League of Legends, Addiction, Dépression

> En préambule, j'aimerais préciser que je vais sans doute utiliser des termes inexacts, atténués ou accentués. Ceci est un témoignage pour exprimer mon ressenti, essayer d'y voir moi-même plus clair. J'ai longtemps hésité à le poster, à poster sous un smurf, à occulter certaines parties. Au final, j'ai essayé d'être le plus sincère possible, avec vous, avec moi. Il est fort possible que ça n'intéresse personne, mais cela m'aura au moins fait du bien. Certains auront aussi noté que je parle de moi au masculin bien que mon genre soit plutôt féminin. Ce n'est pas politique, c'est juste plus simple pour moi. **** Bonjour, je m'appelle Malt, j'ai 24 ans et je suis addict à League of Legends. Cette entrée en matière fait un peu cliché, mais j'ai l'impression qu'en prendre compte a été une étape importante et cruciale dans tout mon processus. Un peu comme arriver à détecter les moments où on est "en tilt" ou trop fatigué pour jouer. Cela ne veut pas dire qu'on puisse y faire quelque chose. cela donne même un fort sentiment d'impuissance face à soi-même. Je sais que je vais mal, que ce que je fais n'est pas bien, mais je ne peux pas m'empêcher de continuer. Ca peut paraître un peu dramatique comme ça, surtout avec le "Dépression" dans le titre, mais ni ma santé ni ma vie ne sont en danger dans l'état actuel des choses. Néanmoins le jeu influe profondément sur ma vie, particulièrement en période stressante, en bien comme en mal. **** * **Exaltation et abattement** Je suis la plupart du temps un joueur de Lol comme les autres. J'aime bien gagner, je lâche à l'oral des "Oh non 10 HP trop de luck" quand un ennemi survie à mon ignite, je hais les Leblanc et je ris de façon machiavélique quand je réussis de jolis ultis ou que je survis à un teamfight. Je suis souvent un peu déçu par mes loses, mais dans l'ensemble je relativise si j'ai bien joué ou si j'ai vraiment senti que mon adversaire avait un niveau au dessus. Après tout on ne peut pas toutes les gagner. Et j'ai un winrate global supérieur à 50% alors rien n'est perdu. Je fais partie des joueurs très positifs en jeu, j'essaie de mettre une bonne ambiance, de réconforter mes coéquipiers dans la tourmente, j'ai eu plusieurs fois des rubans de Travail d'Equipe et deux avertissements pour report en presque trois ans, sans sanction derrière. Donc en général je suis contente de la personne que je suis en jeu. Le problème c'est qu'en période stressante IRL, comme mes examens ou des évènements familiaux ou professionnels, la League prend une toute autre importance à mes yeux. Chaque victoire devient une célébration et chaque défaite un échec personnel. J'ai tendance à me blâmer pour les défaites car cela m'aide à me remettre constamment en question et à progresser. Mais en période de stress, je pousse cela à fond et je le prends tellement à coeur que plusieurs défaites d'affilée m'enfonce dans un état de déprime léger. *(J'utilise ici l'expression "état de déprime léger" à défaut d'un autre plus approprié. Je ne me sens pas de revendiquer une dépression alors que tant de gens en souffrent vraiment, surtout parmi mes proches. Mais quand ça m'arrive le poids de cet état est loin d'être léger ou facile à porter...)* Cela peut avoir un effet global extrêmement positif, me booster, me donner courage et volonté pour accomplir beaucoup de choses IRL. > Je suis passé Silver/Argent pour la toute première fois, tout seul comme un grand, un dimanche soir à minuit en mai 2013 après un an de jeu et 7 mois de classées. Ce dimanche, c'était la veille d'une semaine d'examens que je n'avais pas du tout révisé, tellement l'objectif d'argent me tenait à coeur. Mais cette victoire m'a remonté à bloc et j'ai passé une semaine extatique à réviser et plancher pour réussir mes examens haut la main. Le même scénario s'est répété le 21 Octobre 2013 avec mon premier passage en Gold/Or. Il m'aura fallut 900 games et dix mois pour progresser de Bronze 4 à Gold 5. De la même façon, j'ai "lvl up" just avant une semaine de partiels qui, dans mon euphorie, se sont passés merveilleusement bien. **** * **Quand les défaites s'enchaînent** Seulement, que se passe-t-il quand la victoire n'est pas au rendez-vous ? J'en ai fait l'expérience il y a quelques jours, à l'occasion d'une semaine de partiels particulièrement chargée (cinq soutenances de projet et deux examens écrits). La semaine précédente je m'étais instauré une règle stricte. Je jouais le soir en rentrant du boulot et j'arrêtais à la première défaite. Résultat, du lundi au jeudi, 80% de winrate sur une trentaine de games, je frôlais la promotion pour platine, avec des scores de malade et des games à sens unique la plupart du temps, se finissant sur des teamfights endiablés le reste du temps. Certains soirs je m'arrêtais juste à cause de l'horaire, non pas que j'avais perdu. Je prévoyais donc de passer platine le samedi matin, ou dans la journée puis de réviser et finir mes projets le reste du week end et pendant la semaine suivante. Seulement voilà, à 89 LP en Gold 1, le meilleur rang que j'ai jamais atteint, je perds une game, puis deux. Ca ne m'était pas arrivé depuis une semaine, ça fait un peu mal. J'aurais dû m'arrêter, je le sais. Je le savais même à ce moment là. Sauf que j'ai cliqué sur Rejouer, et que j'ai à nouveau perdu. Et j'ai été incapable de m'arrêter pendant quatre jours, jusqu'au mardi soir. Dès que je rentrais de mes examens au lieu de travailler pour la journée suivante je jouais pour espérer décrocher une victoire. J'ai du perdre 17 parties sur 20 sur ces quelques jours de lose streak. Fatalement je suis redescendu jusqu'en gold 3 C'est assez difficile d'expliquer clairement ce que je ressentais. J'avais comme un poids lourd sur la poitrine à chaque défaite, qui m'oppressait et m'empêchait de respirer calmement. Je n'arrivais pas à analyser mes défaites, je blâmais mes coéquipiers (à l'oral, jamais à l'écrit) et je me trouvais nul et stupide. J'avais le moral à zéro, je me trouvais "worthless", et je partais en game avec l'idée que j'allais perdre. * Incapable de bien jouer, incapable de m'arrêter. * Je n'étais pas seul pendant ces quelques jours, mon colocataire, dans les mêmes études que moi, et donc aussi en période de partiels, a assisté à tout le processus. Et le fait de ne pas être tout seul est au final une chance que j'ai eu, même si j'ai été plutôt méchant et cruel avec lui pendant cette période, tout à ma frustration et à mon dépit. Un revirement léger s'est opéré mardi soir où je suis parti me coucher, sans avoir rien bossé pour mes projets ou soutenance, mais sur deux victoires d'affilée et après une discussion avec mon coloc qui m'a expliqué qu'il voulait bien m'aider, mais qu'il fallait pour ça que j'accepte qu'on m'aide. **** * **Self-esteem et moral** Ma lose streak s'est arrêtée mais ces quatre jours ont été parmi les plus durs que j'ai eu à vivre de ma jeune vie d'un point de vue émotionnel et psychique. Le sentiment d'impuissance, la rage de ne rien pouvoir faire, le dégoût de soi n'avaient jamais été aussi forts chez moi. La culpabilité aussi, de jouer au lieu de travailler. La honte de se mettre aussi mal "juste pour un jeu". La honte de montrer ma faiblesse à mon colocataire, un ami que j'apprécie et que j'estime. La déception de me sentir faible, moi qui me considère comme une personne forte, mature, solide. J'ai aussi eu l'impression de rencontrer plus de flamers, de rageux de joueurs frustrés dans ma team pendant cette période. c'est sans doute un biais cognitif, une illusion de mon cerveau, ou alors mon attitude triste et déprimée, mon mauvais jeu qui les ont fait apparaître. Mais par rapport à la majorité du temps ou je n'ai pas ou peu de flamers avec moi, je l'ai vraiment ressenti. Je ne pense pas que tout cela soit directement lié à League of Legends. Je pense que j'aurais pu sur un autre jeu en ligne, surtout sur une base de parties successives, avoir le même comportement. Que ce soit LoL ou Dota, ou Smite j'imagine, voir sur un FPS. Le concept de parties gagnées/perdues, avec des coéquipiers (dont pas 100% de responsabilité personnelle) doit m'être un peu néfaste... Ce qui m'aide aussi, c'est de jouer dans un environnement positif, en particulier la musique. De la musique entraînante ou épique m'aide à me concentrer et à moins mal prendre mes erreurs et défaites. **** * **En bref** Ces deux semaines m'ont permis de me rendre vraiment compte, à mes dépends, à quel point mon moral influe massivement sur ma réussite en jeu, sur mon attitude, ma réactivité, mon engagement et mon dynamisme. Cela peut sonner un peu bateau et du réchauffé pour les habitués du forum que vous êtes, mais ces mots peuvent sonner un peu creux et vides tant qu'on ne les a pas expérimentés soi-même. J'espère ne jamais retomber dans une période pareille, ne jamais souffrir autant délibérément. J'espère avoir le courage, la force de m'arrêter, ou des proches qui comprendront mon mal-être et m'arrêterons eux-même. Mais je continuerai à jouer. car jouer m'apporte un plaisir fou, même sans gagner. j'aime jouer, me confronter aux autres. J'aime sentir l'adrénaline couler dans mes veines quand les team fight sont tendus. J'aime frissonner dans ma jungle en craignant que le jungler ennemi vienne m'assassiner. J'aime faire un ulti héroïque pour sauver la vie d'un coéquipier. J'aime sursauter quand un Shaco apparaît dans mon dos ou qu'une Leblanc surgit de l'obscurité pour me burster. J'aime me raidir d'excitation quand je tente un sneaky dragon en début de game, tellement c'est risqué. Je n'échangerai pas ça pour rien au monde, mais je vais faire au mieux pour éviter les effets négatifs. J'ignore si vous avez connu ça, dans une dimension moindre ou plus forte. J'aimerais bien connaître vos histoires. Savoir que je ne suis pas seul dans ce combat, cette lutte. En tout cas, merci d'avoir lu, d'avoir essayé de comprendre, et bonne chance en jeu, peu importe comment VOUS, vous envisagez le jeu. :)
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