où s’ouvraient des multitudes d’autres passages. Faisant appel à son sens de l’orientation, elle en choisit un sur la paroi de droite, pour compenser la déviation qu’elle avait dû opérer… pour se retrouver face à un mur. La sirène tenta l’opération une seconde fois avec le corridor voisin, une troisième… Rien. Toujours rien. Chacune de ses tentatives la menait face à un mur ou un tournant effondré, la faisant à chaque fois avancer plus ou moins loin pour devoir ensuite parcourir autant de chemin dans l’autre sens. Elle paniquait… le temps pressait, elle avait déjà passé de trop longues heures à l’intérieur ! Un essai de plus… un échec de plus ! Et encore une fois… Elle nageait de plus en plus vite, maintenant apeurée de ne plus réussir à trouver une route pour avancer, ou même de retrouver l’entrée; dans sa précipitation, elle se blessa cruellement le bras droit en voulant aller trop vite sans être assez prudente. La douleur lui arracha un cri, dont l’écho résonna un long moment dans la caverne, pareil à un requiem… Et finalement, elle trouva le chemin. Elle faillit ne pas le remarquer… Aveuglée tant par la panique que par sa blessure, elle ne faisait plus attention à ce qui l’entourait. Et ce fut quand elle commença à revenir vers la faille centrale qu’elle réalisa que les murs dont elle venait de se détourner lui étaient particulièrement familiers. Elle crut encore un moment qu’il ne s’agissait que de son imagination. Ces hallucinations avaient commencé à la frapper depuis quelques tunnels déjà. Mais pas cette fois. Le couloir était réellement celui qu’elle avait mémorisé, resté presque dans le même état que les livres le montraient. Elle n’était pas encore totalement rassurée, cependant. C’était un lourd poids qui venait de quitter ses épaules, mais ce n’était que l’un des obstacles auxquels elle risquait fort d’être confrontée. Par la suite, chaque couloir partiellement bouché causait un choc à son cœur. Ce ne furent que des fausses alertes… Jusqu’à l’avant-dernier tournant. L’ouverture était mince, trop mince. Elle faillit rester coincée, son bras droit maintenant trop faible pour qu’elle puisse s’y appuyer. Elle finit par réussir, et elle fut infiniment soulagée en sortant finalement de la montagne. Pendant quelques secondes. Car la nuit était déjà tombée. Elle avait perdu un jour entier sous le sol. --- Le solstice d’été approchait. Et alors que l’aube naissait, bien plus haut, sur l’un des pics des Monts Solari, c’était encore un serviteur de la nuit qui venait de rendre l’âme. Leona sourit lorsque la hache ensanglantée fut relevée du sol où gisait le corps décapité de leur prisonnier. Elle n’aimait habituellement pas ces exécutions. Mais cette personne… un adorateur de la lune, qui portait sur lui une de ses reliques quand ils l’avaient capturé. Un porteur du mensonge de moins était toujours une bonne chose. Ils n’avaient pas encore réussi à détruire l’artefact, mais ce n’était plus qu’une question de jours. --- Malgré ses pouvoirs d’Aquamancienne, la sirène ne pouvait soigner ses propres blessures d’un coup, même si elle avait la capacité d’en accélérer fortement la guérison. Et ainsi, c’est en réprimant la douleur de son bras rouge de sang qu’elle reprit son voyage à l’aube. Plus que quinze jours… Au moins, même si elle avait pris aussi longtemps pour franchir la montagne, il ne lui restait maintenant plus que quelques heures avant d'atteindre sa première destination. En théorie... --- Presque. Plus que quinze minutes. Peut-être moins. Elle devrait bientôt voirl'ouverture de la caverne. Mais... ce fut autre chose qu'elle vit avant. Une ombre, trop loin pour être pour l'instant distinguable. Elle était immense... et se rapprochait de la sirène à une vitesse fulgurante. Qu'est-ce que c'é... Nami ne finit pas sa pensée. La forme allongée d'un serpent et les ailes d'un dragon se découpèrent progressivement dans la pénombre de l'océan. Un léviathan! Cette fois-ci, l'ondine perdit espoir. Elle ne pourrait pas fuir un tel monstre... et comment pouvait-elle survivre autrement ? Voyant le léviathan arriver, elle se laissa dominer par la peur, et, tremblante, ne fit rien de plus que se protéger derrière son sceptre en couvrant la réalité derrière ses paupières closes, n'ayant qu'une pensée, un espoir ; celui que la créature la laisse en vie. Elle entrouvrit un œil. Au moment exact où le léviathan était juste en face d'elle, gueule ouverte. L'instant sembla durer une éternité... Et les mâchoires se refermèrent sur elle. Ou plutôt autour d'elle. Sans jamais se refermer complètement, bloquées par une force invisible à cinquante centimètres de la sirène. Il rugit en reculant vivement. Mais ce n'était pas un cri de rage. C'était la douleur. Alors Nami comprit ; elle pouvait se défendre ! Ses pouvoirs d'Aquamancienne ! Elle s'abandonna à son instinct. Nagea en avant, se rapprocha du monstre jusqu'à arriver à l'entrée de sa gueule toujours ouverte dans l'expression de sa souffrance. Elle savait ce qu'elle devait faire. Elle se concentra pour lancer une vague d'énergie vers l'intérieur du léviathan, là où ses écailles ne le protégeaient pas. Mais au dernier moment... son attention fut brisée lorsqu'elle réalisa à quel point elle était en péril en ce moment exact. Et le sort ne fut pas lancé. Paniquée, elle perdit totalement le contrôle de ses pensées... parvint seulement, d'un coup de nageoire, à reculer vivement. Juste avant que les mâchoires ne claquent dans le vide, la protection de la sirène ayant disparu avec sa concentration. Elle fila vers le haut, s'écartant des dents mortelles. Le monstre la suivit, étonnamment mobile pour sa taille. Son aile droite fendit les flots, manquant l'ondine de peu. Restant en mouvement, elle se concentra une fois de plus ; une onde pâle balaya les eaux et le frappa au flanc... sans le moindre effet. Arrivant en face de lui, elle le refit trois fois; le troisième sort atteignit son œil. Nouveau rugissement, et elle saisit sa chance. Gardant son sang-froid jusqu'au bout, elle s'approcha à nouveau et, brandissant son sceptre, projeta un éclat de glace dans la gorge du léviathan. Elle vit du sang noir inonder sa gueule alors qu'il se détournait, fuyant loin de l'Aquamancienne. Celle-ci se laissa dériver, épuisée et choquée par ce qu'elle avait accompli. Elle avait vaincu un léviathan... Un élancement de son bras la faillit faire lâcher son sceptre. En raffermissant sa prise dessus, elle décida de mettre fin à cet éphémère repos qu'elle ne pouvait encore s'accorder, et reprit son chemin maintenant presque terminé. --- Elle était enfin arrivée. L’Aube des marées… Ce nom était celui d’un temple creusé à même une montagne, qui prenait naissance au plus profond des eaux pour s’élever plusieurs milliers de mètres au-dessus du sol. Ce mont était d’autant plus impressionnant qu’il fermait les portes de l’océan, creusé en un immense arc de cercle. Le bâtiment était fermé par une porte bleue circulaire, ornée de gravures et de peintures. Nami la poussa ; elle s’ouvrit par le centre, et la sirène entra. Déstabilisée par tout ce qu’elle avait déjà vécu ces derniers jours, elle sursauta quand la porte se referma d’elle-même après son passage. Après un petit couloir, ce fut dans une énorme salle sphérique aux murs taillés dans la roche qu’elle s’avança. La salle principale du temple. Elle nagea jusqu’à son fond, là où on ne présumerait pas qu’il y ait quoi que ce soit. Les dimensions démesurées de la sphère masquaient la petite ouverture par laquelle Nami passa. Derrière, il y avait une cave dont le sol et les murs étaient couverts de saphir. Avec, en son centre, un petit coffret doré. Elle l’ouvrit en sachant déjà ce qu’elle y trouverait. La perle qu’elle avait passé ces journées entières à chercher… Elle n’avait rien d’extraordinaire. Une simple perle à la blancheur éclatante, accrochée à une chaînette d’argent. Pourtant, sa signification était vitale pour son peuple. Nami s’en saisit, plaça la chaîne autour de son cou, et après un prudent regard en arrière, elle quitta le temple. Vingt minutes plus tard, elle était déjà loin. La douleur dans son bras n’avait en rien diminué, ni même reflué un seul instant depuis tout ce temps, mais elle était heureuse et ne tarda pas à laisser éclater sa joie. Elle avait réussi ! Il ne lui restait plus qu’à rapporter la perle à son peuple, à leur annoncer que leur futur était sauvé… … il ne lui restait plus qu’à… … elle ne finit pas sa pensée. Sa vision s’obscurcit… déjà trop proche de l’inconscience, elle ne fit même pas attention aux ombres indistinctes aux limites de son champ de vision. L’esprit et le corps paralysé, elle dériva lentement vers le fond de l’océan, une marque rouge se formant sur sa main gauche alors que la méduse-boîte repartait vers les rochers. --- \- Là ! Les six ondins filèrent vers la direction indiquée par le capitaine. Il avait vu juste, c’était bien celle qu’ils recherchaient qui se tenait devant eux, inconsciente et un air douloureux figé sur le visage. Alarmé, il lui saisit la main. \- Nami ? Vous m’entendez ? Aucune réaction. L’un des Marai s’avança, désigna le membre rougi de la sirène, interrogatif. Le capitaine se retourna. \- Sorcier ? L’ondin qui avait été interpellé examina un instant la blessure, mais son visage présenta rapidement les signes d’une sérieuse inquiétude. \- Le venin d’une méduse-boîte… Je ne peux rien faire contre... C’est elle qui aurait le pouvoir de soigner ça ! \- Et le grand prêtre ? \- Il pourrait, mais… elle ne tiendra pas jusque-là. Le capitaine lâcha un juron. \- Mais je… je peux la placer en stase, je pense… reprit le sorcier. \- Alors faites-le vite ! Elle est en danger de mort ! Il posa une main sur le front de l’ondine mourante, psalmodia des paroles inaudibles. Au bout d’une dizaine de secondes, un éclat parcourut le corps de Nami, la figeant dans sa douloureuse inconscience. Deux gardes s’en emparèrent pour la porter jusqu’à la cité sous-marine. Le capitaine posa un dernier regard sur elle, et vit la perle brillant dans les ténèbres de l’onde. Un poids s’envola de son cœur alors qu’il donnait l’ordre du retour. \- Elle a récupéré la perle, mais le solstice approche à grands pas, et avec lui la fin de l’effet de la pierre. Hâtons-nous ! --- Le grand prêtre Marai releva le patient qu’il venait de soigner. Ses côtes avaient été enfoncées par la chute d’une roche et c’était un miracle qu’il ait pu survivre jusqu’ici. Il ne subsistait aucune trace de la blessure. Il fut forcé de mettre un terme à ses remerciements qui commençaient à s’éterniser – mais accepta tout de même chaleureusement l’honnête somme qu’il lui donna en dernier gage de sa gratitude. Tant que Nami était absente… il n’allait pas refuser les privilèges que ceci lui conférait. En tant normal, il n’avait pas grand-chose à faire, la grande majorité des Marai se tournant vers la sirène pour leurs requêtes. Pas grand-chose à faire… et pas de reconnaissance en retour. Ni de récompense. Si jamais elle pouvait partir plus souvent… *ou plus longtemps…* --- La nuit s’était établie depuis un certain temps maintenant. Mais Diana ne pouvait plus trouver le sommeil, depuis l’attaque de l’escorte Solari. Quelque chose la troublait encore, sans qu’elle ait pu mettre le doigt dessus. Elle abandonna, sortit de la grotte et marcha un long moment dehors, tournant en rond devant l’entrée de son refuge. Puis elle eut une idée… La guerrière de la Lune revint vers la route, là où elle avait laissé les cadavres des quatre Solaris en plan. Que les gens sachent, qu’ils sachent que les mensonges ne seraient pas impunis. Elle prit le sceau de leur chef, le tint quelques instants dans sa main, savourant la haine qui afflua alors dans son cœur. Elle s’apprêtait à le reposer, quand elle entendit un déclic. Une vague chaleur émana de la bague… d’aucuns l’auraient trouvée agréable, elle la trouvait irritante. Puis des voix en émanèrent. D’abord une… *Montez la garde près des Monts, tuez tout autre partisan de la Lune qui voudrait s’approcher, et ne laissez pas la nouvelle se répandre. Nous devons attendre que leur artefact soit détruit avant de courir le risque que quelqu’un ne le récupère.* Puis une deuxième; elle reconnut cette fois-ci celle du porteur du sceau. *Bonne nouvelle. Je me réjouis que ma main ait montré à un hérétique le chemin vers un autre monde, où il pourrait laisser son enseignement impie corrompre des hommes purs sans que nous ayons à en souffrir des conséquences.* La première reprit : *Nous avons exécuté l’adorateur de la Lune que vous aviez capturé. Nous ne connaissons toujours pas l’utilité de l’objet de son culte qu’il avait sur lui, mais nous le détruirons dans les plus brefs délais. Encore félicitations pour votre prise.* Quoi… Qu’avaient-ils fait ? Qu’est-ce que cela voulait dire ? Un quatrième message fut lu, mais elle ne l’écouta pas. Elle cherchait à comprendre quel était le fonctionnement du sceau… et en l’examinant, elle remarqua que l’intérieur était en fait le cadran d’une boussole. L’aiguille avançait à l’opposé du sens horaire ; elle l’arrêta un instant, et la voix se tut. Diana donna alors une petite impulsion dans l’autre sens, et elle entendit les messages dans l’ordre inversé. Ah. Maintenant, ceci avait un sens. Il y avait des petits chiffres gravés sur le cadran. Les graduations allaient de 1 à 31. L’aiguille s’arrêtait sur le 14 pendant la lecture des messages… Elle avait compris. Sans perdre une seconde, Diana se rua vers le Mont Solari. --- Quand l’escorte arriva aux portes du temple des Marai, le sorcier tremblait de tous ses membres. A peine eurent-ils le temps de faire quelques mètres qu’il s’effondra, toussant violemment. A ce moment précis, la stase se brisa et Nami, qui n’avait pas bougé depuis leur départ de l’Aube des marées, laissa échapper un très faible gémissement. Son front était brûlant… A l’appel du capitaine, le prêtre s’avança. Son air rassuré s’effaça dès qu’il vit l’état de la sirène. Il écouta son pouls; il battait encore. Il ferma les yeux, posa une main sur le cœur de l’ondine et l’autre sur son visage. Une lueur bleue pure irradia du corps de l’Aquamancienne… et s’éteignit. Mais elle était sauve. Sa poitrine se soulevait à nouveau, ses lèvres n’étaient plus crispées, et son visage était paisible. Le grand prêtre sourit. \- Voilà ! A priori, elle restera encore inconsciente environ une journée – le venin l’avait vidée de toutes ses forces… mais elle est guérie. Vous pourrez veiller sur elle ? \- Bien entendu, ô guide. Prenant congé du prêtre, ils la transportèrent jusqu’à chez elle. Leur cité avait ceci de particulier qu’elle ressemblait de beaucoup à une ville humaine… à quelques exceptions près. Beaucoup de maisons étaient en hauteur et sans escaliers pour y accéder… et les portes des grands édifices avaient tendance à être placées près du plafond. Ce qui, pour les habitants de la surface, aurait pu être un problème – en théorie . Laissant trois gardes au chevet de l’ondine endormie, le capitaine se rendit au palais royal. Quand la sentinelle lui eut ouvert le chemin, il entra dans la salle du trône, et, après le salut de son roi, prit la parole : \- Seigneur ! Nous avons retrouvé Nami. Elle était mourante… selon le grand prêtre, elle a encore besoin d’un jour de repos avant d’avoir totalement récupéré. Mais plus important : elle a la perle et le sceptre des Aquamanciens ! Au fur et à mesure qu’il parlait, le roi eut de plus en plus de mal à cacher sa surprise. \- Nami… Nami est l’Aquamancienne ? \- Tout semble le montrer. \- Ce… ce n’est pas le signe auquel nous nous attendions. Mais nous ne pouvons que nous en réjouir, d’autant plus qu’elle a la perle. Et la connaissant… je suppose que dès son réveil, elle voudra se précipiter vers la surface pour faire cet échange… Il sourit avant de continuer : \- Excellente nouvelle s’il en est. L’avenir est bien plus radieux… et le futur proche s’annonce moins sombre, à tous les sens du terme. --- --- --- | ||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||| | **Chapitre 3** |- || Loin au-dessus de la surface, le soleil à son zénith brillait radieusement, à trois jours du solstice. Mais ses rayons ne suffisaient à dissiper la pénombre grandissante dans laquelle Nami se réveilla. Elle resta quelques instants sans mots, incapable de même penser de manière cohérente… ou de rassembler ses souvenirs. A vrai dire, il y avait un vide dans sa mémoire après sa sortie de l’Aube des marées. De l’Aube des marées… La perle… La méduse ! Nami se redressa d’un coup, ravivant la douleur dans son bras entaillé. Elle tenta de l’ignorer, mais elle était encore trop faible pour ceci. Elle pressa sa main contre sa blessure en grimaçant, et resta ainsi plusieurs longues secondes. Finalement, la douleur reflua et la sirène quitta sa maison. Elle avait besoin de savoir tout ce qui s’était passé, à commencer par… *quel jour il était.* Le capitaine, gardant encore la porte, sursauta quand celle-ci s’ouvrit. -Nami ! Vous êtes enfin réveillée ! - Je… qu’ai-je manqué ? L’ondin lui raconta tout ce qui était arrivé depuis qu’elle avait été empoisonnée… *cinq jours plus tôt.* - Cinq jours ?! Mais alors… il n’en reste plus que dix, alors, avant que la pierre ne perde son pouvoir ? - Oui, c’est exactem… - Je dois partir tout de suite ! Le solstice est dans trois jours, il faut que j’atteigne le lac avant ! - Ne faites pas ça ! Vous venez tout juste de sortir de l’inconscience, vous n’avez pas encore récupéré assez de forces ! - Je n’ai plus le temps ! C’est la survie du peuple entier qui en dépend. - Nous vous accompagnerons, alors. - C’est impossible. Je dois y aller seule. Ainsi a été établi le pacte. - C’est bien trop dangereux… - Je suis l’Aquamancienne. C’est mon devoir. Ne lui laissant pas le temps de protester, elle partit. Elle se retourna toutefois une seconde après. - Capitaine ? - Oui, Aquamancienne ? - Merci. Elle lui offrit un chaleureux sourire avant de se détourner pour de bon. La première partie de sa mission était terminée. Il lui en restait encore deux. **Et dix jours.** --- Le danger avait quitté Zaun pour voguer vers d’autres rivages. Ils n’avaient pas besoin de lui ici, pas avant… un certain temps. Zaun était le futur, quand le présent l’appelait ailleurs. Il savait où aller. --- Nami parcourait les flots aussi vite que sa forme lui permettait. Les conseils du capitaine avaient été avisés, finalement… Mais c’était trop tard. Et elle était persuadée d’avoir fait le bon choix. Avec la tombée du jour, les ténèbres s’épaissirent plus encore… Filant dans l’onde, la sirène prévit de ne pas s’arrêter la nuit. Mais abattue par la fatigue, elle faillit s’évanouir et n’en fut même pas alarmée, sur le moment. Et quand elle esquiva un rocher de peu en ne l’ayant pas remarqué jusqu’au dernier instant, elle changea définitivement d’avis. Elle ne réagit pas plus en passant dangereusement près d’un poisson-pierre, en cherchant son abri, maintenant totalement insensible aux dangers dont la mer était pleine. --- La journée suivante fut étrange. *Neuf jours…* Elle savait pourtant qu’elle arriverait au point de rendez-vous à temps… Mais elle nageait droit devant, à toute allure, apeurée et anxieuse, et sursautait à chaque son, chaque mouvement inattendu dans son champ de vision, la laissant à chaque fois pantelante et le cœur battant. Ceci continua au cours des deux jours que dura encore son voyage. Pourtant rien d’alertant ne survint… Et finalement, elle atteignit le lac. *Huit jours…* Le solstice était le lendemain. Elle avait réussi cela aussi… Mais il n’y avait personne. Bien que cela fût prévu, elle en fut déçue. Attendre une journée ici n’aurait pas dû la déranger – au moins, elle ne courait plus aucun risque, ici – mais sa tension refusait obstinément de refluer. Tentant de se libérer l’esprit, elle examina les alentours. Le ciel était couvert par des nuages sombres. Ce qui ne l’étonnait guère, puisque, si elle avait correctement repéré l’endroit où elle se trouvait, Zaun n’était qu’à quelques kilomètres. Et autour du lac, c’était une forêt d’arbres aux denses feuilles bleu nuit qui l’empêchait de voir plus loin. Et pour une raison qu’elle ignorait, il y avait un miroir rond posé contre le tronc le plus proche. Elle s’en approcha, et fut surprise de ce qu’elle y vit. Était-elle à ce point épuisée ? Elle était si pâle… Nami n’avait aucun souvenir de cet endroit. Elle savait juste que c’était le bon. Furieuse de ne rien pouvoir faire alors que le temps s’écoulait, même en sachant que tout allait être accompli, elle nageait rageusement en rond. La sirène repartit vers les profondeurs quand la nuit tomba, la lumière de la lune ne parvenant même pas à percer les nuages là où quelques rayons de soleil avaient filtré. Hélas, l’océan était plus noir encore… --- --- --- | ||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||| | **Chapitre 4** |- || Pendant la nuit, au palais ondin… - Ainsi, c’est demain que l’Aquamancienne récupèrera notre pierre. Puisse la chance être avec elle. Capitaine, envoyez des gardes du temple au lac, pour la protéger pendant le retour. Ce n’est pas en opposition avec les termes du pacte. - Très bien, mais, à propos du temple… Depuis hier, le grand prêtre a disparu, ainsi que quelques gardes et guérisseurs… - C’est… ce n’est pas un problème, soupira-t-il rageusement. Le reste peut toujours s’opérer comme prévu. - A vos ordres. --- Le soleil se leva tôt, en ce jour le plus long de l’année. Nami aussi. Paradoxalement, la nuit semblait ne plus vouloir prendre fin dans les profondeurs – sept jours avant que les ténèbres ne s’y répandent totalement... Malgré ses espoirs, le porteur de la pierre n’était pas encore arrivé. Et l’ondine attendit. Elle tripota machinalement la perle, mais cela ne fit qu’augmenter encore son anxiété. L’astre du jour atteignit son zénith. Les nuages s’étaient peu à peu dissipés, et la surface du lac était claire et limpide. Seule la surface, malheureusement… Et le soleil continua sa course, imperturbable, sans que personne ne montre sa présence. Que se passait-il ? Pourtant, elle était là, au lieu prévu pour l’échange, à la date indiquée ! Quelques nuages se reformèrent. Alors que la nuit tombait, elle entendit des bruits de pas précipités. Elle se redressa, soulagée. Enfin, il arrivait ! Mais elle continua à attendre… sans que rien ne se passe. Loin derrière les arbres, sans qu’elle ne pût le voir, le soleil disparut sous le sol. Nami fut prise d’une vague sensation de malaise, probablement due à sa tension. Elle avait l’impression qu’on venait de raviver en elle la douleur des blessures d’un lointain passé… --- Et jusqu’à l’aube du nouveau jour, Nami attendit. Ni porteur, ni pierre. Le jour suivant fut identique… Quand elle s’endormit, le sixième jour avant la nuit de son peuple venait de mourir. --- Pourquoi l’Aquamancienne n’était-elle toujours pas rentrée… que s’était-il passé là-haut ? Il pourrait le savoir avec le retour des gardes, mais le roi ondin ne pouvait plus se permettre d’attendre. Dans cinq jours, leur protection disparaîtrait. Précédé de son escorte, il rentra dans le sanctuaire qui abritait la tombe du dernier Aquamancien. La guide-esprit saurait lui répondre, au moins. En arrivant devant la pierre tombale, il prit d’une voix forte : - Ô guide ancestrale ! Qu’est-il arrivé à l’Aquamancienne pour qu’elle ne revînt de sa mission ? La réponse résonna dans tous leurs esprits sans même atteindre leurs oreilles. *L’océan s’est ouvert aux mondes d’au-dessus Mais ceux-ci ont fui, ont renié le pacte. Ils le regretteront, reviendront sur leur acte ; C’est maintenant trop tard, l’alliance est rompue.* *L’Aquamancienne ils virent, aux rives de leurs terres, Venant des profondeurs après sa longue épreuve Mais contre son présent, nul n’apporta la pierre ; Nul de leur amitié ne vint donner la preuve.* *Le temps vous est compté. Il n’y a plus que cinq jours Avant que la noirceur ne reprenne ses droits Et qu’encor de la mer vous deveniez les proies… Au monde des vivants, arrêtez leur séjour.* *Cinq jours, un ennemi. Vous savez comment faire. Rassemblez les armées, et marchez sur leur terre. Seule compte la pierre, évitez cette guerre ; Mais frappez s’il le faut, pour protéger les mers.* \- Compris. Ils verront ce qu’il en coûte de trahir les mers. S’ils ont une once de raison, aucune violence ne sera nécessaire. --- A son réveil, l’Aquamancienne avait pris sa décision. C’était trop tard, personne ne viendrait. Mais elle trouverait la pierre elle-même. Elle ignorait si même ses pouvoirs lui permettraient de faire ce dont elle avait besoin, mais il ne lui coûtait rien d’essayer. Elle devait réussir à parcourir leurs terres. Il n’y eut ni lumière, ni son, mais la sirène sut immédiatement que le sort avait fonctionné. Elle grimpa au rivage en s’aidant maladroitement de ses mains. Et même si elle s’y attendait, ce qui se passa la laissa sans voix. Elle n’avait pas besoin de toucher le sol. Elle flottait quelques dizaines de centimètres au-dessus, comme nageant… dans de l’air. Emerveillée par cela, elle partit dans la direction opposée au miroir et arpenta la forêt, y redécouvrant la vie qu’elle avait neuf décennies plus tôt… Cela lui semblait encore si agréablement familier ! Seul un détail la gênait sans qu’elle parvînt à mettre le doigt dessus. Le contact des arbres, l’odeur de la résine… D’un doigt, elle caressa une feuille pendant d’une branche basse, un demi-sourire aux lèvres pour la première fois depuis de longues journées. Cet afflux d’émotions était parvenu à enfin lui alléger l’esprit. Elle était heureuse, baignait dans une douce insouciance. Jusqu’à ce qu’au détour d’un arbre… Jusqu’à ce qu’elle les voie. --- Ils étaient tous là, alignés. Pour la première fois en plusieurs décennies. Tous les soldats ondins, en formation, n’attendant qu’un ordre de leur chef pour s’élancer. Leur visage ne trahissait aucune émotion… uniquement un calme et un contrôle parfaits. Le vacarme des milliers d’ondins se mettant d’un coup en mouvement fit écho au mot que le roi prononça. Mais bientôt, un second ordre les fit s’arrêter aussi soudainement. Six gardes du temple allaient à leur rencontre… seuls. \- Seigneur ! Nous sommes accourus aussi vite que possible… L’Aquamancienne… Ils l’ont tuée ! \- L’Aquamancienne ?! Il maîtrisa parfaitement ses émotions, et répondit immédiatement : \- Alors nous les tuerons. Tous. La guerre aurait dû être évitée, mais ils l’ont déclenchée. Il se retourna. \- Ondins ! Nous étions partis récupérer ce qui nous était dû. Mais tout ce qu’ils nous ont offert est une seconde offense, plus grave encore que la précédente. Ils ont tué celle qui porte la gratitude de notre peuple entier… Cet affront sera lavé dans leur sang. Nous n’allons pas tous survivre, mes frères. Quelques-uns mourront, l’eau sera rougie par leurs blessures. Mais notre race montrera aux humains que l’on ne défie pas ainsi sa fierté. Leurs actes ne seront pas impunis ! Vengeons-la, mes frères ! Des acclamations suivirent ce discours, et l’armée se remit en route. Vers la victoire. --- C’étaient des cadavres. Cinq cadavres d’ondins, si ravagés qu’elle ne put les reconnaître, baignant dans une mare de sang à défaut de reposer dans l’océan… Qui étaient-ils ? Que faisaient-ils ici ? Comment étaient-ils arrivés ici ? Et que s’était-il passé ? Tant de questions sans réponse… Une seule indication : les deux lances brisées, tombées à leurs pieds, étaient de couleur or pâle, avec quatre symboles noirs peints sur la pointe, et un ruban bleu aquatique au milieu du manche. Les couleurs des Marai ! Mais qui ? Qui avait ainsi assassiné des membres de son peuple? Et surtout, quel danger rôdait par ici ? A leur vue, elle ressentait un malaise irrépressible… étranger à *leur* décès. --- Diana descendait en courant les tunnels à l’intérieur du mont Solari central. Elle avait récupéré la pierre que les partisans du Soleil avaient dérobée, mais elle était encore poursuivie. Peut-être la guerrière de la Lune aurait-elle pu tenter de les arrêter, mais elle connaissait le rôle de l’artefact, et ne pouvait donc pas se permettre de perdre ce précieux temps. A chaque tournant, à chaque intersection, elle manquait heurter un mur dans sa précipitation, mais parvenait toujours à se détourner avec fluidité au dernier moment. On aurait cru qu’elle volait dans la montagne… Finalement, après un parcours relativement court mais bien trop long à ses yeux, elle retrouva l’air libre. Elle avait sans nul doute semé ses poursuivants. Mais la cité de Zaun et le lac étaient encore loin. --- L’armée ondine fendait les flots en direction du sud-ouest. Ils arrivèrent bientôt face aux bases d’une chaîne de montagnes, immergées jusqu’aux fonds marins. Un énorme tunnel avait été creusé en leur centre, suffisamment démesuré pour que l’armée n’ait même pas à se réorganiser. Après ce passage, le couloir marin s’étendait sur plusieurs dizaines de kilomètres encore, pour finalement déboucher sur une rivière traversant une plaine. Des deux côtés de cette plaine, des villes avaient été bâties. C’était dans l’une d’elles que le pacte avait initialement été scellé. Dans trois jours, nulle ne serait encore debout, et l’ombre protectrice du Mont Solari ne leur serait d’aucun secours. --- La fille des Marai, cruellement ramenée à la réalité par la vue des cadavres, fut une nouvelle fois confrontée à un avenir noir. Cette fois encore, aucun moyen de savoir où elle devait se rendre. Mais cette fois, le temps s’était bien plus écoulé. Cinq jours seulement… Mais elle ne devait pas laisser la panique l’emporter. Il fallait faire le point sur ses entourages… Très bien. A l’est, Zaun. Si à sa connaissance il aurait été possible de fabriquer n’importe quoi là-bas, y trouver en cinq jours une pierre ayant la capacité de protéger une ville entière pendant un siècle n’était réalisable que pour se rendre compte une semaine après que la pierre achetée n’avait en réalité aucun pouvoir. Et qui plus est, c’était une ville dangereuse. Et Piltover ? Trop dangereux aussi, et pour une cité du progrès, elle était assez mal pourvue, en ce qui concernait la sirène. Pas par là, donc. Au nord-ouest, rien de notable. Et au sud-ouest… Les Monts Solari. Peut-être la destination la plus risquée des trois, compte tenu de ce qu’elle recherchait. Assurément, elle ne trouverait pas la pierre sur les monts, mais dans les villages à côté, là où les partisans du Soleil étaient assez oppressants pour motiver certains à agir en faveur de la Lune et pas assez pour concrètement les en empêcher, peut-être avait-elle une chance d’obtenir au moins des renseignements… --- Les Marai s’arrêtèrent tous. Un colossal banc de requins blancs fondait sur les soldats, sans qu’ils ne les aient remarqués jusqu’aux derniers instants. Et ils ne dévièrent pas leur direction. Au contraire. Le roi ondin frémit quand le choc eut lieu et que lances et crocs commencèrent à mordre la chair. C’était ce dont il n’avait pas besoin… si les ténèbres de la mer avaient pu rester plus longtemps à l’écart… --- Flotter au-dessus des terres, si singulière que l’expérience fût, était nettement plus rapide que nager sous l’océan. Le quatrième jour était encore assez loin de son terme lorsqu’elle arriva à proximité du Mont Solari. Elle allait franchir le dernier bosquet avant une large plaine, bordée ensuite par une rivière. Soudain, elle se figea, fila se cacher derrière un arbre et resta plaquée contre le tronc sans esquisser un mouvement. Avant de finalement oser risquer un coup d’œil derrière elle, là d’où venaient les bruits qu’elle avait entendus… Les bruits de combats. --- Les eaux des profondeurs avaient rougi. Rougi du sang de tous ces êtres aquatiques ayant perdu la vie, rougi de l’affrontement de ceux qui avaient été créés frères. Si les requins avaient été décimés, les rangs ondins étaient drastiquement réduits, et la part de soldats saufs parmi les vivants n’était même plus si significative. Un carnage… Carnage qui les guetterait aussi longtemps qu’ils n’auraient pas de pierre de lune. --- Il fallait qu’ils repartent au plus vite. Le roi en donna l’ordre; la discipline des soldats fit le reste, et ils atteignirent très rapidement leur but. La surface était en vue. --- Non loin du cours d’eau, une femme dans une armure argentée tentait d’échapper à un groupe de combattants brandissant chacun une épée aussi lumineuse qu’un soleil miniature. Pourtant lourdement chargée, elle ne semblait pas le moins du monde épuisée, et gardait un rythme très soutenu. Puis une chose très étrange se produisit. En l’espace d’un instant, la nuit tomba, pour disparaître aussi vite qu’elle était arrivée. Entre-temps, ce fut un éclat de lune qui brilla devant la guerrière qui s’était retournée face à ses poursuivants. Mais quand le jour revint, la femme était de l’autre côté des guerriers, et ils reprirent la chasse, en direction de la rivière. A l’exception de deux corps gisant sans vie dans la plaine… Cependant, Nami réalisa alors. Elle avait besoin de parler à la femme en armure ! La magie de la lune… La sirène s’élança vers celle qui pourrait lui donner des informations sur la pierre. Elle avait besoin d’elle en vie et cette condition semblait incertaine ! --- Les Solaris hésitaient. Ils étaient seize, encerclant Diana et faisant de la rivière sa seule échappatoire possible – rivière où son armure la ferait couler à pic. Et elle était seule. Seule et pourtant… sa lame sélène brandie droit devant elle, le pied droit ancré légèrement en avant, elle s’était constituée une garde parfaite. S’il ne faisait aucun doute qu’ils la perceraient, qui parmi eux donnerait sa vie pour en payer le prix ? C’était un sacrifice qu’ils n’étaient pas tous prêts à faire… Mais soudain, les eaux se fendirent derrière la bannie, dans une dévastatrice onde de choc. Diana tomba de tout son long ; quelques Solaris aussi, mais les autres tinrent bon. Mais eurent plus de mal à vaincre la surprise provoquée par la vue d’innombrables ondins armés jaillissant de l’écume… Deux guerriers du Soleil eurent la même idée. Contenant leur peur, ils se jetèrent sur leur ennemie pour l’achever tant qu’elle était sans défense… Une immense vague les frappa. Depuis la plaine. Ils furent projetés au sol par la force de l’impact. Tous leurs alliés avaient subi le même sort. Mais contrairement à d’autres, eux n’eurent pas la possibilité de se relever assez vite. Et ne l’eurent plus jamais, cloués au sol par des lances ondines perçant leur cœur, leur nuque, leur ventre. Trois survivants prirent la fuite. Le sceptre de l’Aquamancienne brilla une seconde fois, et une bulle infranchissable apparut autour d’eux, les maintenant sur place, véritable prison aqueuse. Diana, qui s’était relevée, se rua sur eux, lame brandie. Quelques soldats ondins s’apprêtaient à projeter leur lance comme un javelot… --- \- Cela suffit! La voix de l’Aquamancienne résonna dans l’intégralité de la plaine, débordante de pouvoir et vibrante d’autorité. Tous se tournèrent vers elle, et le roi ondin, qu’elle non plus n’avait pas vu jusque-là, s’exclama : \- Nami ? Que faites-vous ici ? Nous vous croyions morte ! Les yeux de la sirène se plissèrent. \- Je ne le suis pas. Mais vous m’expliquerez ceci après. Puis, se tournant vers les humains toujours emprisonnés : \- Que lui vouliez-vous ? La réponse parvint depuis l’intérieur de la bulle, quelque peu assourdie par les parois aquatiques. \- Cette femme, a dérobé un artefact que les Solaris détenaient. Un artefact dangereux… que nous tentions de détruire. \- Dangereux ? La pierre de lune ne sert qu’à protéger le peuple Marai… et l’échange est fait chaque siècle depuis des millénaires ! Nami tressaillit. "Vous avez la pierre de lune ?", demanda-t-elle à Diana, interloquée. \- Je leur ai reprise, oui. Finissons-en avec eux. \- Qu’entendez-vous par en finir ? Le regard qu’elle lui lança en retour portait un mélange de suffisance… et de compassion. \- Les tuer. Tout comme ils ont exécuté celui qui était parti vous apporter la pierre de lune, et auraient causé votre mort à tous si je ne l’avais pas appris. \- Tout comme vous allez causer notre mort à tous ! cria l’un des Solaris. La pierre vous protège… et en connaissez-vous au moins le prix ? Nami s’approcha sans répondre. \- La pierre ne requiert pas une grande quantité d’énergie pour être créée, continua le prisonnier. Mais aussi longtemps qu’elle fonctionne, c’est nos pouvoirs qu’elle inhibe, et nos protections qui sont sapées. Et quand nos portes seront définitivement brisées, les monstres de Shurima ne pourront plus se contenter d’y frapper, et ce qu’ils frapperont à la place, c’est ce qu’il y a derrière! Nous, et ceux qui habitent contre les flancs de la montagne. Elle repartit vers la rivière, faisant signe à Diana d’attendre. \- Seigneur. Que savez-vous de ce qu’il dit ? \- C’est la vérité. Et ils le savaient en acceptant l’alliance. La première alliance, celle que la guide-esprit avait érigée. On enseignait aux Solaris que leur rôle était de défendre les autres; c’est suivant cette logique qu’on l’a édictée ainsi. Mais l’enseignement s’est corrompu, a trop sacralisé le pouvoir et la gloire que le Soleil leur confère. Des chasseurs d’hérétiques. C’est ce que sont devenus nombre d’entre eux, nombre d’entre ceux qui se prétendaient des défenseurs. \- Et qu’étaient les Marai du temps de ce pacte ? Comment auraient-ils réagi ? \- Ils auraient jugé et agi en conséquence, comme nous aujourd’hui. Mais ils n’auraient rien fait, car il n’y a rien à faire. \- N’y avait. L’empereur qui répandait sur Shurima le soleil des Solaris n’est plus; ils ont raison, maintenant, de craindre le désert du Sud ! S’ils sont attaqués, si leur cité est détruite, comment pourrons-nous protéger la nôtre ? Elle marqua un temps avant de reprendre : \- Nous les défendrons. Ils sont nos alliés, nous leur rendrons ce qu’ils nous donnent, maintenant qu’ils en sont dans le besoin. Puis, se tournant vers Diana : \- Laissez-leur la vie. Et qu’ils transmettent notre message à leurs dirigeants. L’alliance perdure. Qu’ils fassent appel à nous s’ils sont attaqués. Le roi tenta de répondre en même temps qu’elle, mais Nami leva la main pour couper court à leurs protestations. \- Je suis l’Aquamancienne, et je refuse qu’une guerre naisse de votre orgueil. Elle brisa la bulle, libérant les trois prisonniers. \- Vous avez entendu vos ordres. Allez maintenant. Diana ; est-ce bien votre nom ? \- C’est le mien. Ainsi vous êtes l’Aquamancienne ? Alors il semblerait que j’aie quelque chose qui vous revienne. Vous avez la perle ? Elle désigna la chaîne autour de son cou. Diana tendit la pierre dans sa paume ouverte, mais la sirène recula d’un mouvement vif. \- Surtout pas ! La pierre doit m’être retournée au lac et pas avant. C’est là-bas que le pacte est né, là-bas que la pierre pourra prendre son pouvoir ! Venez jusqu’au lac, c’est la seule option possible. Peuple des Marai ! Je suis bel et bien vivante, et je suis votre Aquamancienne. Retournez à vos maisons, je serai de retour à temps avec la pierre de lune… il le faut. Les ondins redescendirent sous la surface, tandis que Nami et Diana revirent vers le lac. Quand ils y arrivèrent, cinq jours s’étaient écoulés depuis le solstice. La sirène revint dans le lac et brisa le sort qui lui avait permis de se déplacer sur terre. Elle décrocha la chaîne, tendit la main vers la guerrière de la Lune. \- Le don des océans, récita-t-elle sur un ton solennel. \- Contre le don de la terre et la protection des cieux, répondit celle-ci en approchant la sienne après y avoir placé la pierre. Ils firent l’échange en une poignée de main, suivant le rituel traditionnel. Puis, dans un geste bien moins formel, Nami fit un sourire amical à Diana, qui y répondit chaleureusement avant de repartir par la forêt, son reflet auréolé par la Lune lorsqu’elle passa devant le miroir. Et elle plongea, de retour vers les profondeurs. Elle pouvait arriver le surlendemain sans trop de difficultés… si tout se passait comme prévu. Mais un seul jour de plus, et il serait trop tard. *Il n’y avait pas eu de guerre. Mais autre part, dans une autre réalité, la vengeance eut lieu, comme l'écho sur l'onde du temps d'un passé maintenant jamais vécu...* --- --- --- | ||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||| | **Chapitre final** |- || Dès son immersion, elle fut frappée à nouveau par la pénombre de l’océan. Elle ne se souvenait pas que ce fût aussi noir en-dessous… à moins que les choses aient encore empiré pendant qu’elle était à la surface, ce qui était tout aussi probable. Elle plissa les yeux dans une tentative de clarifier son champ de vision, mais le changement ne fut pas aussi net qu’elle ne l’avait espéré. Malgré le fait qu’elle fît le trajet inverse une semaine plus tôt, elle avait beaucoup de difficultés à se repérer, et fit demi-tour à quatre reprises en réalisant qu’elle s’était engagée trop loin dans une crevasse, et que cela lui faisait faire un détour qu’elle ne pouvait se permettre. Si son bras était loin d’avoir guéri, elle n’en souffrait plus. En revanche, elle gagna une multitude de petites coupures, dues à des rochers qu’elle vit trop tard… Et les monstres étaient un fardeau pire encore. Plus vigilante que jamais, la sirène avait déjà échappé trois fois à la mort grâce à des réflexes insoupçonnés. L’Aquamancienne réalisa qu’elle avait continué dans le mauvais sens quand le vallon à l’intérieur duquel elle nageait s’affaissa en un tunnel qu’elle n’avait pas emprunté à l’aller. Par chance, elle reconnaissait l’endroit, et savait de fait que le temps qu’elle avait perdu était encore relativement minime; si elle restait sur ce chemin pendant un peu plus d’un jour, elle pourrait rejoindre sa route initiale en n’empruntant que des passages sûrs. Plus… ou moins, en tout cas. Mais à l’intérieur, l’obscurité était totale. Quelques plantes et poissons émettaient une pâle lumière, mais il en faudrait plusieurs milliers pour qu’elle soit suffisante. Tant pis, quitte à être visible à tous les prédateurs… si elle ne pouvait voir où elle allait, elle n’avait de toute façon pas le choix. Régissant à son pouvoir d’Aquamancienne, le sceptre de l’ondine s’illumina, repoussant la noirceur de l’eau. Elle s’écarta de justesse d’une paroi après avoir vu au dernier moment les coquillages qui la jonchaient. Elle jeta un coup d’œil en arrière en les ayant passés et poussa un soupir d’émotion. Bien lui en avait pris… leurs coupures pouvaient être mortelles. Un requin passa. Elle s’était plaquée contre un mur; encore une fois, elle évita la mort, mais l’animal faillit happer son sceptre. Heureusement pour elle, il la manqua, et ne put pas se retourner tant le passage était étroit. Cependant, les menaces se succédèrent ainsi, sans fin, sans trêve… Elle fut mordue par un poisson dont elle ne connaissait même pas l’existence, attaquée par des pieuvres, meurtrie par les rochers. Tout se succédait sans que la notion même de temps n’ait plus aucun sens, occultée par le tunnel, perdue dans le dédale, et chaque heure qui passait pouvait tout autant être un jour entier ou bien n’être qu’une minute. Chaque couloir était pareil au précédent – et elle se rappelait être déjà passée devant ce rocher – et la pénombre restait intacte partout… Même la lumière de son sceptre avait commencé à faiblir, de pair avec sa détermination, qui ne furent bientôt plus que deux pâles flammes dans un océan de noirceur et de lassitude. Fatigue et épuisement lui faisaient tourner la tête, elle commençait à avoir des vertiges, manquant la mettre en grand danger à de nombreuses reprises… Mais elle devait tenir bon! Elle agrippa la pierre de sa main gauche. Si seulement son pouvoir pouvait aussi faire effet ici… Nami était de plus en plus lente. Totalement abattue, elle prit appui sur une saillie du mur pour se propulser. Elle maintint son élan d’un coup de nageoire, mais ne trouva pas la force de tourner ensuite, parvenant uniquement à descendre un peu pour amortir le choc lorsqu’elle heurta le mur sans un bruit. Elle laissa ses yeux se fermer, et ne bougea plus. Le sceptre s’échappa de sa main ouverte, et dériva quelques instants avant de se ficher dans les anfractuosités d’une paroi. L’eau miroita un instant autour de la sirène, puis le noir retomba. La flamme s’était éteinte. --- Neuf heures. Neuf heures avant la destruction de la pierre. Et aucune trace de Nami alors qu’elle aurait dû être rentrée depuis presque une journée ! Trois patrouilles avaient été envoyées à sa recherche, aucune n’était encore revenue. Si l’Aquamancienne ne déposait pas la nouvelle pierre sur la lumière mourante de l’ancienne, le pouvoir ne pourrait être transféré. A partir de la seconde où ces neuf heures seraient écoulées, il n’y aurait plus d’espoir. --- La sirène ouvrit un œil. Puis l’autre. Elle esquissa un mouvement; une vive douleur irradia de tous les membres de son corps. Quand elle reflua finalement, l’Aquamancienne se redressa prudemment, bien plus lentement. Ce fut à nouveau une torture, mais elle tint bon. Soudain prise de panique, elle plissa les yeux, mais il lui était presque impossible de discerner quoi que ce soit dans l’obscurité. Elle avança à tâtons, fouillant chaque recoin du mur, chaque plissure du sol, chaque mouvement lui arrachant une grimace. Où était le sceptre ? Quand elle en sentit finalement le manche, il s’illumina instantanément avant même qu’elle tentât de reformer le sort. L’ondine prit alors conscience de son état. Bras, jambes, ventre, visage couverts de coupures, écailles arrachées sur la nageoire, dos rougi par son sommeil inopportun… Elle était tout aussi fatiguée que la veille, mais ne pouvait s’attarder plus longtemps. Elle n’avait aucune idée du temps qui s’était écoulé ; une seule chose était sûre, c’est qu’elle en avait déjà perdu bien plus qu’elle ne l’aurait voulu ! Pas plus de dix minutes plus tard, elle quittait enfin le tunnel. Cependant, elle n’interrompit pas son sortilège. La pénombre était maintenant presque aussi totale à l’extérieure, prête à définitivement récupérer ses droits sur l’océan entier, quand la pierre ne répandrait plus sa lumière, dans – Nami chercha le soleil des yeux – deux heures. *Deux heures ?* L’Aquamancienne redoubla d’efforts, ignorant les protestations de son corps. La souffrance ne comptait pas, des milliers de vies étaient en jeu ! La précipitation se mua en adrénaline, l’adrénaline en rage. Quand un poisson, d’apparence inconnue mais hostile, surgit devant elle, elle ne réfléchit pas, pas plus de s’arrêta-t-elle pour lui accorder la moindre attention. Une pensée éphémère, un frémissement bleu pâle parcourant le sceptre ; son corps sans vie partit à la dérive, mais son bourreau était déjà bien loin. Quiconque l’aurait regardée à ce moment-là aurait pris peur. Le regard embrasé soulignant une figure impitoyable, et l’aura de détermination implacable qui irradiait de son corps meurtri, repoussèrent net les espoirs de repas des prédateurs environnants. Même un requin s’en vint à prendre la fuite alors qu’elle ne faisait que poursuivre son chemin. Quelques-uns tentaient tout de même leur chance, et tous ceux qu’elle n’ignora pas périrent aussi vite. C’était son courroux qui s’abattait sur ces mers, le leur ne les atteindrait pas ! *Une dernière heure…* Elle était l’Aquamancienne, elle commandait à l’océan. Aucun de ses habitants n’était autorisé à se mettre en travers de sa route, quand elle était en chemin pour sauver les siens. Une anguille-cobra zigzagua dans sa direction ; elle brandit le sceptre comme une lance et l’empala. *Aucun.* *Cinquante minutes encore…* Nami vit pointer un éclat de lumière derrière une colline, loin à l’horizon. Unique, pareil à aucun autre. La lumière lunaire, rayonnant des profondeurs de l’océan. Elle nagea droit vers la colline. Ceci ne pouvait signifier qu’une chose… *Il ne restait que quarante minutes quand elle arriva au sommet de la colline.* La cité des Marai ! Sa cité! Elle était enfin revenue chez elle, chez son peuple; enfin, l’achèvement de sa mission et le sauvetage de tous ses frères et sœurs ! Ou… il lui restait encore un dernier segment à parcourir… et la distance qui la séparait de sa cité se réduisait bien trop lentement… *Trente minutes…* --- \- Seigneur ! L’Aquamancienne ! Elle arrive ! \- Ouvrez immédiatement toutes les portes ! Ne laissez pas une seconde de perdue ! Attaquez si vous voyez quoi que soit d’anormal. Il ne nous reste que vingt minutes, dépêchez-vous ! --- Presque… Le flot des émotions qui s’étaient enchaînées en elle l’avait laissée vide ; désertée par l’adrénaline de la colère, finalement rattrapée par la fatigue qu’elle n’avait pas purgée, Nami éprouvait à nouveau des difficultés à parcourir la dernière ligne droite… *Et seules quinze minutes étaient restantes…* Elle devait tenir ! Sinon, ils mourraient tous. Muscles tétanisés, blessures à nouveau ouvertes, la sirène réprimait un cri à chaque fois que sa nageoire la propulsait. Et dans la souffrance, elle atteignit les portes. Quelques mines réjouies l’accueillirent, mais ce fut surtout à des airs graves et soucieux qu’elle fit face. Tant mieux. Dix minutes, elle n’avait pas le temps de parler. Le chemin lui était resté en mémoire. Le temple était à l’autre bout de la ville… *Huit minutes.* Elle arriva dans le corridor au centre, reliant les trois parties de la cité. Prit le chemin de droite, vers la partie souterraine. *Six minutes.* A droite au premier embranchement, à gauche, encore à gauche. *Cinq minutes.* Elle y était presque… *Quatre minutes…* La porte du temple était déjà ouverte. Elle entra en trombe – *trois minutes* – descendit le passage menant au cœur de l’édifice, tourna le loquet… qui ne coulissa pas. Elle tenta une deuxième, troisième fois – rien. La porte était fermée. La mémoire lui revint soudain, elle ouvrit un coffret dans le mur de droite, en sortit la clé. *Deux minutes…* L’inséra dans la porte… tenta. Le métal rouillé ne rentrait pas. Elle secoua l’objet. Parvint à le faire avancer de deux millimètres… il se bloqua à nouveau… Elle sentait physiquement le temps s’écouler sur sa peau et ses écailles. Et à chaque seconde, chaque instant, la lumière baissait. Affolée, elle se débattait sans rien gagner. Elle tira trop fort, la clé tomba de la serrure. *Une minute…* Elle recula, rattrapa la clé, fit une nouvelle tentative. Toujours sans succès. Elle eut alors une dernière idée. Elle ramassa le sceptre, voulut penser à la clé, le temps l’en déconcentra, le sort ne fut pas lancé… *Trente secondes…* Elle devait vider son esprit, n’y voir que les vingt-cinq secondes – non ! la clé ! Nami chassa la pensée parasite… La clé, uniquement ! *Vingt secondes…* Le sceptre brilla, la clé refléta la lumière. Elle la rentra dans la porte – *quinze secondes* – la tourna, fit pivoter le loquet. S’élança dans la salle… *dix secondes*… au fond, la pierre – *neuf* – brillait plus vivement que jamais – *huit* – pour encore quelques secondes – *sept* – la distance se réduisait – *six* – plus vite… plus vite… – *cinq* – elle y était presque… – *quatre* – elle était devant la pierre! – *trois* – arracha la chaîne – *deux* – plaça la nouvelle pierre au-dessus de l’ancienne… *une…* Il y eut un flash de lumière blanche pure. La sirène fut repoussée contre le mur, et pendant un moment, la salle fut à sec, toute l’eau en ayant été repoussée par l’onde de choc, causant des violents courants dans tout le temple et ses alentours, avant que tout ne revienne à la normale. Tout… y compris la lumière. Bien plus loin, bien plus haut, il y avait eu un déclic. Un sceau de plus s’était ouvert… pour un siècle. L’Aquamancienne avait accompli sa tâche. --- --- --- --- --- | |||||||||||||||||||||||||||||||||||| | https://na.leagueoflegends.com/sites/default/files/styles/scale_xlarge/public/upload/header_67.jpg |- || | ||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||| | **_Annexe – Diana et Leona – La revanche d’une Lunari_** |- || | ||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||| | **Chapitre 1** |- || Le solstice d’été approchait. Et alors que l’aube naissait, bien plus haut, sur l’un des pics des Monts Solari, c’était encore un serviteur de la nuit qui venait de rendre l’âme. Leona sourit lorsque la hache ensanglantée fut relevée du sol où gisait le corps décapité de leur prisonnier. Elle n’aimait habituellement pas ces exécutions. Mais cette personne… un adorateur de la lune, qui portait sur lui une de ses reliques quand ils l’avaient capturé. Un porteur du mensonge de moins était toujours une bonne chose. Ils n’avaient pas encore réussi à détruire l’artefact, mais ce n’était plus qu’une question de jours. --- La nuit s’était établie depuis un certain temps maintenant. Mais Diana ne pouvait plus trouver le sommeil, depuis l’attaque de l’escorte Solari. Quelque chose la troublait encore, sans qu’elle ait pu mettre le doigt dessus. Elle abandonna, sortit de la grotte et marcha un long moment dehors, tournant en rond devant l’entrée de son refuge. Puis elle eut une idée… La guerrière de la Lune revint vers la route, là où elle avait laissé les cadavres des quatre Solaris en plan. Que les gens sachent, qu’ils sachent que les mensonges ne seraient pas impunis. Elle prit le sceau de leur chef, le tint quelques instants dans sa main, savourant la haine qui afflua alors dans son cœur. Elle s’apprêtait à le reposer, quand elle entendit un déclic. Une vague chaleur émana de la bague… d’aucuns l’auraient trouvée agréable, elle la trouvait irritante. Puis des voix en émanèrent. D’abord une… *Montez la garde près des Monts, tuez tout autre partisan de la Lune qui voudrait s’approcher, et ne laissez pas la nouvelle se répandre. Nous devons attendre que leur artefact soit détruit avant de courir le risque que quelqu’un ne le récupère.* Puis une deuxième ; elle reconnut cette fois-ci celle du porteur du sceau. *Bonne nouvelle. Je me réjouis que ma main ait montré à un hérétique le chemin vers un autre monde, où il pourrait laisser son enseignement impie corrompre des hommes purs sans que nous ayons à en souffrir des conséquences.* La première reprit : *Nous avons exécuté l’adorateur de la Lune que vous aviez capturé. Nous ne connaissons toujours pas l’utilité de l’objet de son culte qu’il avait sur lui, mais nous le détruirons dans les plus brefs délais. Encore félicitations pour votre prise.* Quoi… Qu’avaient-ils fait ? Qu’est-ce que cela voulait dire ? Un quatrième message fut lu, mais elle ne l’écouta pas. Elle cherchait à comprendre quel était le fonctionnement du sceau… et en l’examinant, elle remarqua que l’intérieur était en fait le cadran d’une boussole. L’aiguille avançait à l’opposé du sens horaire; elle l’arrêta un instant, et la voix se tut. Diana donna alors une petite impulsion dans l’autre sens, et elle entendit les messages dans l’ordre inversé. Ah. Maintenant, ceci avait un sens. Il y avait des petits chiffres gravés sur le cadran. Les graduations allaient de 1 à 31. L’aiguille s’arrêtait sur le 14 pendant la lecture des messages… Elle avait compris. Sans perdre une seconde, Diana se rua vers le Mont Solari. --- La jeune femme poussa la porte fermant le chemin ouvert dans le mont central. Elle n’avait encore jamais parcouru le couloir dans ce sens. Restée sur les sommets pendant toute son enfance, la seule fois où elle avait été amenée à emprunter cette route fut avec leur sang sur les mains, suite à ce moment où elle aurait dû être exécutée. Elle devait finalement cesser de se tenir à l’écart… L’écho du bruit de ses bottes métalliques résonnant contre le sol de pierre emplissait le couloir entier alors qu’elle gravissait la pente en colimaçon à un rythme réduit pour ne pas perdre trop vite ses forces, mais tout de même soutenu. Le tunnel était identique aux souvenirs qu’elle en avait gardés. Sol, murs, plafonds creusés en un corridor arrondi, puis gravés de motifs circulaires et de spirales tortueuses et peints aux couleurs grises et oranges de l’Iron Solari. Et tous les dix mètres, les motifs se rejoignaient pour former le perroquet aux ailes ouvertes qui ornait leurs blasons. Diana retrouva finalement la lumière du jour, alors que la route se poursuivait, hors du tunnel, sur une pente à l’air libre. Elle distinguait déjà les toits des plus hautes maisons, dans le village Solari… Il lui faudrait bientôt commencer à s’écarter des voies pratiquées, de peur qu’on la reconnaisse. Un soleil radieux brillait sur cette journée, sept jours avant le solstice d’été. --- La nuit était tombée sur le village, où le temple Solari, éclairé d’une multitude de torches et de globes lumineux, était suffisamment clair pour éclipser la lumière de la Lune. Une silhouette se découpait sur le ciel noir, à l’intérieur des murailles, se déplaçant furtivement dans la rue. Elle resserra contre elle les pans de son manteau pour cacher l’armure d’argent, rabattit sa capuche sur son visage, devant la marque blanche qui brillait au centre de son front. Elle continua ensuite son vagabondage, pour finalement pousser la porte d’une auberge. Couverte telle une ombre, elle se dirigea immédiatement vers le tenancier, demandant un repas et une chambre. Elle avait très peu de temps, mais vouloir précipiter les choses risquait trop de les compromettre en attirant l’attention sur elle. Sa nuit passa vite, tant elle avait hâte de retourner à l’action et de remettre la main sur l’artefact dérobé. Pourvu qu’il ne soit pas déjà trop tard… --- Deux jours de plus s’étaient déjà écoulés. Deux jours, et elle n’avait toujours pas pu trouver où ils gardaient l’artefact. Ni même de quel genre d’artefact il s’agissait. Et il était hors de question qu’elle tente de s’aventurer dans le temple au hasard… L’objet était une chose, mais sa vie en était une autre, et plus importante. Tout le temps de la journée, qu’elle passait cloîtrée dans sa chambre à l’auberge, était lancinant. Elle ne pouvait sortir avec l’affluence d’ennemis au-dehors, et était condamnée à observer, à réfléchir. A écouter, à émettre des hypothèses. Et le soir venu, elle pouvait… agir. Ou pas vraiment. Pas encore. Elle pouvait poser des questions discrètes, évoquer des faits, parler. Tenter d’obtenir ses informations fiables. Explorer le village dans une vaine recherche d’indices. En tout cas, personne n’avait l’air de s’interroger sur cette femme ne se montrant que la nuit, un bandeau noué contre son front et un long manteau la recouvrant toujours toute entière. Et comme à l’accoutumée, au crépuscule, alors que les rues étaient peu à peu désertées, la porte de l’auberge s’ouvrit et Diana en sortit; pour une fois de plus chercher à l’aveugle. Jusqu’à ce que… une lumière. L’écho de conversation, le son des pas. Puis deux, trois, quatre silhouettes se découpèrent au coin de la ruelle; toutes arborant le même uniforme, s’éclairant grâce à la lumière émise par une bague que chacun portait à son auriculaire. La guerrière eut un moment de surprise. C’était inespéré… des exorcistes ; tomber directement sur eux ! Elle recula contre le mur pour les laisser passer et ne pas attirer leur attention. Et capta au passage quelques bribes de leur conversation… - … n’en peux plus de la pierre. Quatre jours… quatre jours ! et toujours impossible de faire quoi que ce soit pour. - Au moins, on en est débarrassés jusqu’à demain. - On devrait arrêter ici, je pense. Ça ne mène à rien. - Non, il y a encore beaucoup de sorts que nous n’avons pas encore essayés… - On y perd trop de temps ! Si on continue à ce rythme, on risquerait d’y passer encore deux mois! Il faudrait demander à laisser tomber ceci. - Il n’acceptera jamais, vous le connaissez. Même en isolant la pierre de toute personne, il aura toujours aussi peur, et il ne… Diana avait de plus en plus de mal à entendre leurs mots. Quand ils devinrent finalement trop indistincts, elle libéra son attention, et réfléchit. Portaient-ils la pierre sur eux ? Possible, mais sans plus. Son air hautain habituel se peignit d’emblée sur son visage. Elle les suivrait. Le lendemain, ils la mèneraient sans le savoir là où ils gardaient la pierre… Au moins, ceux-ci ne s’en plaindraient pas. Son regard brillait de fureur quand elle pensait à l’attitude, l’absence de dévotion à leur cause de ces quatre individus – non, de tous les Solaris ! Elle s’élança à leur poursuite telle un oiseau de proie, restant dans l’ombre en évitant prudemment chaque rayon de lumière. Ils passèrent les portes de la ville, prirent la route menant vers l’est, arrivèrent là où la plaine s’effaçait pour laisser à nouveau place aux étendues rocheuses. Et ils s’arrêtèrent au centre d’une plate-forme, entourée d’un large cercle de pierres hautes, unies en une sorte de rempart naturel. La jeune femme se faufila derrière ces pierres, aussi loin que possible de l’entrée du cercle pour ne pas courir le risque d’être repérée, et attendit. Écouta chaque mot, chaque parole, attentive au moindre détail qui pourrait l’aider. Mais rien ne vint, leur conversation ne tournant que sur les sujets futiles et les paroles creuses sur lesquelles la vie des Solaris se basait. A chaque phrase prononcée, elle devait réprimer sa frustration et l’envie de les exécuter… Finalement, ils se turent, leurs bagues cessèrent d’émettre de la lumière. Elle resta immobile, réduisant sa respiration à un souffle ténu, soucieuse de ne pas briser le silence et de ne pas se faire repérer. Tout était calme… elle sentait que les quatre hommes dormaient. Entendait presque leur respiration. *Presque… * Presque. Il n’y avait aucun bruit. Tout était *trop* calme. Et soudain, il y eut une lumière aveuglante. Diana se tendit d’un coup, en proie à une douleur insurmontable, comme frappée par une éruption solaire. Elle lutta ; en vain. Au bout de quelques secondes, la douleur reflua de son corps tremblant, et la lumière cessa de brûler. Déjà inconsciente, elle ne le sentit pas. --- --- --- | ||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||| | **Chapitre 2** |- || Debout face à eux, Leona peinait à garder son calme devant les quatre conseillers. Pour la troisième fois, elle dût leur répéter les mêmes propos : - Laissez-moi à mon travail pendant que vous faites le vôtre. C’était mon choix de ne pas la tuer, et je ne reviendrai pas dessus. Je suis la seule à réellement la connaître, je connais ses intentions comme ses pensées et ses objectifs. Elle hésita un instant avant de conclure : - Vos erreurs de jugement ne me regardent pas, et elles n’impacteront pas mes plans. - Diana nous concerne tous ! Tant qu’elle est en vie, elle est la plus grande menace au culte du Soleil ! Vous n’avez pas le droit de… - J’ai vu tous ses déplacements ces derniers jours, depuis qu’elle est proche de nous. Sans moi, nous ne l’aurions pas capturée. D’ailleurs, elle aurait réussi à dérober la pierre, je pense. J’ai *choisi* de lui laisser la vie, et elle ne sera pas exécutée sans que je lui aie parlé aussi longtemps que je l’aurai voulu. Et si tout se passe bien, aucune exécution ne sera nécessaire. Pour le moment, contentez-vous de réussir les tâches qui vous sont assignées, je m’occupe de cette plus grande menace, comme vous l’appelez. Car pour elle, leur plus grande menace n’était pas cela. C’était *eux*. Eux, avec la façon dont leurs pensées s’étaient corrompues, avec leur manière d’exploiter le culte à leurs propres fins maintenant. Pour leur pouvoir, pour leur autorité. Elle aussi était atteinte par ce mal… mais elle le savait. Elle, luttait pour ne pas sombrer. Et c’était cette face-là des Solaris qu’elle voulait montrer à Diana. Ceux qui poursuivaient les vrais idéaux du culte ancestral. --- Diana ouvrit les yeux. Son corps était encore parcouru des picotements désagréables caractéristiques de l’action d’une magie néfaste, et elle était secouée par de violents élancements. Elle se redressa un peu en grimaçant, n’ayant pas encore totalement recouvré ses esprits, et regarda autour d’elle. Elle était dans une salle rectangulaire presque vide, meublée seulement par une table, et le lit sur lequel elle était assise. Il y avait une fenêtre, percée dans un mur, laissant filtrer quelques rayons de soleil tremblants. Le crépuscule approchait. La salle restait cependant claire ; c’était comme si d’un cercle au centre du plafond émanait une lumière vive illuminant la pièce entière. La mémoire lui revint soudain, après un nouvel élancement. Elle se mit alors immédiatement debout, tâta ses omoplates. Rien. La garde familière de son épée n’y était plus… Elle avait été dépossédée de son armure aussi, d’ailleurs – elle porta une main à son front – et même de son bandeau. La guerrière marcha jusqu’à la porte, tenta de l’ouvrir – en vain. Verrouillée. Elle n’eut pas plus de succès avec la fenêtre. Elle était prisonnière des Solaris. Diana frappa le mur d’un geste rageur. Les vermines ! Ils ne perdaient rien pour attendre… En quelques lents pas, elle revint s’asseoir sur sa couchette. Si elle n’avait rien à faire… Elle joignit ses mains, prit son mal en patience, laissa un instant ses pensées dériver avant de finalement se forcer à se concentrer sur ce qui allait devoir se passer. A l’heure qu’il était, ils devaient probablement déjà être en train de planifier son exécution… Elle s’en tirerait, elle n’avait aucun doute à ce sujet et là n’était pas là question. Mais maintenant, comment mettre la main sur l’artefact ? --- Ce fut à cet instant que la porte s’ouvrit. Et celle qui entra dans la cellule, arrêtant devant la porte les deux gardes qui l’avaient accompagnée jusque-là, n’était autre que… Leona. Son ennemie de toujours, sa némésis. Un léger sourire vint adoucir le visage strict de la guerrière du Soleil. - Te revoici, Diana ! Celle-ci resta totalement froide. Elle hésitait même à répondre, mais fit finalement : - Que me veux-tu encore ? Que cherches-tu à gagner ? N’ai-je pourtant pas été assez claire la dernière fois ? - Claire, tu l’as été. Lucide… je viens m’en assurer. - J’ai pesé mon choix. Il ne changera pas. Le Soleil n’apportera jamais la paix qu’il promet, et que la Lune préserve en mon cœur depuis toutes ces années. Tu m’appelles une traîtresse, mais ce n’est pas en refusant de me prosterner devant le Soleil que je me parjurerai. Car je ne lui ai jamais moins donné que ce que j’ai reçu en retour. Il n’y a pas d’autre choix ! - Si tu ne m’écoutes pas, je n’aurai d’autre choix que de te faire exécuter. - Si étrange… Pourquoi m’y étais-je attendue ? Leona, c’est tout ce dont ton culte parle ! Des exécutions, des tortures, pour ceux qui refusent d’obéir à chaque ordre. Prends ma vie si tu veux ! C’est victorieuse que je mourrai, car tu n’auras rien gagné et j’emporterai dans ma tombe ma foi inébranlable. Une tombe que les rayons du soleil n’atteindront pas. - Je ne te demande que de m’écouter, Diana ! Pas même d’adhérer à mes pensées, de rejoindre mon camp ! Uniquement de m’écouter ! Ça peut te sauver la vie… Pourquoi t’obstines-tu autant ? - … Soit. Diana se rassit, son élan de colère l’ayant fait bondir de la couchette. Puis elle reprit : - Parle donc. Mais n’aie pas d’espoirs. Leona ne fit pas de remarque concernant cette réponse. Elle prit une longue inspiration et commença : - Je sais ce que tu reproches aux Solaris. Je suis tout aussi consciente que toi de ce qu’ils ont fait du culte. Un prétexte pour faire aller les choses dans leur sens. Un moyen d’avoir du pouvoir et de l’utiliser. Une arme contre les ennemis qu’ils se créent. Les intentions bienveillantes que prône notre culte sont par trop oubliées, ou pire, ignorées. C’est ça que tu fuyais, que tu as combattu ! Mais ce n’est pas le vrai enseignement Solari ! - Où veux-tu en venir ? Tu es une Solari au même titre qu’eux, tu suis les mêmes principes ! - C’est faux ! Moi aussi, je me bats contre eux, je me bats pour que les choses changent. Moi aussi, ce qu’ils ont fait du culte me révolte ; moi aussi, j’ai failli me faire exécuter par ces mêmes Solaris ! Rejoins-moi, Diana… Ce n’est qu’à deux que nous pourrons les faire revenir dans le droit chemin. Tu pourras voir ce que le Soleil est vraiment ! - Non, Leona. - Mais… ne vas-tu définitivement rien… - Le Soleil t’a peut-être sauvée, la coupa-t-elle, mais c’est à l’intervention de la Lune que je dois la vie. Elle continue à guider mes pas, pourquoi m’en détournerais-je ? Leona soupira, puis se résigna. - Laisse-moi te demander une dernière chose alors. Je suis celle qui insiste pour que la pierre lunaire soit détruite. S’il te plaît, ne tente rien par rapport à ceci… n’essaye pas de remettre la main dessus. - Pas de problème, puisque vous allez m’exécuter, non ? railla-t-elle. - Je peux toujours te sauver… si tu ne contraries pas mes objectifs ensuite. Si tu ne touches pas à la pierre, je peux te laisser partir. - Ha ! Qu’est-ce que cette pierre a de si important pour vous ? - Tu sais bien de quoi je parle… La pierre lunaire des ondins… - … C’est cet artefact que vous leur avez volé ? Ils en ont besoin pour se protéger, comment veux-tu que je reste sans rien faire en sachant que vous voulez causer leur mort ? Tu tentes de détruire la pierre en sachant ce qu’elle est pour eux ?! - En sachant surtout ce qu’elle est pour nous. Diana, l’énergie de la pierre, elle *nous* est volée ! La lumière dont elle les éclaire draine toujours plus notre énergie chaque siècle, chaque fois qu’ils renouvellent ce pouvoir ! Et cette fois-ci, c’est nous qui allons nous retrouver sans défense et mourir… Est-ce ce que tu veux ? Veux-tu me tuer en plus de refuser de rejoindre ma cause que tu sais juste ? - Je ferai ce que je dois faire. - Alors je ne peux rien pour toi… je suis désolée, Diana. Celle-ci jeta simplement un retard hargneux en guide de réponse. La porte se referma derrière son ennemie, la laissant seule dans la cellule silencieuse après que les bruits du verrou et des pas s’éloignant se furent estompés. Elle resta encore une heure ainsi, sans bouger, toujours assise, laissant sa colère guider ses pensées, jusqu’à ce que la porte s’ouvre à nouveau, pour laisser entrer un garde qui vint déposer un plateau de nourriture à ses pieds avant de ressortir. Pas un mot ne fut prononcé. A peine daigna-t-elle lui accorder un regard. Elle avala le contenu du plateau sans rien sentir, sa rage lui masquant le goût des aliments. Non que ce fût un goût très raffiné non plus… Son repas était composé d’un morceau de pain, de fromage et d’un pichet d’eau. Après tout, elle ne s’était pas attendue à une grande démonstration de charité de la part des Solaris. La guerrière tenta finalement de se calmer un peu, pour trouver le sommeil. Entre-temps, la nuit était tombée, et c’était plus ou moins la seule activité qu’elle pouvait pratiquer, dans cette cellule… --- Le soleil avait dépassé son zénith quand Diana ne parvint plus à se rendormir. Elle s’était forcée à rester inconsciente aussi longtemps que possible, pour ne pas avoir trop de temps à devoir perdre, mais toute chose avait ses limites. Elle se leva pour une fois de plus gagner la fenêtre, s’y accouder, et contempler la ville en contrebas. La tour dans laquelle elle était enfermée était bâtie à flanc de montagne, contre un pic de la chaîne dominant le village. C’était un bâtiment qu’elle connaissait. C’était aussi ici qu’elle avait été détenue quand, adolescente, elle avait déjà été condamnée… Plus bas, un chemin menait à une sorte d’arène ; une place entourée de gradins, là où les exécutions avaient justement lieu. Elle aurait probablement l’honneur de visiter cette place une fois de plus, et pas depuis l’ennuyeux point de vue du spectateur. Pas de peur, pas d’anxiété. Juste une frustration grandissante d’être pour l’instant coincée ici à attendre, pendant que le peuple ondin, lui, craignait pour son destin. Son déjeuner fut identique au repas de la veille. Sa journée aussi… si ce n’est que personne ne vint cette fois-ci déranger son interminable attente. Un autre jour s’écoula ainsi… Et quand le soleil de l’aube suivante se leva, c’était celui du solstice d’été. Il fallait absolument qu’elle trouve la pierre, pour les ondins ! Par pitié, que quelque chose se passe… --- Leona était inquiète. Elle le cachait aux conseillers Solaris, bien sûr, mais l’exécution aurait lieu dans deux jours, et elle n’avait pas du tout confiance en la mort de son ennemie. Diana avait survécu une fois et elle était totalement consciente qu’elle avait eu raison dans les réponses qu’elle lui avait donnée. La Lune était toujours à ses côtés. S’il ne s’était agi que de sa vie… Mais non. Les conseillers avaient eu l’idée d’utiliser l’énergie que Diana libérerait à sa mort pour détruire la pierre. Une bonne idée, en soit – si l’exécution fonctionnait ! Dans le cas contraire… la pierre serait juste en face de leur ennemie. A sa disposition si les choses tournaient mal ! --- Alors finalement, le moment allait arriver. Plus qu’un jour, et ils tenteraient de la tuer. Qu’ils arrivent… Ils ne réussiraient pas à la briser. --- La porte de la cellule de Diana s’ouvrit à l’aube. Son geôlier lui lia les mains dans le dos, avant de la faire sortir de la pièce, puis de l’emmener en bas, jusqu’à l’entrée d’un long couloir. Au bout de ce couloir, l’arène, qui avait tant marqué sa mémoire. Pendant tout ce temps, elle n’avait pas opposé la moindre résistance à son geôlier. Elle n’en avait pas besoin. - Adieu, hérétique, lui fit-il avec un sourire en coin en lui désignant la sortie du corridor. Elle lui sourit en retour. Un sourire hautain et méprisant. Presque accompagné d’un rire. Et elle avança. Jusqu’à l’entrée de l’arène… L’échafaud avait été dressé au centre. Tout avait été reconstruit identique à la dernière fois… Un détail retint son attention. Derrière l’échafaud, trois Solaris étaient postés autour d’un autel. Et sur cet autel – elle plissa les yeux – la pierre lunaire ! Parfait… S’ils arrangeaient même les choses pour elle… Elle parcourut les gradins des yeux. Apparemment, un certain nombre de personnes avaient été intéressées… La mise à mort d’une parjure, déjà condamnée et sauvée une dizaine d’années plus tôt ! Mais surtout de *la* parjure. De la Lunari qui avait tant fait parler d’elle… Ils voulaient peut-être du spectacle, ils en auraient. Mais pas celui auquel ils s’attendaient. Son regard s’arrêta sur une estrade. Croisa celui de sa némésis. Capta un éclat dans ses yeux… Elle était concentrée. Soucieuse, même. Ha ! Elle, probablement, devait savoir à quoi elle allait assister. Diana lui sourit. Un sourire victorieux. Le bourreau saisit son bras, l’attira vers l’estrade centrale. Elle ferma les yeux, oublia tout, se concentra sur une seule pensée. *La pierre. La pierre dont ils voulaient priver les ondins.* Le bourreau la fit se mettre à genoux. *La lumière disparaissant de l’océan.* Quelqu’un à ses côtés déclama un bref discours. Un sentiment enserra son cœur. *Les ondins, apeurés, encerclés par les ténèbres, approchés par les monstres des profondeurs.* Une étincelle, qui embrasa petit à petit ses entrailles, ses muscles, ses membres. Elle sentit le bourreau pousser sa tête, ressentit le contact du bois. *Les griffes, les crocs entamant leurs chairs…* L’étincelle était devenue un incendie. Incontrôlable. La hache se leva… Le flot de la colère brisa les digues de son cœur. Au beau milieu du jour, le ciel devint noir ; le soleil s’effaça, laissant place à la lune. Soudain nimbée d’un halo de lumière blanche pure, Diana se redressant d’un coup, une onde d’énergie brisant ses liens, renversant le bourreau et les Solaris les plus proches. La marque à son front luisait aveuglément, s’imprimant sur la rétine de tous ceux qui la fixèrent. Elle devait se venger… les punir… tuer tous ceux qui avaient renié la Lune… Non ! Elle endigua une partie de sa colère. Ce n’était pas son but ! Pas aujourd’hui ! Elle se tourna vers l’autel. Les trois hommes gisaient toujours au sol. La pierre était là, devant elle, sans personne pour encore la garder… Diana s’en empara d’un simple revers du poignet, et la cala dans sa poche. Puis elle courut pour fuir. Plus de temps à perdre ! Ils allaient bientôt se ressaisir, et elle devait encore récupérer son équipement ! --- Leona avait eu raison. Tout s’était déroulé selon ses craintes. Mais au moins… Elle avait prévu une dernière solution… Ce n’était pas encore fini ! Elle se rua vers la salle des gardes. Là où l’épée et l’armure de Diana avaient été stockées. Quand elle arriva, son ennemie avait déjà eu le temps de les enfiler, et était en train de partir. Leona ferma la porte dans son dos, dégaina son épée, para son bouclier, avant même d’avoir pris la peine de dire un simple mot. Elle vit Diana faire de même… --- --- --- | ||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||| | **Chapitre 3** |- || La colère reprit le contrôle. Diana l’accepta, la laissa l’envahir, la submerger. Et se jeta sur son adversaire. Elle réagit instantanément. Choc des lames, éclat du métal… La Lunari frappait avec hargne, trop rapidement pour laisser à Leona la moindre chance de riposter. A chaque coup, des étincelles blanches crépitaient autour des deux combattantes, relents de pouvoir lunaire. Sa lame s’abattit sur le bouclier. La Solari résista. S’appuya sur ses jambes… et finalement repoussa son ennemie. Poussant son avantage, elle frappa, forçant son adversaire sur la défensive. Elle fut soudain nimbée d’une lumière radieuse comme le cœur d’une éclipse. Diana ferma les yeux… ne pouvait plus voir l’épée de Leona… mais la pressentit. La pierre pulsant contre son flanc renforçait sa lucidité. Elle dévia le coup, s’apprêta à reprendre l’offensive… La pierre. Vaincre Leona n’était pas son objectif ! Restreignant sa colère à nouveau, elle porta un coup latéral. Son adversaire se jeta sur le côté pour l’esquiver ; une force lunaire la fit trébucher et tomber de tout son long. Diana s’élança vers la porte, l’ouvrit et prit immédiatement la fuite. Elle avait déjà mis la moitié du village en sens dessus dessous. Les gardes grouillaient à chaque couloir, à chaque tournant. Elle les ignorait… ou s’il le fallait, sa lame et son pouvoir l’aidaient à s’ouvrir un chemin. Elle quitta la tour assez rapidement, mais prit plus de temps que prévu pour s’échapper de la ville. La masse des soldats à ses trousses commençait à être assez conséquente, elle devait maintenant fuir chaque Solari qu’elle apercevait… Enfin ! Les portes ! Les gardes s’affairaient à les refermer… Elle allait arriver trop tard… Un coup de sa lame dans les airs envoya un croissant de lumière pâle vers eux. Et en l’espace d’un clin d’œil, elle était arrivée sur les soldats. Une onde de choc blanche jaillit de son corps, les projetant tous au sol. Le temps qu’ils se relèvent et que les autres les rejoignent, elle était déjà loin. Gagna le tunnel… --- Diana descendait en courant les couloirs à l’intérieur du mont Solari central. Elle aurait pu s’arrêter, tenter d’affronter ses adversaires malgré leur surnombre. Mais elle n’avait plus la moindre seconde à perdre ! Les ondins avaient besoin d’elle maintenant… A chaque tournant, à chaque intersection, elle manquait heurter un mur dans sa précipitation, mais parvenait toujours à se détourner avec fluidité au dernier moment. On aurait cru qu’elle volait dans la montagne… Finalement, après un parcours relativement court mais bien trop long à ses yeux, elle retrouva l’air libre. Elle avait sans nul doute semé ses poursuivants. Mais la cité de Zaun et le lac étaient encore loin. --- Le pouvoir de la pierre la maintenait en état de courir. Ce qu’elle ne comprenait pas, c’est comment les Solaris avaient pu récupérer tout leur retard, et comment ils pouvaient être en train de la rattraper ! Elle fuyait le long de la plaine, une forêt à sa gauche et une rivière à quelques mètres à sa droite. Elle changea de direction, partit vers le bois, espérant utiliser les obstacles des arbres à son avantage. Mais elle réalisa très vite une chose : elle n’aurait pas le temps de l’atteindre! Ses dix-huit poursuivants la rattraperaient bien avant… Alors il n’y avait plus d’autre choix. Elle se battrait. Et vaincrait. Elle se tourna, fendit l’air de son épée, marquant deux Solaris de la lumière lunaire. Elle s’élança sur eux, mais ne s’arrêta pas, continuant dans le même sens pour reprendre ses distances… jusqu’à atteindre la rivière. Et être bloquée. Elle en avait tué deux, mais les seize autres l’encerclaient maintenant, la coinçaient contre le cours d’eau. Elle ne pouvait pas plus fuir… et quant à se battre… en plus de l’immense désavantage numérique, elle n’avait même plus une position favorable. Mais ils semblaient maintenant hésiter à attaquer… Derrière elle, la surface de la rivière se fendit, explosa. Elle perdit l’équilibre, tomba à terre… Après quelques trop longues secondes, elle retrouva la force de se relever. Trop tard! Deux Solaris s’étaient déjà jetés sur elle. Pour tomber à leur tour, renversés par une vague démesurée provenant de la plaine. Elle atteignit Diana sans lui faire de mal, la laissant se remettre sur pieds. Pour qu’elle assiste à une scène des plus inattendues. Derrière elle, une armée d’ondins avait surgi à la surface de la rivière; face à elle, c’étaient ses ennemis qui gisaient empalés, leurs cadavres cloués au sol comme des insectes. Trois d’entre eux étaient encore en vie, et tentèrent de s’enfuir… pour être stoppés net. Enfermés dans une bulle aquatique mais apparemment impossible à briser ou même traverser. En jetant un coup d’œil à sa droite, elle vit une sirène brandissant un sceptre dans leur direction, flottant au-dessus du sol comme si elle nageait dans les airs. Encore un autre fait illogique, mais qui n’avait pas son importance. Elle avait encore des ennemis vivants face à elle, il fallait en finir! Lame brandie, la Lunari s’élança vers les Solaris sans défense… --- "Cela suffit !" La voix de la sirène résonna dans l’intégralité de la plaine, débordante de pouvoir et vibrante d’autorité. Diana arrêta instantanément son bras. Presque involontairement. Elle refusait qu’ils meurent… Les Solaris tentèrent de profiter de sa clémence. Elle entendit la confirmation des dires de Leona concernant la pierre… La sirène les écouta et leur donna raison… du moins en partie. Elle exigeait toujours que l’artefact lui soit donné, mais acceptait en retour de venir en aide au peuple du Soleil si celui-ci venait à en avoir besoin. Pour l’élue de la Lune, ceci était une victoire. Sa rage refit surface quand l’ondine libéra les trois Solaris en leur laissant la vie… Mais il y avait plus important: la sirène était l’Aquamancienne! Celle à qui elle devait remettre l’artefact; celle par qui elle pouvait achever sa mission, sauver le peuple des ondins, et transmettre et répandre le pouvoir de la Lune. Après avoir congédié les Solaris, l’ondine s’adressa à elle: - Diana; est-ce bien votre nom? - C’est le mien. Ainsi vous êtes l’Aquamancienne? Alors il semblerait que j’aie quelque chose qui vous revienne. Vous avez la perle? La sirène désigna la chaîne autour de son cou. Diana tendit la pierre dans sa paume ouverte, mais la sirène recula d’un mouvement vif. - Surtout pas! La pierre doit m’être retournée au lac et pas avant. C’est là-bas que le pacte est né, là-bas que la pierre pourra prendre son pouvoir! Venez jusqu’au lac, c’est la seule option possible. Elle décerna quelques mots à l’armée ondine, qui regagna les profondeurs marines. --- L’Aquamancienne et l’élue de la lune firent ensemble le chemin vers le lac désigné pour le rituel. Elles allaient aussi vite que possible, mais il leur fallut deux jours entiers pour l’atteindre. Deux jours qui se déroulèrent sans le moindre incident, comme si la nature respectait ce qu’elles étaient vouées à accomplir. Et finalement, au cœur de la forêt qu’elles venaient de traverser, elles trouvèrent le lac. La sirène y plongea, et tendit à la Lunari la perle des océans, perle qu’il était convenu qu’elle donne en échange de la pierre. - Le don des océans, récita-t-elle sur un ton solennel. - Contre le don de la terre et la protection des cieux, répondit Diana en approchant sa main après y avoir placé la pierre. L’échange se fit en une poignée de mains, suivant le rituel traditionnel.Mais l’ondine prit ensuite la guerrière de la Lune au dépourvu, en lui adressant un sourire amical. Elle maîtrisa cependant rapidement sa surprise, et répondit chaleureusement à ce sourire. Puis l’Aquamancienne retourna vers les fonds marins… Diana quitta à son tour la clairière, pour pouvoir se diriger vers la cité des Lunaris. Quand elle s’apprêtait à s’enfoncer plus profondément dans la forêt, la jeune femme passa devant un miroir, déposé ici pour une raison qu’elle ignorait. Il la laissa triste. Comme si le verre lui avait transmis la charge d’un passé paradoxalement proche et lointain… passé dont la marque pesait sur ses épaules. --- --- --- --- --- | |||||||||||||||||||||||||||||||||||| | https://ddragon.leagueoflegends.com/cdn/img/champion/splash/Kalista_0.jpg |- || | ||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||| | **_Kalista – Le Pacte de la Vengeance_** |- || | ||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||| | **Chapitre 1 : L’appel** |- || Le spectre tendit son bras en direction de la ferme, dans la plaine. Les échos du monde des vivants parvenaient à ses oreilles comme autant de sifflements… Elle les laissa couler en elle, parcourir son corps immatériel. Elle voyait leur monde, leurs terres. Elle percevait leurs sentiments, leurs émotions, rendus flous et indistincts, filtrés par le voile séparant leurs deux mondes. Mais parmi toutes ces pâles sensations sans substance, une transcendait. Une émotion, vibrante de passion, aussi puissante que les flammes d’un incendie. La haine. Accompagnée d’un sentiment, irrésistible… Qui résonnait dans son cœur comme le son d’une cloche. Comme l’appel d’un glas. La vengeance. --- Kalista posa un genou à terre, sur ce sol à peine matériel qui soutenait son monde. Ferma les yeux et regarda par son cœur. Par ses cœurs. Et elle vit ce qu’elle avait entendu. Dans le monde des vivants, une femme était tombée, à genoux, devant sa maison brûlée. Face aux cadavres torturés de son mari, de son fils. Face à sa vie réduite en cendres. La femme se releva. L’esprit lut dans ses yeux, y vit tout ce qu’elle ressentait. Son horreur. Sa détresse. Son désespoir… Sa soif de vengeance. Celui qui avait ruiné son existence… elle voulait le voir mort. Voir son corps détruit comme ceux des êtres qu’elle aimait. Ces émotions frappèrent Kalista. Emplirent son cœur comme si c’était elle qui les avait ressenties. Et elle compatit. Elle éprouva de la tristesse pour cette femme qui partageait ce qu’elle avait vécu des siècles plus tôt. Trahie par un être proche, sa vie arrachée par un parjure… Une larme immatérielle se forma au coin de sa paupière, reflet de celles que la femme avait versées dans le monde des vivants. Mais ces perles de sel s’évaporèrent vite sous le feu de la haine qui consumait les deux personnes. Une seule personne à appeler. Un seul mot à prononcer ! La guerrière-esprit sentit son cœur s’exalter, gonflé par la joie et par l’impatience. La femme avait saisi la statuette. Elle y enfonça l’un des clous rouillés. *Je nomme le traître une fois…* Prononça le nom dans un souffle… Kalista l’entendit plus distinctement que tout le vacarme qui venait de ce monde. Elle fut submergée par une vague de dégoût, de haine. Elle ne tenta pas de s’en protéger. Elle l’accepta. La laissa couler en elle, emplir ses poumons, vibrer dans ses veines. Dévaster les barrages de son esprit. Il y eut un bruit mat lorsqu’un deuxième clou vint rejoindre le premier. *Je le nomme deux fois…* Le nom résonna une fois de plus, dans un élan de colère. Le visage du briseur du serment – *du traître* – se dessina dans son cœur. Son corps tout entier se tendit… Le troisième clou perça la statuette. *Je le nomme trois fois !* Elle cria son nom. Le spectre le murmura à son tour. Murmure chargé de tant de force, de tant de rage, qu’il était plus intense que le grondement du tonnerre. Toute son âme, tout son être, était retourné contre le parjure. Les émotions négatives saturaient son corps… Elle fit un pas en avant. Le voile se déchira en une porte de brume noire. Kalista rejoignit une fois de plus le monde des vivants. La vengeance allait s’abattre à nouveau. --- --- --- | ||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||| | **Chapitre 2 : Le serment** |- || Elle apparut en face de la femme. Celle-ci eut un mouvement de recul… elle voulait la vengeance, et son prix la terrifiait. Mais Kalista attendit. La laissa prendre le temps de réaliser que son esprit n’accepterait qu’un seul des deux choix. Celui de la vengeance. Elle resta immobile, impassible, n’affichant aucune émotion même si son être en était tout entier débordant. Et elle l’observa. La vit hésiter, penser à son mari qui aurait de tout son cœur souhaité qu’elle continue à vivre pour ensuite le rejoindre dans la mort. L’entendre crier de renoncer à sa haine et de refuser le terrible prix qui lui était demandé… Mais son cœur se tourna irrésistiblement vers ces ruines face auxquelles elle était agenouillée. Vers ces deux corps ravagés et désertés par la vie. Vers son existence piétinée, en un instant volatilisée ! Vers une personne… l’homme responsable de tout ceci… celui en qui elle avait placé sa confiance… celui dans les mains duquel elle avait déposé sa vie… Vers le parjure ! Elle se leva. Kalista sut qu’elle était prête. Elle arracha de son ventre la lance noire de laquelle le premier briseur de serment l’avait percée, et la lança aux pieds de la femme dont les yeux luisaient maintenant de détermination… et de haine pure. L’esprit frissonna lorsqu’elle s’en empara. Comme à chaque fois, *le* souvenir revint à sa mémoire, cuisant de douleur, brûlant… d’injustice. Elle revoyait les traits de cet homme… Elle se revoyait le regarder avec assurance; c’était un combat de plus qu’elle allait diriger, elle menant la charge, lui à ses côtés pour la protéger et la seconder au front. Et alors qu’elle chargeait les rangs ennemis, son armée derrière elle et sa lame devant, elle ressentit une douleur atroce à l’abdomen, là où la lance l’avait percée. La lance de son second. Dans son dernier souffle, elle vit son regard méprisant s’abattre sur elle, pour se détourner un instant plus tard sans qu’il ne lui accorde plus la moindre importance. Mais elle ne mourut pas. Elle n’accepta pas la mort. Ce regard s’était à jamais gravé en elle, et rien, ni la vie, ni la mort, ne pourrait l’arrêter. Il avait trahi son serment. Brisé sa confiance. Parjuré son âme. Pour mettre un terme à sa vie, il avait payé un prix en condamnant son âme. Ce prix, elle allait le chercher, dévouant son existence entière à le traquer. Et elle l’obtint. Mais quand sa tête tomba finalement, arrachée par le fer par lequel lui-même s’était condamné, elle s’aperçut qu’elle était allée trop loin. Elle ne pouvait plus revenir en arrière, regagner le tranquille repos de la mort. Elle ne voulait plus de ce repos. A la première trahie, elle avait donné la vengeance. D’autres le seraient après elle… Et elle leur offrirait à eux aussi ! Elle avait scellé son âme dans ce but. Alors que la vision pulsait en elle, la femme retourna la lance, la pointa contre son ventre. « Je m’offre toute entière à la vengeance. Je le promets de mon sang… Je le promets de mon âme. » Et elle s’empala, tomba au sol avec un petit cri. Poings serrés, Kalista laissait les mots s’écouler en elle, faisant écho aux grondements du tonnerre que l’aversion pour la trahison avait éveillé dans son cœur. Elle contempla la mare rouge s’étendant sous le cadavre, jusqu’à ce que la dernière goutte de sang ait quitté le corps sans vie. Alors elle s’agenouilla. Un seul coup d’œil, survolant toute la scène. Les cendres, les pierres brisées, la fumée, le sang, les trois êtres à jamais allongés dans la terre, la poussière… Le crépitement des dernières flammes, le bruit sec des pierres éclatant dans la chaleur, les cris des charognes… L’odeur du feu et des roches calcinées, du sang, de la mort… Le goût du massacre atteignant son palais, emplissant sa bouche, sa gorge… Le contact de la lance noire qu’elle extirpa de la coquille vide. La marque de la trahison ! Kalista tendit la main vers le cadavre, et sentit l’âme de la défunte lentement rejoindre son esprit. Son dégoût pour le monde qui s’étendait à leurs pieds s’ajouta à celui du spectre, mais plus important… Kalista accueillit la femme morte. Elle lui offrit sa compassion, lui présenta les blessures que la trahison avait aussi causées à elle et à toutes les consciences dont la guerrière-esprit était maintenant l’hôte. Elle lui montra qu’elle, ne la trahirait pas, qu’elle la guiderait jusqu’à sa vengeance, lui révéla son futur. Leur futur. Ensemble, eux tous, puniraient tous les parjures auxquels le monde donnerait naissance! Car il n’y avait pas de justice. Rien que la vengeance. Ensemble, animés d’une colère plus forte encore, à peine cachée par le masque spectral de la guerrière de l’autre monde, ils quittèrent la plaine souillée, maintenant recouverte par une brume noire. --- --- --- | ||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||| | **Chapitre 3 : La vengeance** |- || Leurs émotions crépitaient en elles. Elles pulsaient, flamboyaient, trop puissantes pour rester passives. Pour restées enfermées. Et elles s'unirent en une flèche, un vecteur de vengeance. Un épieu, ayant sa propre vie, sa propre conscience. Et cette conscience le guidait vers sa cible... Le traître. Elles devaient uniquement le suivre. Aller, courir, voler dans la traînée de la vengeance, portées par l’infaillible élan. Jusqu’à ce qu’elles l’atteignent… Le visage honni du parjure… Cachée dans l’ombre, Kalista l’observa. Le contempla alors qu’il s’asseyait en face de cet homme, alors qu’il ramassait la bourse dont celui-ci venait de le récompenser, alors qu’il se levait avec l’air satisfait de celui qui a accompli son travail. Le vit s’avancer vers la porte, repartir après l’avoir refermée derrière lui. A chaque pas… Kalista tressaillit une fois de plus. A chaque pas, son cœur tremblait. Sa haine meurtrière croissait encore plus, dépassant à chaque seconde le paroxysme qu’elle croyait avoir atteint à la précédente. La brume se leva. Le traître fut bientôt enserré par le nuage noir qui l’oppressait de tous côtés. Et l’esprit se montra. Prit la parole. Très peu de mots furent nécessaires, chacun le transperça comme une lance. La femme spectrale lui rappela qu’il avait brisé son serment, un lien sacré… Qu’il avait trahi leur confiance… Qu’il les avait tués ! Et annonça le châtiment. Une âme lacérée par la trahison l’avait rejointe, et en contrepartie, une âme dévastée par l’autre bout de ce fléau serait piétinée, détruite. Devant l’œil de l’esprit, dans lequel brillaient des sentiments si infiniment hostiles et intenses qu’ils avaient depuis longtemps dépassé les limites que les mots permettaient de décrire, l’homme éprouva de la peur pour la première fois. Peur qui se mua en terreur sans nom alors qu’il tournait les talons pour s’enfuir, loin de la brume, loin de ce regard, loin de cette silhouette, de cette cohorte d’âmes vengeresses sorties droit de ses pires cauchemars pour le hanter telles des Érinyes ! Elle le poursuivit. Toujours précédée de ce nuage noir qui lui attaquait les yeux, emplissait ses oreilles, irritait son nez, brûlait sa gorge, enserrait chacun de ses membres, l’engourdissait comme de la vase… Sa panique s’accrut. Il tira la bourse de sa poche, la jeta à Kalista. Ce geste ne fit qu’embraser plus encore sa fureur; aucun remords ne serait accepté, et moins encore ne le serait l’argent souillé du sang versé par la trahison ! Elle le poursuivit sans relâche. Sans fatiguer. Sans ralentir. Sans s’arrêter. Il était condamné… et la route s’arrêtait pour lui. Il tenta désespérément de forcer la porte verrouillée par laquelle la rue s’achevait. Elle resta tout aussi close, et ainsi se terminait sa vie. Kalista saisit l’une des lances accrochées à son dos. La pointa lentement… La ramena vers l’arrière pour la projeter avec plus de force encore… Et s’élança en avant, envoyant la lance vers l’homme terrifié, acculé à la porte. Elle vint se ficher directement dans le cœur du traître, traversant son corps, le clouant au mur. Une deuxième la rejoignit. Une troisième. Un horrible bruit d’os brisés retentit alors qu’une secousse parcourut le cadavre du parjure, épinglé tel un insecte, alors que Kalista venait de briser son âme d’une pulsion sur les trois épieux. La brume se dissipa. Les lances disparurent, immatérielles et pourtant encore si meurtrières. La coquille vide du traître retomba au sol dans un bruit mat, au milieu de la mare de sang qui s’était formée à ses pieds. La femme-esprit lui jeta un dernier coup d’œil. En elle, dans son cœur, elle sentait se mélanger la haine encore vive et brûlante et la joie infinie procurée par la vengeance. Sentait chacune des âmes qu’elle abritait s’en repaître à son tour… Et elle quitta à nouveau le monde des vivants. La vengeance avait été exécutée. --- Au commencement, elle était une. Mais la naissance de l’esprit ne faisait qu’accompagner l’apparition de la marque tant honnie de la trahison dans ce monde… Et aujourd’hui, cette marque avait frappé une âme de plus. Et cette âme l’avait rejointe… L’espace d’un instant, la dernière âme se rappela. Se rappela sa vie. Qui elle avait été. Qui elle… Kalista… Elle était… Je suis… Nous sommes la vengeance! --- --- --- --- --- | |||||||||||||||||||||||||||||||||||| | https://ddragon.leagueoflegends.com/cdn/img/champion/splash/Ekko_0.jpg |- || | ||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||| | **_Ekko – Contre les flots du temps_** |- || Ekko tira un poignard des replis de son pantalon. Quand l'on passait ses journées dans les rues de ces quartiers de Zaun... même la clepsydre-zéro ne lui était pas toujours aussi utile que sa bonne vieille lame. L'homme en gris ne l'avait pas vu, tourné vers ce jeune Zaunien qu'il fixait d'un air profondément menaçant. Ekko activa la clepsydre... Tout commença. Peu importait le nombre de fois qu'il avait vécues avant, c'était ici que tout débutait pour la première fois encore et encore. L'homme en gris dégaina un sabre d'un fourreau fixé à son dos… La première fois, Ekko n'intervint pas. Il ne fit qu'observer. L'observer marcher vers son ami, qui reculait, lentement, un air apeuré sur le visage... Un pas, un deuxième... Il ne faisait que retarder l'inévitable ! Tenter de *gagner du temps*, pour ne rien en faire ! Puis finalement, le dos du jeune homme heurta doucement un pilier de l'arche qui maintenait le plafond du souterrain. Il releva vers son agresseur ses yeux où se lisait une silencieuse supplique... à laquelle celui-ci resta sourd. La lame s'éleva dans les airs, et s'abattit. Une fois. Une seule. Et pourtant, combien de fois le vit-il faire ce geste... Le corps tranché de l'épaule aux côtes, son ami s'effondra. Mort avant d'avoir touché le sol. L'inconnu nettoya rapidement son arme en l'essuyant contre un pan de son manteau, la rengaina et se remit calmement en marche. Calmement. Un air satisfait flottant sur ses lèvres. Ekko grava cette expression dans son esprit en ré-actionnant la clepsydre-zéro. Un rictus déterminé... Un chuintement emplit l'air quand la lame quitta une nouvelle fois son fourreau. Cette fois-ci, il agirait. --- Il était épuisé. Pas physiquement, puisque chaque retour en arrière le purgeait de tout ce qu'il avait entre-temps enduré – de ce qui n'était jamais arrivé, en réalité ! Mais son esprit, son esprit souffrait. Au début, rien d'anormal ne s'était passé. Il avait tenté de descendre normalement de son promontoire. Une fois... et il arriva trop tard. Deuxième essai pour s'en assurer ; même résultat. Son ami perdit la vie, il actionna la clepsydre, et se retrouva encore une fois posté sur la passerelle en ruines, neuf mètres au-dessus du sol où l'agresseur refit le même geste pour la quatrième fois. La première fois aux yeux de ce monde. Il plongea. Amortit sa chute avec une roulade. Mais son ennemi, qui l'avait repéré au bruit de sa prise d'élan, était déjà prêt. Il s'élança sur lui avant qu'il puisse se relever, rabattit son sabre pour le décapiter... --- Clic. Une explosion retentit aux oreilles d'Ekko, inaudible au reste du monde, alors que l'univers se remettait en place pour la cinquième fois. Il avait compris. Rester silencieux... Il ne prit pas d'élan... Le jeune Zaunien réalisa très vite que son bond était mal orienté. Qu'il n'allait pas atteindre la plate-forme inférieure. Il tenta d'en agripper le bord... sa main glissa sans s'accrocher... --- Clic. --- Quatorze. Il parvint finalement à se relever derrière son ennemi au moment où celui-ci l'apercevait. Il voulut le poignarder, releva de justesse sa dague pour parer le coup qui l'aurait abattu avant qu'il ne parvienne à vaincre son adversaire et sauver son ami. Tenta une seconde attaque, dut refaire le même manège pour survivre. L'homme l'avait forcé sur la défensive. Il parait coup sur coup... reculait... Son ennemi feinta et la lame d'Ekko ne rencontra aucune résistance. Déséquilibré, il glissa vers l'avant... Un frisson de froid se répandit dans son dos alors que l'acier mordit sa chair, répandant un flux de douleur atroce... --- Clic. … qui se résorba instantanément alors que l'écho de la déflagration retentissait une fois de plus. Et encore, encore... il manqua le sol... perdit son duel... manqua une fois de plus, puis une nouvelle... --- Les teintes bleu liquide s'évanouirent pour la cinquante-septième fois alors que le monde finissait enfin de se bâtir à nouveau. Un nouvel essai, un nouveau départ. Ce n'était que la première fois, rien ne s'était passé avant... Une cinquante-huitième première fois. Les lames s'entrechoquèrent. Dans son esprit, tous ses précédents échecs lui restaient en mémoire, recréant la scène d’une façon bien différente. Il voyait tous les possibles, connaissait leurs conséquences. Savait quels mouvements exacts lui étaient interdits. Il n’avait plus qu’à agir selon l’unique option restante… Qu’à suivre l’ultime chemin… Échoua. Qu'il ait manqué de force, tremblé à la dernière seconde, il n’était pas parvenu à faire ce qu’il avait prévu. Le monde se noya dans le vortex bleu pâle… Explosion de lumière. Cinquante-neuvième tentative. --- Soixante-trois. Ekko était épuisé. Si près du but… et pourtant, il en semblait si loin ! Comme s’il lui était impossible de faire les derniers pas, d’accomplir ce dont tous ses précédents essais lui avaient préparé le terrain… Il commençait à se perdre, à se perdre dans ce déroulement horizontal des événements, perpendiculaire à la ligne du temps que le monde voyait verticale et parcourait linéairement. Englouti sous des dizaines de réalités toutes vécues, et dont pourtant aucune n'avait finalement existé, le flot de ces souvenirs paradoxaux le poussait dans son courant, tentait de l’arracher au fleuve du temps, où il peinait à garder pied… Il plongea dans ce flot. Jusqu’au fond. Et en arracha un souvenir, le fit remonter à la surface. L’air satisfait et teinté de suffisance de son ennemi. Il serra les poings à s’en faire blanchir les phalanges. Sa résolution s’était reformée. Intacte. Il activa la clepsydre-zéro pour rattraper le temps qu’il avait malgré lui perdu, égaré dans ses pensées… --- Soixante-quatre. Cette fois-ci serait la dernière. Le Zaunien plongea sur la plate-forme en contrebas, se rétablit immédiatement d'une roulade fluide. Sauta sur son adversaire. Comme les quatre autres fois qu’il avait fait cela, il para le coup. Mais Ekko fut le premier à agir ensuite. Il bondit sur le côté, vers le dos de son adversaire, donna un coup de taille dans le même mouvement. Sévèrement entaillé, celui-ci fut un instant déstabilisé par la douleur. Le jeune Zaunien avait compris que ce n’était qu’en partie vrai. Échappant au piège de son ennemi, il recula en un mouvement rapide… pour réaliser que l'appât était double. En voulant se remettre en sûreté, il lui avait ouvert la voie vers son ami recroquevillé de peur contre le mur. L’inconnu se jeta en avant. Ekko projeta de toutes ses forces un disque argenté dans sa direction. Quand l’objet métallique le toucha, l’air miroita, et son adversaire sembla soudainement se mouvoir au ralenti, comme pris dans une toile d’araignée invisible. Ne pouvant perdre une seule seconde, le Zauniense rua à sa poursuite alors que le disque continuait à tournoyer lentement devant son ennemi englué. D’un coup, il retourna vers Ekko qui l’attrapa d’une main, ouvrant une seconde entaille dans le bras de l’agresseur quand le tranchant fit son retour. Cela ne le stoppa pas. Il était maintenant dangereusement près du jeune homme tremblant… Ekko redoubla de vitesse. Mais il savait qu’il arriverait trop tard. --- Il vit alors deux choix s’ouvrir à lui. Et pour la première fois, il ne pourrait pas retenter sa chance. Soit il continuait à courir, et son ami mourrait… soit il se jetait en avant pour achever son ennemi, s’exposant à un coup de ce dernier avant qu’il ne puisse agir. Risquant de périr trop rapidement pour avoir une chance d’activer la clepsydre-zéro. Un point de non-retour. Plus de temps. Il devait prendre une décision. Mais en réalité, il n’avait pas le choix. Il était prêt à tout risquer pour venir en aide à ses amis dans le besoin… et le moment était venu. Ekko plongea en avant. Et l’agresseur l’ignora, tentant d’accomplir dans l’urgence ce à quoi il opérait depuis le début, pour une raison que le Zaunien ignorait. L’extrémité de sa dague perça la main droite de son ennemi, dévia la trajectoire de la lame qui manqua de peu accomplir son œuvre meurtrière. Sans lui laisser un instant de plus, il se redressa et planta son poignard dans le plexus solaire de son adversaire blessé. Quand l’agresseur tomba sans vie au sol, Ekko se pencha vers le jeune homme, et lui tapota l’épaule, tentant avec un succès relatif de prendre l’air amusé et insouciant qui le caractérisait. Tuer était une monstruosité qu'il abhorrait presque toute autre chose, par crainte de sombrer dans l'inhumanité que tant de ses confrères Zauniens avaient acceptée… mais il garderait ces émotions négatives pour lui-même. Il tenait à respecter le droit de son ami de ne pas souffrir de tourments qui n'étaient que les siens… Après tout, ce n’était qu’un jour de plus dans les catacombes de Zaun. Une personne de plus dont il avait sauvé la vie. Ekko éteignit la clepsydre-zéro. --- --- --- --- --- | |||||||||||||||||||||||||||||||||||| | https://ddragon.leagueoflegends.com/cdn/img/champion/splash/Brand_0.jpg |- || | ||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||| | **_Brand – Le cœur de flammes_** |- || Tout au nord de Freljord, au large de Lokfar, un navire voguait sans but apparent. Un navire connu de tous… et que tous espéraient éviter. Son pavillon insufflait la terreur aux pêcheurs sillonnant ces eaux, forçait les marchands à prévoir des trajets ô combien rallongés de peur de l’apercevoir, effrayait tout voyageur traversant l’océan glacial - même les Lokfariens. Ce navire, était celui de KeganRodhe. Rodhe jouait de cette réputation : la terreur que sa seule vue perpétrait était l’arme la plus redoutable qu’il maniait au cours de ses pillages, et lui permettait d’autant plus d’être laissé en paix quand d’autres affaires l’amenaient à naviguer. Et aujourd’hui, il s’agissait d’une de ces affaires. --- Le pirate avait pour habitude de voguer sans réelle destination, se contentant de suivre la direction que les vents arctiques lui imposaient. Mais depuis quelques jours, c’était son cœur qui le guidait. Où ? Il n’en savait rien. Mais l’impulsion était trop forte pour qu’il y résiste. Et alors que la nuit tombait, il aperçut deux… trois pâles lumières à l’horizon, à la surface de l’océan. D’un signal, il indiqua la direction à son équipage… et au fur et à mesure que la distance le séparant des lumières s’atténuait, Rodhe sentait son cœur se serrer. Puis d’un coup, la pression se rétracta, et il fut gagné d’un sentiment croissant de plénitude. Les lumières l’appelaient ! --- Le navire était maintenant très proche. Et en dépassant un récif gelé, le pilleur aperçut d’autres lumières, dansant dans la nuit, derrière les premières. Puis d’autres encore… tout aussi étranges… tout aussi envoûtantes… Elles montraient un chemin, un chemin menant à un îlot émergeant à grand-peine des flots, et couvert de fragments de glace. Rodhe écoutait les feux follets lui parler… nul mot n’était formé, mais son esprit était transporté par ce contact. --- Après s’être amarrés, les pilleurs descendirent au sol. Tous épris d’une frayeur mystique, ils marchaient prudemment dans les pas de leur chef, insensible à cette crainte, obnubilé par la voix du feu. Ils atteignirent finalement l’entrée d’une cave, au pied d’une montagne de glace. Sur cette entrée étaient gravées des runes qui s’illuminèrent quand Rodhe posa les yeux dessus. Il fut incapable de les déchiffrer, mais leur image vint s’ajouter au murmure du feu. A l’intérieur, la glace s’était répandue au fil du temps, et avait pris possession de chaque pouce de sol, de mur, de plafond. La vue de ce souterrain totalement gagné par le froid purgea son esprit de son envoûtement… Et tandis que son équipage était resté en retrait, il réalisa alors que cette salle ne l’accueillait pas pour son bien. Que contrairement à ce que lui soufflaient les lumières, elle n’exaucerait pas ses désirs. Que la noirceur qui l’entourait n’était pas due qu’à la nuit. Qu’un mal infini était contenu ici ! --- Le pilleur détourna son regard. Voulut détourner son regard. N’y parvint pas. Il tenta à nouveau. En vain. Il ne faisait que croire qu’il essayait. Ses yeux s’étaient posés sur le centre de la salle. Il y avait une prison de glace. Et au milieu de cette prison dansait une flamme écarlate, pulsant de malfaisance. De haine. D’une soif de vengeance. --- Cette flamme ne pouvait être là. Pas en flottant dans les airs, coupée du sol, pas entourée uniquement d’eau ! Mais elle était là. Et son appel s’infiltra dans le cœur du pirate. Immensément plus puissant que celui, maintenant dérisoire, que les lumières lui avaient soufflé. Il résista. Ses défenses furent balayées comme des brindilles face à un incendie. Il voulut s’échapper… Il vit son corps faire un pas en avant. Une partie de lui était émerveillée, gagnée à nouveau par cette plénitude si enivrante… L’autre, de plus en plus mince, était effrayée, et le contempla faire un pas de plus vers ce qu’elle savait être un danger mortel. Encore un autre. Il était tout près maintenant… Il se sentait si bien ! Comme s’il était totalement lui-même pour la première fois de sa vie… un seul détail manquait pour que cette impression – cette réalité ! – soit poussée à son paroxysme… ce détail, était juste en face de lui… Il tendit la main vers la flamme… --- --- Perdu dans les ténèbres, enfermé depuis des siècles, l’esprit attendait. Le brasier qu’il avait un jour allumé était aujourd’hui réduit à une étincelle tremblante… Mais sa soif de vengeance, elle, était toujours intacte. Totalement engourdi par la glace, ses pensées étaient presque figées, immuables. Mais, cristallisés dans la prison gelée, quelques souvenirs persistaient… Il se rappelait… Un homme… il était un homme… choc des lames, fracas de la guerre… peur, retraite, menace de la défaite… Une créature écarlate fendant les airs, atterrissant auprès d’eux… Discours ardents, cœurs embrasés, défaite d’un coup changée en victoire… Il se rappelait… Passion de la guerre… Tant d’ennemis tombant à ses pieds… Puis un jour, une défaite… Douleur de l’échec, souffrance des pertes, deuil infini… Infection de la douleur. Volonté de se venger. Corps et cœur consumés, transfiguration de son âme. Ce souvenir était si ardent qu’il bouillait encore au cœur de la glace. Il était un humain. Il avait été un humain. Il était la vengeance, il était le feu, il était un esprit brûlant de haine. Ce monde était pauvre, tremblant de faiblesse et de vieillesse, mais lui, lui apporterait la renaissance. Dans les flammes, il purifierait le monde. Dans les flammes, il purifia le monde. Parcourant les routes dans son corps calciné, il réduisait chaque once de vie en cendres, transformant les arbres en braises fumantes, la pierre en charbon ardent, les humains en cadavres embrasés. --- La pâle monotonie de leurs créations humaines depuis si longtemps flétries était une entrave au monde, tandis que rien n’égalait la beauté d’une nuit illuminée par des ruines rougeoyantes léchées par des flammes mourantes. Une terre à nouveau vierge… prête à accueillir une vie neuve, purifiée de tout ce qui l’avait souillée ! Des milliers de purifications. La contemplation d’une beauté incommensurable. Des mondes disparus dans la cendre, son pouvoir grandissant à chaque vie qu’il sublimait… Puis disparition. Éclat de la flamme tamisé… figé sous une dernière image. Des humains. Une sorcière. Deux ailes… Puis la glace. Éternelle. Un cri de souffrance. Un vœu de vengeance, déchirant. Silencieux. Étouffé par la prison. --- --- Au travers des murs de glace… L’esprit entendit l’écho de pas, lointains… si lointains… ils s’approchaient… un homme avançait, vers lui… il s’arrêta. Tout près. Assez près. La flamme alla vers lui. Toucha son esprit. Il marcha à nouveau. Un pas de plus, encore un pas… il n’était plus qu’à un mètre maintenant… tendit son bras… --- --- L’humain était mort. Il ne sentit rien, ne vit rien… il disparut. Son corps était l’hôte de Brand. Il se retourna vers les membres de l’équipage, alors que derrière lui, les fragments de la cage brisée n’avaient même pas fini de s’éparpiller sur le sol. Ils n’esquissèrent pas un mouvement. Ils comprirent une seconde trop tard que l’esprit était libre. Une seconde après leur mort. Pour la première fois depuis des siècles, la crypte prit feu. La glace millénaire fut fondue et évaporée, l’air embrasé et calciné. --- --- --- --- --- | |||||||||||||||||||||||||||||||||||| | https://cdn.tryhardgopro.com/static/ddragon/cdn/img/champion/splash/Varus_0.jpg |- || | ||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||| | **_Varus et Kayn - Cœurs de Darkin_** |- || Le soleil avait attint son zénith. Aucun nuage, et la journée s'annonçait magnifique pour ce village ionien. Ha... s'annonçait. C'était ce qu'on aurait pu penser. Mais c'était loin d'être dans les intentions de tous. Ionia était assez éloignée de la grande puissance Noxus. Par une mer entière, même. Mais c'était la terre de la magie. Une île-pays renfermant les plus puissants et les plus dangereux secrets de Runeterra. Quelques semaines plus tôt, les armées Noxiennes avaient commencé à envahir Ionia. C'était de ses trésors qu'ils désiraient s'emparer, mais ils n'épargnaient pas une vie sur leur passage. Varus avait un rôle. Une tâche, pour laquelle il avait prêté serment. Un immense honneur, qui n'avait d'égal que la lourdeur de sa responsabilité. Protéger le temple Pallas de tout intrus. Ce temple était un exemple typique des raisons de l'intérêt de Noxus pour l'île de la magie. C'était une prison. Un monument érigé pour maintenir captif l'une des plus dangereuses créatures de Runeterra... un Darkin. L'un des cinq représentants de cette antique race démoniaque dont le nom était synonyme de ravage et de dévastation. Un démon à qui il ne manquait qu'un corps à infester pour pouvoir répandre les ténèbres... Noxus avait attaqué. Le temple, et le village en contrebas. Le temple ou son village. Le Darkin ou sa famille. L'honneur, ou le cœur. Il ne pouvait sauver que l'un ou l'autre. Il choisir l'honneur. Par nécessité. Par choix de raison. Le Darkin fût-il libéré, son village aurait fini détruit dans tous les cas. Et si les Noxiens perpétraient, au-delà de simples morts, des horreurs que l'inhumanité des guerres rendait habituelles, une créature démoniaque trouverait toujours le moyen de rendre les choses plus atroces. Et il s'était battu. Seul contre des hordes de Noxiens. Avec l'énergie du désespoir, avec la force de la détresse. Tandis que d'un œil, il ajustait la trajectoire de ses flèches, de l'autre, il voyait les villageois souffrir. Mourir. Ses proches. Ses amis. Sa famille. Ceux qu'il aimait... Tous, il les vit périr sous les coups des Noxiens. Et chaque mort embrasait plus encore le feu de sa rage, animant son bras et son arc d'une fureur renouvelée. Décuplée. Et il accomplit le miracle. Tous les assaillants tombèrent sous ses flèches sans même pouvoir l'approcher. Un miracle qui n'avait aucun sens pour lui. Il avait accompli son devoir. ... Il avait perdu tous ceux qui formaient sa vie. Tout ce qui formait sa vie. Il tomba à genoux. Il revoyait leurs visages. Tous. Un à un. Il revit *son* visage... Non ! Les émotions s'entremêlèrent. Tristesse. Détresse. Perte totale et infinie. Vide. Une pensée pour les autres villes. Les autres familles brisées. Les autres familles qui *seraient* brisées. Les autres vies qui seraient détruites. Il ne laisserait pas cela arriver. Il n'en laisserait pas d'autres mourir. Il vengerait les siens ! Varus se releva. Se tourna vers le temple. Sa vie venait déjà de lui être arrachée... il n'avait plus rien à perdre. Il posa sa main sur la porte. Sentit le sceau disparaître à son contact. Entra dans le hall. Immédiatement, tout s'assombrit. La salle était noire. Plus qu'une absence de lumière, c'était comme si la pénombre avait remplacé l'air. Elle emplissait sa gorge, ses poumons, son cerveau, obstruait ses sens au fur et à mesure qu'il avançait. Jusqu'à ce qu'il l'atteigne. La noirceur reflua, repoussée par un simple cercle de lumière. En son centre... l'arc. L'arc Darkin. L'arc de la vengeance. Varus franchit le cercle et saisit l'arme... --- Le monde explosa. --- Emotions. Couleurs. Formes. Pensées. Confuses. Brouillées. Incertaines. Qui était-il encore ? --- Il y avait une voix dans son cerveau. Etrangère. Agressive. Hostile. Démoniaque. Mais il luttait. Le Darkin tentait de prendre le contrôle... Gagnait du terrain... "Recule." La voix de Varus résonna dans sa tête, vibrante de détermination, emplie de la même force que celle qui l'avait animé alors qu'il défendait le temple. Couvrant le vacarme du démon. "Recule. Je t'offre la possibilité de perpétrer par ma main les actions dont toujours tu as rêvé. Je t'offre la possibilité de redevenir vivant et d'exercer la vengeance. Mais je garde le contrôle." Le Darkin ignora ses mots, et doubla d'efforts pour faire céder l'esprit de son hôte. La pression était immense... mais Varus était préparé. Il avait été choisi comme gardien pour son sens de l'honneur infaillible autant que pour ses talents d'archer, et contenir le Darkin en lui relevait de la même tâche qu'empêcher l'accès au temple. Jamais la voix du démon ne s'empara de lui. Mais jamais elle ne se tut. --- L'attaque du temple avait eu lieu une semaine plus tôt. Une semaine où jamais le Darkin ne lâcha prise, une semaine où chaque moment menaçait d'être son dernier. Sa lutte l'avait transformé. La corruption l'avait gagné, et ses jambes comme ses mains étaient couverts de la marque du démon. Son visage avait perdu ses couleurs, et ses yeux devenus mauves n'avaient plus rien d'humain. Mais sa résolution n'avait pas vacillé. Il prendrait la vie de chaque Noxien qui tenterait d'envahir son pays. Il vengerait tous ceux qui étaient morts par leur main ! Il sentit le Darkin frémir de joie et d'approbation à ces pensées. - Tu n'es que mon arme, pensa-t-il à haute voix. Pas ma conscience. - *Vraiment ?* répondit en lui le démon. *Pourtant, c'est toi qui es venu à moi...* - J'ai une tâche à accomplir. Tu n'es là que pour m'y assister. Varus considéra l'échange clos, bien que le murmure constant de son arme fût trop insistant pour jamais être ignoré. Le Darkin avait raison : Impossible de faire demi-tour... son temps était compté. Le monstre avait mué sa soif de vengeance en un sixième sens. Comme un pressentiment qui en permanence le guidait. Ce fut ainsi qu'il atteignit le village quelques minutes avant les Noxiens. Lorsque les habitants le virent, tous furent pris de panique. Quel était ce monstre qui leur faisait face ? Cet humanoïde aux mains difformes, violettes et translucides ? Couvert du torse aux pieds d'une boue noirâtre qui semblait presque vivante ? Varus aurait voulu leur parler. Leur dire sur un ton joyeux "Approchez ! Je ne mords pas." Mais cela faisait partie de cette part de lui qui avait été définitivement consumée par son parasite. La partie humaine. Alors il attendit, sans rien faire. Adossé à un mur, bras semi-solides croisés, yeux clos, arc absorbé dans sa main sans consistance. Deux minutes passèrent. Deux minutes au cours desquelles le Darkin priva son hôte de toute paix intérieure. Puis les assaillants arrivèrent. Lorsqu'ils furent suffisamment près, Varus se redressa, et marcha jusqu'au centre du chemin. Ses yeux mauves brillaient de haine lorsqu'il fit face au commandant Noxien. "Les coupables connaîtront l'agonie", prononça-t-il simplement, sa voix mêlée à celle du Darkin. L'arc apparut dans sa main. Les Noxiens avaient à peine ralenti à son apparition, et ils chargeaient maintenant dans sa direction. Il ne faudrait que trois secondes aux premières lignes pour l'atteindre... C'était bien trop long. Varus banda son arc sans y encocher de flèche. Il n'avait pas de flèches. Ni de carquois. Un trait de corruption se forma entre ses doigts, et fila droit vers sa cible. Un second. Un troisième. Trois secondes, c'était au moins deux de trop. Varus les vit tous tomber devant lui. Un par un. Tous ces meurtriers. Tous ces monstres ! Pour chaque corps rejoignant les autres, le Darkin jubilait. Pour chaque corps rejoignant les autres, lui-même jubilait. Et à chaque nouveau cadavre, son bras gagnaient en vitesse, faisant bientôt tomber une pluie de flèches sur les ranges noxiens. Il n'en resta très vite plus qu'un debout. Quand on danse avec la mort, c'est elle qui mène la danse, et les Noxiens ne purent tenir le rythme. Sauf un. Aveuglé par la soif de vengeance, Varus tirait toujours plus rapidement. Toujours droit vers son cœur. Chaque trait disparaissait dans une lumière rouge devant le Noxien, qui continuait à avancer. Plus que deux mètres. Sa raison lui dit de... *"Tue-le !"*, coupa le Darkin. Le Noxien leva sa hache. Dix flèches de plus volèrent. Disparurent. Il l'abatt-... Une ombre recouvrit le mur à leur gauche. Un seul mouvement. Vitesse, précision et fluidité. La tête de l'assaillant tomba au sol, détachée du reste du corps. Varus se tourna vers le nouvel arrivant... *"Tue-l..."* - Non ! Au prix d'un monumental effort de contrôle et de volonté, il repoussa la corruption. D'un pas. Juste assez pour pouvoir garder sa lucidité. - Il n'a pas l'air d'être Noxien. Le Darkin ne faiblit pas, mais Varus refusa de céder. Il examina l'individu qui lui faisait face... et la surprise se peignit sur son visage, à l'image de celle - plus fugace - du nouveau venu. Un homme aux longs cheveux noirs, un œil clos, au regard qui redevint plein d'assurance et de suffisance une fois la surprise passée, mais surtout, son bras gauche n'avaient rien d'humain. Ni d'hextech. Et au bout de ce bras... La scythe. Faisant presque sa taille, ce n'était pourtant pas ça qui la rendait impressionnante. C'était l'aura de noirceur malfaisante qui s'en dégageait. Et... l'œil. A la naissance de la lame. Vivant. Malsain. Maléfique. Il reconnut la transformation opérée sur son corps. L'arme était un Darkin ! Au moment où il comprit, l'individu ouvrit son deuxième œil. Il était rouge, d'un rouge incandescent. Reflet de celui sur la scythe. Cet œil ne lui appartenait plus, désormais. - Qui es-tu ? fit son interlocuteur d'une voix pleine d'arrogance. - *Je reconnais l'un des deux*, enchaîna une seconde voix provenant de la même personne. Varus continua son inspection avant de parler. La personne qui lui faisait face portait des marques blanches. L'Ordre des Ombres ! C'était le symbole appliqué à ceux qui parvenaient à triompher des ténèbres, à les dompter. A défaut de le rendre fiable, cet information lui indiquait qu'il était Ionien - et par déduction, non Noxien. L'archer répondit finalement : - Je m'appelle Varus. Gardien du temple Pallas. Ou plutôt, maintenant, dompteur du monstre du temple. *"Dompteur ? Ou plutôt hôte dompté ?"* répliqua la voix trop familière dans sa tête. - Quant à vous ? reprit-il. Elève de l'Ordre de l'Ombre ? - Shieda Kayn. Bientôt *maître* de l'Ordre. - Bientôt maître, répéta doucement Varus avec un sourire en coin. Et... lui ? fit-il en désignant la faux. *- Rhaast, ça faisait un moment !* interrompit l'arc-Darkin. *- Un long moment en effet ! On trouve Aatrox... et c'est une équipe. De meurtre ! Une équipe de meurtre !* - Ennuyants, non ? demanda l'archer. *- Comment ?* répondit le démon dont le nom semblait être Rhaast. *Comment oses-tu !* Aucun des deux Ioniens ne semblait désirer la conversation. Alors ils ne dirent rien, et Varus se plongea dans ses pensées, son Darkin semblant pour la première fois l'avoir oublié, en pleine discussion avec son congénère. Ses premières pensées se tournèrent vers l'individu qui était intervenu. Ce Kayn, de l'Ordre de l'Ombre. Il aurait dû être intrigué par le fait qu'il était apparu après avoir traversé un mur, mais il l'était plus encore par l'idée qu'il ne fût pas le seul à héberger un démon en lui. A l'héberger et à le dompter. En de nombreux aspects, Kayn lui ressemblait. Au-delà de ces Darkins qui étaient un fardeau que peu pouvaient se targuer de porter, il arborait la même stature résolue et assurée, comme convaincu que personne ne pourrait se dresser sur sa route et s'en tirer vivant. Mais il voyait aussi en lui une arrogance et un orgueil dépassant le stade de simple confiance en soi ; et contrairement à lui, l'élève des Ombres n'acceptait pas la présence du Darkin dans le but de remplir une mission. Il cherchait à le vaincre. A remporter son combat, dans la seule intention d'avoir triomphé d'un Darkin. Avoir son esprit libéré pour la première fois depuis l'attaque du temple lui fit réaliser à quel point il avait changé. A quel point *il* l'avait changé. Il éprouvait de la nostalgie en repensant aux jours avant l'attaque. Quand il était libre. Quand son monde n'avait pas encore été détruit. *Quand il était encore en vie.* Nostalgie. Mais pas de regrets. Il repensa à l'attaque. Tristesse, et désespoir, encore une fois. Mais une émotion sourde grandissait en lui, partant des tréfonds de son âme, pour grandir. Prendre de l'ampleur. Tout emporter sur son passage, telle un raz-de-marée. Une émotion qui venait *de lui-même.* Car en songeant à toutes ses pertes, son instinct vengeur lui avait révélé une vision... Non ! Pas une deuxième fois ! Le Darkin l'entendit. S'empara à nouveau de son esprit, s'infiltrant dans son âme, ses pensées pulsant de concert avec les battements de son cœur, ses idées envoûtantes résonnant en lui. Les flammes. Il les reconnaissait. Il les reconnaîtrait, partout. Ardentes. Brûlantes. La fumée. Noire. Le présage. La mort. Varus courut à une vitesse que seul son corps inhumain lui autorisait. Dévala la colline, gravit la suivante, en seulement quelques poignées de secondes. Franchit une route, puis une deuxième. Trop tard. Ce n'étaient plus que des ruines. Que des morts. Les émotions de son passé resurgirent droit au-devant de son esprit. Son village. Toutes ses pertes... Il les revit un par un, il les revit tomber au loin. Son frère, vaincu après un ultime élan de bravoure. Sa mère... sa mère, et ce qu'ils lui firent avant sa mort. Une larme se forma au coin de son œil. S'évapora. Un autre feu brûlait ardemment, et c'était celui de sa colère. Une dernière fois. Les Noxiens avaient quitté le village, s'écartant du massacre pour pouvoir célébrer leur victoire. Célébrer ceci... La colère gagna encore en intensité. Ils ne savaient pas qu'ils étaient les derniers, que les autres avaient été abattus aussi sèchement que leurs victimes. Ils n'auraient jamais d'occasion de le savoir. L'arc de Varus jaillit de sa paume. Une dernière fois. "Je n'ai plus d'autre but que la vengeance", dit-il. La voix n'était pas la sienne. Il marcha vers les Noxiens. Et tira. Tira encore. Sans jamais ralentir. Sans jamais s'arrêter. Ils pouvaient se lever. Ils pouvaient tenter de fuir. Ils pouvaient tenter de l'attaquer. Tous mourraient. La corruption prenait de plus en plus possession du corps de l'archer. D'autres assaillants tombèrent encore. Déjà la moitié souillait le sol de sang noxien. La cadence des traits ne faisait qu'augmenter. Dix, vingt, trente de plus. Aucun n'avait de chance. Aucun ne pouvait riposter. Aucun ne pouvait survivre. Aucun ne put survivre. Quand le dernier des Noxiens tomba, la peau de Varus était recouverte de cette boue violâtre en tout point... sauf là où la chouette savante était tatouée, sur son visage, son torse et ses bras. "Je n'ai d'autre but que la vengeance." Les tatouages aussi disparurent. Varus avait triomphé des Noxiens. Le Darkin avait triomphé du Pallas. --- Sur le flanc d'une montagne non loin, un autre Ionien observe la scène. Une voix résonne dans sa tête. Sourde. Gutturale. "A ton tour, maintenant." ---- ---- ---- ---- ---- | ||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||| | **_Bonus 1 - Un événement étrange dans un club..._** |- || J’étais en train de lire les forums (quelle mise en abyme !), de regarder Facebook et Reddit, de procrastiner ; en bref, les occupations normales de quelqu’un en pleines révisions pour ses concours. Une demi-heure plus tard, j’alt-tab sur mon client LoL, et jette un coup d’œil à mon club. Personne n’avait parlé depuis le début de la soirée, et la fenêtre était remplie des messages jaunes de connexion et de déconnexion. [De *beaucoup* de ces messages.](http://puu.sh/oqHF4/dd27106e09.jpg) Quelque chose ne tournait pas rond. Je regardai les pseudos des joueurs concernés. Ils étaient très étranges. A vrai dire, je ne les reconnaissais pas, sauf celui d’une personne, Recall, ayant quitté la salle sans raison… pour ne *jamais* y revenir ensuite. Ces noms ressemblaient à des noms de bots. Des voyelles, des consonnes, disposées aussi aléatoirement que si quelqu’un avait mimé un joueur de Ryze en URF. C’était étrange… notre club n’avait pas de modérateur en-dehors de sa créatrice ; personne ne les avait invités, pourquoi ces personnes étaient-elles ici ? Puis les choses ont empiré. Je regardai la liste des membres… rien. Ces personnes qui avaient rejoint la salle, sans dire le moindre mot, n’y figuraient pas ! Tremblant d’appréhension, je copiai leurs noms dans la recherche de profil, un à un. Le premier était un joueur diamant 3, ayant l’air de jouer principalement Riven, sans rien de particulier. Le deuxième… rien. Nom introuvable. Je le copiai une seconde fois pour m’assurer de ne pas avoir fait d’erreur ; même résultat. De même pour le troisième et le quatrième nom que j’avais vus s’afficher. Toujours rien. Trois de ces quatre personnes… n’existaient pas. Pourtant elles s’étaient connectées dans ce club. L’une d’elles y était même encore ! Était-on hantés ? Je regardai mes deux autres clubs. Rien d’anormal. Le forum, Reddit. Aucun signalement de pareil bug. Nulle part. Seul le nôtre semblait affecté. Plusieurs autres membres du club avaient fait le même constat, et alors que nous en parlions, faisant quelques vagues tentatives d’humour pour essayer de dissiper notre frayeur grandissante… un nouveau message jaune vif s’afficha. Une autre personne avait rejoint la salle. Un autre pseudo inconnu. Un autre pseudo… inexistant. Aucun de ces individus n’avait prononcé un mot ; tels cinq fantômes, ils nous observaient. Nous épiaient. Nous hantaient ! Plus du tout sûr de l’attitude à avoir, de la façon dont réagir, j’envoie des messages aux autres membres du club, leur demandant s’ils savaient ce qui se passait… là où le regard des spectres ne nous atteindrait pas, où ils n’entendraient pas nos murmures effrayés. Aucune réponse. D’aucun d’entre eux. Je me sentais seul. Isolé. Coupé de tous les autres par une chape de brouillard, une prison de nuit. Coupé de tout refuge. De tout secours. Vulnérable. Je me ressaisis. "Ce n’est que ton client", me dis-je, alors que les lumières soudain vacillantes de la salle tentent de me prouver le contraire. Je copie le pseudo du seul inconnu semblant exister, lui envoie une requête… D’un coup, j’entends un bruit étrange. Je me retourne. Rien. Il provenait de l’intérieur de mon casque. Le bruit d’un message écrit dans un salon de discussion. Je parcours mes trois clubs ; rien n’y apparaît. Personne n’avait parlé. Pourtant, l’écho de ce son résonnait encore à mes oreilles… Quelque chose s’affiche sur mon client, interrompant mes réflexions rendues incohérentes par la peur. La personne que je venais d’ajouter m’avait parlé. J’ouvre la fenêtre de discussion… un message blanc. Il m’avait parlé. L’heure s’affichait. Son nom s’affichait ! Sans qu’il n’ait rien dit… Je le cherche dans ma liste d’amis. Ne l’y trouve pas. Un voyant rouge apparaît. "Vous avez été déconnecté de PVP.net. Tentative de reconnexion…" Je ferme immédiatement le programme, coupe mon ordinateur. J’éteins la lumière, qui crépite en une étincelle vacillante avant de disparaître. Je quitte aussitôt la salle, cours, dévale les escaliers vers ma chambre comme si ma vie en dépendait, cherche la clé en quelques gestes fébriles, peine à l’attraper de ma main tremblante… verrouille enfin la porte et m’effondre contre le mur, essoufflé. Ma vie en avait peut-être dépendu. La pièce est sombre. Trop sombre. L’écran de mon téléphone s’allume, ayant reçu une notification. Dessus, s’affiche… Un nom. Un texte… vide. L’application de messagerie téléphonique de Riot Games. Je crie de panique, lance mon téléphone sur une table, loin, loin de moi ; je veux être libéré de leur emprise ! J’entends ces fantômes me parler, me murmurer ces mots que le client fut incapable de me transmettre, m’envoûter à travers ce brouillard dont je suis prisonnier ! Je tombe au sol. Inconscient. Mon esprit avait abandonné, lâché prise, englouti sous leurs appels. Je ne saurai jamais si j’ai dormi, ou si leurs voix voraces m’ont tenu éveillé jusqu’au matin, tendant de m’arracher de mon propre corps. Quand les premiers rayons du soleil filtrèrent à travers la fenêtre, j’ouvris les yeux, encore tremblant, et retournai à mon ordinateur. Tout était normal. Je n’entendais plus ces voix, ne voyais plus de brouillard. Tout avait dû naître de mes rêves… Je me connecte ; là encore, nulle trace de ces cinq personnes, de cet inconnu qui m’a parlé sans rien dire. Je regarde le club. Rien. La liste des membres ? Seules les personnes habituelles, celles que je connais, celles qui font bien partie du club. Seules… mais… Pas toutes. Une personne avait disparu. Définitivement. Recall. --- --- --- --- --- | ||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||| | **_Bonus 2 - Irelia, la Volonté du Tilt_** |- || Un jour ensoleillé, sur les Champs de Justice, On m'a donné la joie de voir ma némésis. Ce simple champion m'emplit de désespoir, Son nom est Irelia et voici son histoire. Pendant plusieurs années, en top j'ai combattu, Affrontant des bruisers, triomphant face aux tanks, Ne jouant que Rumble, Riven ou bien Gangplank, L'échéance arriva, et je fus abattu. Que j'incarne Riven, qu'elle prenne ma vie ; Ou que je sois Rumble, en mourant étourdi, Ou encore Gangplank, et souffre le martyr, Ce personnage honni a provoqué mon ire. Que je veuille me battre et qu'elle régénère, Tente de la tuer, et sois arrêté net, Submergé de clics droits, ceci me prend la tête, Définitivement, ce héros m'exaspère. Un Equilibrium, et elle peut s'enfuir, Lames transcendantes, ma vie devient obscure ; Usant du Style Hiten, ignore mon armure, Et en un Rush Fatal, je finis par périr. Bloquant les entraves par sa Ferveur Ionienne, Punir ses maladresses est une tâche ardue, Donnant la liberté d'aller à corps perdu, Dans une bataille dont la victoire est sienne. Voici un personnage à base de clics droits, Oh, il n'est pas trop fort, ni ne l'est pas assez... Rien que de le jouer suffit à m'ennuyer, Et si je dois l'affronter, je suis empli d'effroi. --- --- --- --- --- | ||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||| | **_Bonus 3 - Les origines d'un bugcatcher : Comment j'ai découvert Mordekaiser._** |- || Un jour, en 2016, en rentrant plein de joie d'un après-midi à ma prépa (enfin... une chose juste sur deux, c'est déjà pas mal), je jette un œil au Reddit de League of Legends, car un bon élève de classes préparatoires se doit de savoir procrastiner. Ce que je ne savais pas, c'est que ce passage sur Reddit allait changer ma destinée. Sur la front page, un topic créé par TastyPotatox, un one-trick master Mordekaiser. "Mordekaiser ? Intéressant", je me dis. J'aimais bien ce champion sous sa forme originelle, mais ne l'avais pas beaucoup joué depuis son rework. Avec un haussement d'épaules, je clique sur le lien, et commence à lire. Dès les premières lignes, je remarque que quelque chose ne va pas. Rush un Rylai ? Prendre Stormraider ? Max Z ? Ce n'est pas du tout ce que j'avais fait quand je le jouais après son rework. Et comme je suis moi-même, c'est-à-dire un synonyme du meilleur joueur qui ait jamais vu le jour, ce dénommé TastyPotatox doit par conséquent avoir tort. Quand bien même... Mine de rien, j'avais perdu à peu près toutes mes parties avec Mordekaiser juggernaut. Est-ce que... Non, me dis-je en chassant tout de suite ces pensées stupides de mon esprit. Certes, je n'ai fait quasiment que perdre avec Morde et lui est monté jusqu'en master, mais je ne vois pas en quoi ceci lui donnerait raison. Puis je me rappelle que je suis une personne humble et faisant preuve d'introspection, à qui ce personnage que je suis en train de décrire ne correspond pas. Par conséquent, je prends note de ce guide, et décide de donner une nouvelle chance au Kaiser qui avait jusqu'à présent mis plus de rouge sur mon historique que sur les corps de mes ennemis. J'ai perdu. Mais contrairement à toutes les fois précédentes, j'avais été utile. J'avais fait des choses bien, et pas que pour mes adversaires. J'avais réussi à jouer Mordekaiser, au lieu d'un sbire mage. Et je me suis amusé. Alors je l'ai rejoué. J'ai encore perdu. Mais cette fois, j'avais plus de kills que mon nombre de défaites sur ce perso, et ça, c'est sacrément positif. Mais, *third time's the charm*, et par conséquent, mes efforts portèrent leurs fruits, et je pus enfin découvrir à quoi ressemblait l'écran de la victoire en jouant Mordekaiser. Spoiler pour les gens qui ne l'ont jamais joué, c'est-à-dire à peu près tout le monde sauf une dizaine de personnes : il est identique à celui que vous verrez avec les autres personnages. La suite de l'histoire s'écrit par elle-même (enfin, n'allez pas pour autant dire que je suis fainéant) : J'avais un champion que j'aimais jouer, j'avais un champion avec lequel je pouvais gagner, uuungh ! Apple-pe... pardon, on n'est plus en 2016. Bref, j'ai continué à jouer Mordekaiser. Un peu beaucoup. Jusqu'à ce jour fatidique... Je m'étais lancé à l'assaut de la Faille de l'Invocateur, aux commandes du seul et unique Numero Uno, prêt à pousser mon rire brésilien du haut de la pile de cadavres de feu mes ennemis, accompagné de mes fidèles ~~serviteurs~~ - euh, je veux dire amis, j'avais oublié qu'on ne jouait pas à Munchkin ici. J'attends patiemment l'arrivée des sbires depuis mon buisson en top lane : mon jungler peut très bien 1v5 s'il se fait invade ; je ne vais quand même pas garder l'entrée de sa jungle, ça risquerait de faire fuir les éventuels ennemis qui voudraient y rentrer. Les sept sbires de la vague ennemie arrivent - pardon, six sbires et Morgana - et s'écrasent contre les miens. Fort de mes aptitudes innées de leader, je mène mes sbires à la victoire, et... enfin, je les mène à la mort sous la tourelle adverse, mais ce n'est pas très différent. Trois vagues plus tard, alors que j'étais en train de montrer à la Morgana pourquoi son champion n'était pas joué en top, son jungler Fizz vient me rendre visite, et m'agresse sans prendre la peine de me dire bonjour. Ayant en tête les leçons de Vald à ce sujet, je m'apprête à appliquer la sanction correspondante, et leur \*\*\*\*\* \*\*\*\*\* \*\*\*\*\* - pardon, je veux dire, leur fais des câlins métalliques, en phase de tuer tous les deux. Je relance mon Z pour achever le Fizz, et... Quoi ? *Nani ¿* Par je ne sais quelle diablerie, le fizz s'échappe de mon Z sans que le sort ne lui inflige de dégâts, me laissant sur ma faim et sur un seul kill - appréciez le zeugma. Je m'apprête à crier "I WAS IN ALPHA!", avant de réaliser que je ne joue pas le bon personnage pour cette phrase, et que je n'ai (à cette époque) pas encore créé le meme correspondant au mien. Pour me venger de cette tricherie éhontée, je ne perds pas une seconde et stompe mes adversaires en un temps record de 60 minutes, avant de me plonger dans le replay. Et mon impression se confirme. Ce n'est pas le lag, ce n'est pas mes teammates qui sont nuls, ce n'est pas la malchance, ce n'est pas moi qui n'ai pas le niveau (... enfin voyons, ne soyons pas ridicules, quand même) - non, c'est mon sort qui ne fait pas de dégâts ! J'enregistre le bug à l'aide de mes outils de montage professionnels (Windows Movie Maker et Bandicam™), me demandant si je vais à nouveau être confronté à ce même problème par le futur. [Oh, j'étais loin de savoir ce qui m'attendait...](https://boards.euw.leagueoflegends.com/en/c/bug-reports-eu/aixWwLZf-mordekaisers-updated-buglist-back-with-over-200-bugs-and-100-pages) --- --- --- --- --- | ||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||| | **_Bonus 4 - Un poème pour Mordekaiser._** |- || Je suis venu narrer l'histoire d'un champion Un champion délaissé, oublié de beaucoup Un champion si souvent laissé dans ses égouts : Sur l'échiquier des pros, il n'est pas même un pion. Voici Mordekaiser, le Maître du Métal. Vous devez le connaître, ou du moins je l'espère, Car il est après tout comme ses congénères, Et ne mérite pas ce dédain général. Pensez à Darius, ce personnage honni : Oui, nombre d'entre vous l'ont déjà vu banni, Vous ne l'appréciez pas quand c'est votre ennemi, Car de votre top lane, il ôtera la vie. Puis pensez au Kaiser, au lieu de Darius. Immédiatement, vous cessez de trembler. Mais vous êtes en tort : ce guerrier de Noxus, Serait Mordekaiser, eût-il été AP. Mais nul ne sait ceci, car c'est Mordekaiser, Car personne ne sait ce que ce champion fait, Et car aucun ne sait que dans son grand secret, Le Maître du Métal intime la terreur. Darius a du burst ? Moins que Mordekaiser, Qui pourrait outdamage l'homme à la Morgenstern ? Darius est tanky ? Moins que Mordekaiser, Au bouclier plus fort que tout le kit d'Ivern. Darius DPS ? Moins que Mordekaiser, Dont l'ulti à lui seul met un champion KO, Darius peut sustain ? Moins que Mordekaiser, Quand vous voyez le soin de l'Enfant du Chaos. Mordekaiser est fort et n'est que méconnu. Souffrant du même mal qu'un artiste incompris, Il a des qualités, un pouvoir absolu ! Mais c'est d'autres champions que les gens sont épris. Rappelez-vous le temps, cette époque dorée, Le temps où le Kaiser par tous était banni, Quand des Worlds 2015, il fut le préféré ! Et que du championnat, jamais il ne perdit. Oh, tant de gens craignaient ce fameux troisième A, Ce sort qui à lui seul changeait vie en trépas ; Tant de gens redoutaient ce fantôme-dragon, Dont la force en early fait pâlir Panthéon ! Tant de gens craignent encor ce Rylai-Trinité, Ces objets qui tout seuls le rendirent OP ; Et tant de gens redoutent après plus de deux ans, D'à nouveau affronter ce cauchemar d'antan. Mais hélas, il est mort, ce glorieux champion, Ou du moins semble-t-il, à en croire les dires De milliers de gens qui partout prétendront Qu'au Morde pré-rework ils voudraient revenir. Mais je n'adhère pas à ces propos futiles. En top lane ou jungle, en bot lane ou en mid, Il n'est pas un seul rôle où il n'est pas solide, Dans chaque position, il sait se rendre utile. Avec sa Morgenstern, il one-shot les carries, Les Enfants du Chaos soignent plus qu'un support, Tonnerre de Métal peut outpoke Nidalee ; De la vie à la mort, Purgatoire vous transporte. J'aimerais raconter ces moments si précieux Quand à la fin d'un trade, je n'ai plus de PV. Je pars vers les golems, avec l'air mystérieux... Cinq cents dégâts soignés en un seul W. Oh, cet instant magique où je retourne en lane Et où mon adversaire apprend avec horreur Que toutes ses attaques étaient faibles et vaines, Avant de s'exclamer "The f*, Mordekaiser?" Car oui, sachez-le bien : Le Z de ce champion, S'il peut bien sembler faible et insignifiant, Est en fait un gros soin - du jeu, le plus puissant ! Bien meilleur qu'un support ou qu'une Rédemption. Bien meilleur qu'un support ? Mais non, me direz-vous, Car au moins les supports soignent leurs alliés ! Ce à quoi je réponds, et l'argument déjoue ; Que le soin de Morde touche deux unités. Hélas pour le Kaiser, ce héros méconnu, L'impopularité joue en sa défaveur ; Ô combien d'alliés périssent et sont vaincus Car ils oublient ce soin de Mordekaiser. Ô combien de fois j'ai tenté de leur dire D'aller vers la jungle, de s'approcher d'un camp Pour leur donner ce heal qui les tiendrait vivant... Jamais ils ne m'écoutent, occupés par leurs sbires. Mais cela n'est pas tout. Morde a un défaut, Plus que Vi ou Syndra, et plus encor qu'Azir, Dont pourtant les soucis semblaient être les pires... Il a autant de bugs que le Dex de Johto. Mordekaiser, buggé ? Nani, me direz-vous ? Je réponds "Omae, wa mou shindeiru". Ce champion est porteur d'un facteur de hasard, Car chaque sort lancé peut finir au placard. Vous tentez votre A ? Votre sort de dégâts ; Apparemment trop fort pour être fonctionnel. Occasionnellement, il ne marchera pas, Et c'est pour l'adversaire un cadeau de Noël. Ne parlons pas du E, c'est le sort le plus clean ! Le sort le mieux codé, avec le moins d'erreurs... Mais il n'est épargné ; loin de là, j'en ai peur. Car même dans ce sort, les soucis prédominent. Et alors, quant au Z, ce sort est presque un meme. Il est assez complet, et assez compliqué... Mais les joueurs de Morde y seront unanimes : Ses fonctionnalités peuvent toutes bugger ! Parfois, aucun dégât, et vous ratez un sbire, Ou bien pendant un trade, il ne rend pas de vie. Voire plus créatif : il soigne un ennemi ! Plutôt que d'en pleurer, mieux vaut encor en rire. En dernier sortilège, il reste encor l'ultime. Ce sort au nom métal s'appelle Purgatoire, A l'équipe ennemie, il est un exutoire, Mais tristement, de bug, ce sort est synonyme. En un seul sortilège, en une compétence, Vous pouvez, à la fois, éliminer un tank, Drainer tous ses PV, sortir vainqueur d'un gank, Voler un ADC, apporter la souffrance. Car un seul click suffit, amateur, à tuer, Contrôler l'ennemi, ou bien régénérer ; Mais une fois de plus, s'il est trop bien rempli, Un des sorts du Kaiser par les bugs est maudit. Vous gagnez un fantôme, une âme d'ennemi. De suite vous pensez être auteur de carnage. Runaan et Statikk Shiv sur cet esprit-carry, Parmi vos opposants, il fera le ménage ! Mais l'enfer et tourment qu'il devrait déchaîner Suite à l'effet des bugs sont réduits de moitié. Car l'Ouragan du ghost n'aura aucun effet, Pas plus que le Statikk, dont l'esprit est défait. Un objet tombe en panne, un passif fait de même, Ou encore une action qui s'annule ou déraille ; Et si parfois ces bugs ne changent qu'un détail, Souvent, pour le fantôme, ils sont un requiem. Quant au cas du dragon... l'affliction éternelle. Quand il quitte l'enclos pour aller vers les lanes... Un comportement tel qu'il pourrait jouer Vayne ! Il oublie tous les ordres, ils lui sont irréels. J'ai cessé de compter les kills ainsi perdus ; Ces éliminations manquées chaque partie, Ou bien les morts causées par ses actes ingénus... C'est un ghost de dragon de qualité Darty™. Et ces bugs s'accumulent, et jamais corrigés, Parfois originaux et parfois surprenants ; Mais tous nous espérons qu'un jour, finalement, Qu'un jour il renaîtra, en chantant "hue hue hue". Deux cent cinquante bugs, et malgré cette horreur, Lourdes et en métal sont ses armes et musique ; Nul perso n'est meilleur que ce champion mythique : Le Numero Uno reste Mordekaiser. --- --- --- --- --- Voilà tout ! En espérant que ça vous ait plu. Enfin, pour ceux qui auront eu le courage de lire :D Gl&hf sur les Champs de Justice !
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