Crimeflame

Bonsoir. Aujourd'hui j'aimerais essayer une chose qui m'est peu courante, c'est à dire laisser libre cours à ma pensée, à ma plume, à mes doigts volant sur le clavier. Point de mathématiques complexes, désolé pour ceux qui apprécient, mais je pense tout de même vous faire réfléchir. (Je vais prendre quelques détours mais je vais quelque part dans tout ce fouilli, pas d'inquiétudes) Récemment, je naviguais dans ma bibliothèque Steam, quand j'ai vu un jeu que je n'avait pas fini. Orwell. Oui, comme l'auteur de *1984*, et c'est d'ailleurs pour cet ouvrage que le jeu a été nommé ainsi, étant donné que ce que nous faisons ressemblerait certainement au quotidien d'un employé de la Police de la Pensée décrite par l'auteur, si cette dernière était créée aujourd'hui. Profiler des suspects, écouter leurs conversations, espionner leur profil Timelines (l'équivalent de Facebook), le tout pour empêcher de nombreux attentats terroristes. Le truc, c'est que les suspects en question sont des défenseurs actifs de la liberté. Ils manifestent contre l'usage abusif de caméras de sécurité, contre l'espionnage qu'ils nous accusent de faire alors que c'est totalement faux (en tout cas officiellement), ils écrivent des blogs et font des débats. Il paraît que certains posent des bombes (ce qui est un peu plus vilant que le reste), mais je ne dirais pas qui, ce serait spoiler plus que je ne l'ai déjà fait (Bon ça va j'ai pas spoil de détails importants, juste un peu de ce qui sert de background au jeu) Maintenant, où je veux en venir avec ce jeu ? Outre le fait qu'il m'a beaucoup fait réfléchir sur la puissance ou parfois impuissance de la surveillance intrusive comme celle faite dans ce jeu, ainsi que sa valeur éthique (je ne partagerais pas les résultats de mes réflexions sur ce sujet je vous rassure... En tout cas pas maintenant.), l'un des personnages, un électron libre enfermé dans sa caravane nommé Harrison, a écrit sur un article de blog la phrase suivante : « Si la liberté signifie quoi que ce soit, elle signifie avoir le droit de dire aux autres ce qu'ils n'ont pas envie d'entendre » (traduction un peu libre effectuée par votre serviteur). Qui est une phrase de Georges Orwell, justement. En lisant ça, je me suis dit « Mon vieux Georges, t'as dit pas mal de choses vraies mais là je crois que tu t'es salement planté, oublie pas que la liberté commence là où s'arrête celle des autres », et j'ai un peu rejeté l'idée. Et puis, en continuant à jouer, je revenais plusieurs fois sur cet article. Et plus j'y réfléchissait, et plus je me disait que quelque chose n'allait pas dans cette phrase. Elle était en contradiction avec quelque chose, mais je n'arrivais pas à trouver quoi. Et puis, tout d'un coup, ça me frappa : Cette phrase est en contradiction avec la raison qui fait que nous, sur ce forum, combattons ardemment le flame. Nous le faisons justement parce que la liberté commence là où s'arrête celle des autres. Parce que la liberté ne signifie pas que la liberté de parole mais aussi la liberté de ressenti. Si quelqu'un me dit quelque chose, j'ai le droit de me sentir triste à cause de ça. De me sentir joyeux, épanoui, énervé, désespéré, à cause de ces paroles prononcées. Alors que ces paroles, ou ces écrits dans notre cas, sont éphémères, ils ne durent que quelques secondes, le temps de les entendre, le temps de les lire simplement, ils causent un ressenti qui est durable. Le pouvoir des mots est immense, comme l'illustre cette petite anecdote que certains auront déjà entendu : « Deux mères marchent avec leurs filles sur le trottoir, quand elles croisent un éboueur. L'une des mères dit alors à sa fille 'Si tu ne travailles pas à l'école, tu vas finir comme lui !'. Entendant cela, l'autre mère dit à la sienne (de fille) 'Si tu travailles bien à l'école, tu pourras faire un monde meilleur pour lui !' ». Bon, la chute de la blague c'est que l'éboueur en question a un Master, mais ce n'est pas important. Voyez plutôt à quel point les deux mères, en voulant porter le même message, « Travaille bien à l'école », en ont en réalité porté deux totalement différent. La première sous-entendait que les faibles, les mauvais, les fainéants, étaient voués à un avenir difficile, humiliant, et triste, et que c'est pour ça que sa fille doit travailler à l'école, pour ne pas faire partie des mauvais, qui passent leur vie à ramasser des ordures ; là où la seconde sous-entendait que ceux qui travaillaient, les bons, les forts, avaient le pouvoir de changer le monde, et que c'est pour ça que sa fille devait travailler à l'école, pour faire partie de ceux qui façonneront le monde de demain. Les mots, et plus précisément la façon de les articuler, recèle un pouvoir aussi puissant que mystérieux. En parlant du pouvoir des mots, retournons voir Orwell et *1984*. Vous le savez peut-être si vous avez lu le livre (que je vous conseille), vu le film (que je vous recommande), ou regardé les vidéos de Monsieur Phi à ce sujet (que je vous invite à regarder), mais dans cette oeuvre, le parti gouvernant la nation, l'AngSoc, mets en place, graduellement, une langue particulière, la novlangue. La particularité du novlangue, telle que décrite par Orwell dans l'annexe à la fin de son livre, est qu'elle donnait une expression exacte à chaque idée qui allait dans le sens des membres de l'AngSoc, tout en supprimant toute possibilité de former des idées contradictoires. Comment ce tour de force est-il possible ? En supprimant les mots pouvant amener une pensée hérétique. Orwell prend l'exemple du mot « libre ». Celui-ci a vu tout ses sens supprimés, sauf un seul, celui de dire que quelque chose n'a pas d'obstacle. Par exemple, une place de parking est libre, un chemin est libre. Et la seule chose qui fait que l'homme est libre est le fait qu'il n'ait pas d'obstacles. Mais un homme n'est pas libre dans le sens où nous l'entendons le plus souvent. Maintenant, comment exprimeriez vous cette absence de liberté en novlangue ? Ce serait impossible, car la liberté et ses dérivés n'existent plus en novlangue. Mais s'il est impossible de nommer ces choses, comment les punir si jamais elles sont faites ? En englobant toutes ces choses dans un seul mot : Crimepensée. La liberté, l'honneur, la moralité, la démocratie, tout ceci était contenu dans le seul mot de crimepensée. Alors que c'est une perte énorme pour la langue, et pour la pensée. Imaginez que vous êtes en train de débattre en novlangue avec un ami, lui étant partisan de Big Brother, le chef de l'AngSoc, et vous non. Celui-ci pourrait vous donner toutes ses qualités grâce aux nouveaux mots novlangues conçus spécialement pour les partisans du parti, et vous que pourriez vous dire en retour ? Que Big Brother est inbon, parce qu'il est contre la crimepensée ? Ce à quoi votre ami vous répondra sûrement, « Mais c'est quoi, la crimepensée ? ». Et vous seriez alors bien embêté. Aucun mot de novlangue pour le décrire. Lorsqu'un mot couverture prend le dessus sur le sens des mots qu'il couvre, alors le sens des mots est perdu. Mais maintenant, celà fait déjà une page et demie que je fait une tirage à ralonge sur les mots, sur Orwell, sur les éboueurs, tout ça pour parler de crimepensée ? Qu'est-ce que ça fiche sur le forum de LoL nom d'un chien de nom d'un chien ? J'y viens. Suite à mes réflexions sur la crimepensée et sur les mots couverture, mon esprit s'est de nouveau envolé vers LoL et le flame, et également vers ce forum. Maintenant, laissez moi vous poser une question... Mais c'est quoi, le flame ? Je veux dire, c'est quoi le flame, précisément ? Laissez moi vous apporter la réponse : Le flame, c'est un mot-couverture. Le flame, c'est la crimepensée de LoL. Quelqu'un insulte un de ses alliés ? C'est du flame. Quelqu'un lui donne un conseil de façon tellement maladroite qu'on donne l'impression qu'il a été donné pour faire en sorte que son interlocuteur se sente mal ? Flame. Quelqu'un se met à jeter la faute de la défaite sur un de ses équipiers ? Flame. Quelqu'un demande le report d'une autre personne ? Flame. Je sais que celle-ci va faire lever plus d'un sourcil, parce que certains utilisent plus souvent l'expression « call report » mais beaucoup le considère comme faisant partie du flame. Et le flame, c'est tout ça, et rien à la fois. Le problème de ce mot-couverture, c'est qu'il sous-entends par son existence même que toutes ces choses devraient être traîtées de la même manière. Une personne qui fait un... On pourrait appeler ça un crimeconseil tiens, a le même traitement que quelqu'un qui insulte. Alors que les actes et leurs conséquences sont tout de même franchement différentes. Là où la personne insultante devient cause d'un déchirement de l'équipe, celle faisant un crimeconseil ne pensait généralement pas à mal. Et si la personne insultante qui pense que son insulte n'est pas une mauvaise chose a généralement un problème, celui qui fait un crimeconseil n'a généralement aucune idée que c'est une mauvaise chose, et encore moins de pourquoi c'est une mauvaise chose. Mais les deux sont mis au même niveau. Et là où, pour moi, le mot-couverture a gagné, c'est que effectivement, aujourd'hui, toutes les choses que l'on appelle flame, bien que complètement différentes en substance, sont toutes traitées pareilles. Et si jamais il y a un changement dans le sanctionnement d'une d'entre elles, le sanctionnement des autres suivra de la même façon, alors que ce n'est probablement pas justifié. Et peut-être même n'est-ce pas justifié déjà aujourd'hui. C'est pourquoi nous devrions désormais nous abstenir le plus possible d'utiliser le mot « flame ». Lorsque vous devez parler d'actions négatives ayant lieu en jeu, préférez le terme « négativité », qui est beaucoup plus clair dans sa signification à un néophyte et également plus instinctif. Mais surtout, le plus important, c'est d'avoir des mots pour désigner, de façon claire, les composantes de cette négativité. Quelqu'un insulte un de ses alliés ? Ce sont des insultes, point. Quelqu'un lui donne un conseil de façon tellement maladroite qu'on donne l'impression qu'il a été donné pour faire en sorte que son interlocuteur se sente mal ? Crimeconseil me semble parfaitement adapté, en plus d'être une référence à 1984, cela exprime parfaitement, je pense, le principe. Et puis c'est classe d'utiliser des mots-valises comme ça, non ? Quelqu'un se met à jeter la faute de la défaite sur un de ses équipiers ? Blâme. Ou Blaming pour ceux qui veulent des anglicismes. Quelqu'un demande le report d'une autre personne ? Call report. Comme je l'ai dit, celle-ci est déjà utilisée. Et si un comportement nouveau venait à se manifester, il suffirait de lui créer un nom, pour enrichir la langue des forums français de LoL. Faisons l'inverse de ce que fait l'AngSoc. Eux tuaient la pensée en tuant des mots, nous allons créer la pensée en créant des mots. L'apparition d'un mot est généralement moteur de beaucoup de choses, tandis que si on se contente de traiter ça comme une nouvelle occurence de flame, il sera traité comme tel, alors que peut-être nécessite-t-il un traitement différent. Peut-être est-ce une des raisons qui font que le... Comment on pourrait l'appeler... Négasignal ? Mot-valise entre négativité et signal ? Je pense que vous voyez de quoi je veux parler sans même avoir à en donner une définition. Bref, peut-être est-ce une des raisons qui font que le négasignal n'a pas encore eu de réponse franche : Parce qu'il est rangé dans le mot-couverture du flame, alors qu'il est foncièrement différent des autres mots couverts par « flame ». Bref, j'ai vu une citation dans un jeu, j'en pensais quelque chose, j'ai réfléchi dessus, et j'en pense toujours pareil. Étendez vos ailes, et visez le ciel.
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